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Réveil Communiste

Ils refont le coup du sondage. Mais ça ne marche plus.

6 Septembre 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ce qui ne peut plus durer au PCF

GQ, le 6 septembre 2008


On nous refait le coup du sondage !

L'Humanité du jeudi 4 septembre publie un sondage sur l'image du PCF dans la population française, dont les participants au colloque payant d'été du Boucau ont eu, parait-il la primeur.

Il est légitime d'utiliser les enquêtes pour connaître la réalité sociale et mieux se connaître. Ainsi il n'est pas toujours vain de commander ce genre de sondage très couteux (ce coût ne sera jamais communiqué). Mais ce qui permet d'en juger, c'est le but poursuivi par les commanditaires, qui transparaît dans les questions, particulièrement biaisées. Ce sondage est présenté aux communistes peu avant leur congrès au moment même où ils vont débattre autour d'une « base commune » de discussion particulièrement creuse à lire ici, dans un genre où le groupe dirigeant du PCF a déjà beaucoup donné. Il y a donc fort à parier que beaucoup plus de communistes lirons le sondage et ses commentaires que la base commune, qui est faite, justement, pour ne pas être lue. Mais il faut espérer, comme ce n'est pas la première fois qu'on leur fait le coup, qu'ils ne se laisseront pas influencer par une enquête ont la conception est particulièrement malhonnête.

D'abord, voici la carotte : L'enquête a pour but de faire apparaître que d'une part, il y a de l'espoir, un "frémissement", rien n'est perdu, puisque les français sont de plus en plus mécontents.  Mais saurions nous exprimer ce mécontentement, cette révolte ? La deuxième partie du sondage, c'est de nous dire : oui mais... mais à condition de cesser d'être « communiste » parce que ce mot, et cette chose, décidemment, c'est comme ça, les Français à tort ou à raison, la détestent, l'assimilent à un passé  détestable dont nous n'arriverions pas à nous débarrasser ! Et voilà le bâton !

Dans la plupart des cas, un sondage n'est publié que parce que, et seulement si, il  répond aux attentes de ceux qui l'ont commandé. Or on ne peut pas attendre un sondage honnête de la part d'un groupe dirigeant qui n'ose pas publier les critiques des communistes à son encontre, qui boycotte toute l'opposition interne à sa gauche, et qui retarde autant que possible le moment de rendre des comptes sur sa gestion, si possible pour l'éviter complètement.

Pour s'adapter tactiquement à la conjoncture de l'opinion, un sondage peut être utile. Mais certainement pas pour prendre des décisions stratégiques ! « Les idées dominantes sont les idées de la classe dominante », cette remarque de Marx nous avertit qu'il faut utiliser les sondages avec la plus grande précaution. Ce ne sont pas des sondages qui auraient pu orienter l'action des futurs révolutionnaires de 1788, et la cote de popularité de Pétain en 1941 était  très haute (comme aujourd'hui  celle du narcogorille Uribe en Colombie, à ce que dit la presse).

Mais parfois au rebours des intentions des sondeurs et des commanditaires des vérités paraissent ; ainsi le sondage montre (p 12, tableau supérieur) que sur la question du changement social, il n'y a aucune différence d'opinion entre les électeurs de « gauche » et l'ensemble du panel. Or comme la différence entre la gauche et la droite, s'il y a avait une c'était la croyance au progrès social, le sondage démontre en exclusivité à notre groupe dirigeant, qui ne jure pourtant que par « la gauche, la gauche, la gauche ! » qu'elle n'existe plus. Il n'y plus de « peuple de gauche ».

Et pourtant, il y a toujours des communistes. (page 12, tableau inférieur).

Nous avons la surprise d'apprendre qu'à la prochaine élection présidentielle, le candidat communiste recueillera « certainement » au moins 7%, c'est à environ 2 500 000 voix, soit 3 ou quatre fois autant que MGB,  au quel s'ajoute un réservoir de 12% (on rêve !) de votes « probables »! Soit plus de quatre millions de voix supplémentaires. Ce qui montre bien le bilan désastreux de cette candidature, et cette campagne, dont l'échec ne doit rien  au « déclin structurel » et tout à l'incompétence et au manque de combattivité de ceux qui l'ont menées, et au manque de charisme de la candidate. Ceux qui l'ont menée doivent passer la main.  Ou alors, le groupe dirigeant vient de se faire berner par des marchands de sondages qui bidonnent les résultats, comme il vient de se faire berner par les acheteurs du siège de l'Huma, et il doit être renvoyé à ses études pour naïveté. S'il y a bien un potentiel électoral actuel pour le PCF à hauteur de 19%, nous devons trouvez au plus vite une nouvelle équipe de direction qui saura utiliser ce formidable potentiel qu'on vient de découvrir.

Page 13, dans le commentaire, on apprend une nouvelle fois que le communisme traine un boulet, l'histoire soviétique. Il m'avait semblé pourtant entendre dès le 10 novembre 1989, le lendemain de la chute du mur, que le groupe dirigeant du PCF poussait un cri unanime qui était en substance « nous n'avons rien à voir avec ces horreurs » ! Il faut croire que les Zarka, Buffet, Gayssot, Hue, Gau, Cohen Seat, etc. qui se gargarisent de « démocratie participative » et qui ont fait leur carrière à l'époque où l'URSS existait sans jamais la critiquer nuisent à la crédibilité du parti.

Ce que le sondage montre, contrairement aux intentions des commanditaires, c'est que communisme et URSS sont historiquement indissociables. Et qu'il faut récupérer le bébé qui a été jeté avec l'eau du bain. Il faut tirer la leçon des excès de répression, refuser le Goulag, tout en les expliquant par les conditions inhumaines de guerre que l'impérialisme a fait subir à l'URSS, et non chanter la chanson des vainqueurs, des Maccarthystes, non en faire comme les tenants de la théorie du totalitarisme, l'essence même du régime, du socialisme, et de la révolution. L'abandon de la dictature du prolétariat ne signifie pas que le recours à la dictature du prolétariat n'a jamais été justifié, et Stalingrad est là pour en témoigner. Et il faut aussi se souvenir du destin d'Allende, authentique révolutionnaire marxiste qui s'était refusé à y recourir et qui à entrainé avec lui dans la mort, par excès de scrupule, des milliers de militants latino-américains. Le PCF a d'ailleurs refusé la dictature en pratique, en refusant de tenter de s'emparer du pouvoir par la force dans les deux ou trois occasions où il aurait pu  le faire. Sur l'URSS, un dernier mot : certes les français n'ont pas une bonne image du premier état socialiste de l'histoire, ce qui est bien normal, tout a été fait pour cela. Mais en réalité les liens entre le PCF et l'ex-URSS, ils s'en foutent ! Surtout qu'elle n'existe plus depuis 17 ans ! C'est bien le cadet de leur soucis. Et si la direction du PCF et les sondeurs qu'ils payent et qui fournissent obligeamment les résultats voulus n'étaient pas là pour le leur rappeler, ils ne s'en souviendraient même plus. Par contre, nombreux sont les ouvriers du XXème arrondissement, quand on les rencontre au porte à porte, qui parlent avec nostalgie de George Marchais, lui qui assumait crânement le bilan globalement positif du socialisme réel.

Notons la sottise complète du questionnement  et de la conclusion (tableau supérieur page 14) ! « Le communisme a un avenir, a condition de s'adapter », tu l'as dit bouffi. Mais s'adapter à quoi, au capitalisme ?

Quand on pose la question de l'image des communistes dans la population, le clivage gauche droite réapparait un peu, comme si la gauche, sans PCF, n'avait plus aucun sens, et non l'inverse. Ce qui montre que ceux qui veulent voir la gauche revenir au pouvoir un jour doivent s'atteler en priorité à renforcer le PCF, au lieu de chercher à le « dépasser ». Les Français pensent, paraît-il, que le PC devrait changer de nom. Sous entendu, si vous voulez conserver la chose, abandonnez le nom. Mais nous savons bien que pour beaucoup de cadres et d'élus, malheureusement, la seule chose qui les rattache encore au communisme, c'est son nom. D'ailleurs l'évolution du PC italien, depuis l'abandon de son nom, est là pour tracer la route. Nous devons convaincre les Français de la justesse de nos idées, et non tenter de les dissimuler, ou de nous dissimuler à nous même que nous capitulons.

Le plus inquiétant de ce que révèle cette enquête orientée, c'est ce que le PCF devrait faire, soi-disant, pour être à la page, (et c'est sans doute ça le but du sondage dans la perspective de la liste européenne de 2009 !) « Être positif à l'égard de la construction européenne » (rappelons que s'il n'avait pas été « négatif », le peuple de France n'aurait certainement pas voté « non » en 2005). La base commune amphigourique qui est discutée en ce moment au CN tente de faire des concessions sémantiques à l'attachement au parti qui s'est manifesté à l'ANE de décembre 2007, mais sur l'Europe, elle témoigne d'une véritable régression. lien à l'article : "le PCF, l'Europe et la gauche"

Encore plus significatif de la dérive postcommuniste : le PCF devrait s'intéresser moins aux ouvriers, et aux employés, et plus aux autres catégories (sic !). Je n'avais pas l'impression moi que le PCF s'intéressait trop aux ouvriers en ce moment (rappelez-vous la seule mention du mot « ouvrier » dans la base commune de 2006 ! elle figurait dans l'expression «« vote FN ouvrier » !). Mais même si c'était vrai, dans ce cas, qui va s'y intéresser aux ouvriers ? Sarkozy ?

On demande aux sondés de donner leur préférence pour les alliances que devrait contracter le PCF : et l'on dit 36% pour le PS, 21% pour NPA. Histoire de faire croire que le débat se résume à ce choix entre la peste et le choléra, pour faire jouer de l'anti-gauchisme structurel dans la mentalité des camarades légitimistes (ceux qui pensent que les chefs ont toujours raison et qu'on ne change pas une équipe qui perd).  Mais n'est-il pas particulièrement idiot de demander à tous, y compris aux sarkozistes, avec qui le PCF devrait s'allier (et on paye pour ça ! et on nous demande de renflouer l'Huma !)? mais puisque les français sont sondés, chiche ! Pourquoi, nous, n'aurions nous pas le droit de donner notre avis ? Camarades, proposez-nous le vote, à nous militants communistes à jour de nos cotisations, proposez-nous de choisir entre le PS, le NPA, ou le peuple ! Et tant qu'à faire, organisez donc le vote au suffrage universel pour désigner le nouveau Comité exécutif, comme le demande André Gerin. Pour que vous ne vous désigniez pas vous-même encore une fois.  Vous avez droit à des vacances.

Assez de sondages, de questionnaires, d'enquêtes truquées, d'experts aux ordres, de compagnons de route flattés, de manipulation ! N'acceptons plus qu'on nous impose, sous prétexte de la « modernité » de l'opinion qui change tous les jours de parler le langage de l'adversaire de classe.

 

lire aussi l'analyse croisée du sondage et du projet de base commune par Jihad Wachill, ici sur son blog

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gilles questiaux 06/02/2009 00:39

Un autre sondage pour les européennes qui circule, fait en même temps que celui qui attribue 14.5% au 'Front de Gauche " PCF + PG : LO : 3.5; NPA : 10 % PCF +PG 5%De qui se moque-t-on?

Eric RUIZ 03/02/2009 09:40

Je découvre en retard cette bonne analyse de Gilles.Je fais parti de ces milliers de militants communistes qui ne lisent pas l'Huma et j'étais donc passé au travers...Une suggestion en cas de nouveau sondage : rédiger une analyse du même niveau mais sur un ton plus "neutre" pour qu'elle puisse être diffusée largement auprès de camarades qui n'ont pas encore bien compris les véléités soces-demes de nos grands Leaders nationaux.Un moyen d'apporter une contre-analyse sans bloquer ces militants.

gilles questiaux 02/02/2009 21:57

Et on nous rerefait le coup avec les 14% du "front de gauche"

gillesquestiaux 09/09/2008 13:17

On comprend le but de ce sondage aux résultats étranges où 74% des français (sic!) pensent que le PCF "devrait être plus positif par rapport à l'Europe" en lisant le CR du CN dans l'Huma d'hier, et les articles parus aujourd'hui. La liste européenne va servir de laboratoire au la "transformation" postcommuniste proposée par le groupe dirigeant.

gilles questiaux 08/09/2008 10:26

Je ne comprend pas comment ils ont pu laisser passer ça! ils invoquent un potentiel de 6 500 000 vois pour le PCf, et Hue n'a  réussi à en regrouper que 900 000 sur son nom, et Marie George, 700 000! Cette direction en échec ne devrait même pas avoir le droit de préparer le congrès.