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Réveil Communiste

Revers historique des liquidateurs de Rifondazione Comunista en Italie

3 Août 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Communistes en Italie

Ces réflexions s'appuie sur la lecture des articles de Gael De sanctis, dans l'Huma, qui couvrait le congrès de Chianciano Terme (et qui a une manifeste préférence pour l'option 2 qui a perdu, celle d'une "constituante de gauche, menée par Niki Vendola, gouverneur des Pouilles lire ici), et l'info glanée sur les sites de "l'Ernesto ici" et de "Rezistenze ici". Voir aussi sur "Vive le PCF"la défaite des liquidateurs au congrès du PRC

La situation des communistes en Italie est à bien des égards instructive pour nous, communistes français. Sans sous-estimer les différences, nous assistons dans les deux pays au même processus postcommuniste de dilution-liquidation- adaptation au capitalisme des appareils issus des anciens PCI et PCF. En Italie, il est allé plus vite et plus loin, puisque l'essentiel de l'appareil historique du PCI a évolué à tel point qu'il est devenu le Parti démocrate de Veltroni, qui n'est même pas de gauche, et dont le nom qu'il s'est choisi montre l'alignement sur la tradition politique libérale américaine. Sur ce processus, voir l'étude historique de Pierre Laroche ici. Les communistes italiens qui ont refusé à l'époque le reniement postcommuniste du marxisme et de la classe ouvrière se sont regroupé dans le PRC, où les ont rejoints les militants légalistes les mieux organisés de l'extrême gauche, dont le nouveau secrétaire du parti, Paolo Ferrero, qui vient d'être élu, est issu. En Italie la liquidation du PCI a été rondement menée, par son groupe dirigeant opérant par surprise, et profitant du désarroi qui a suivi l'effondrement de l'URSS, au congrès dit de la "Bolognina" en 1991. Il faut remarquer que le PCI avant cette date était complètement indépendant de l'URSS, et que son appareil lui était même carrément hostile, mais que la base restait sentimentalement attachée aux pays socialistes. Le PRC est donc constitué à l'origine d' un mélange instable de groupes gauchistes et du courant pro-soviétique du PCI. Son leader historique, qui a bien failli dernièrement l'amener à la ruine, Bertinotti, vient quant à lui du parti socialiste. Depuis 1991, le PRC a beaucoup investi dans les luttes antiglobalisations, aux dépens sans doute de son enracinement dans la classe ouvrière en Italie. Mais il faut constater quand même qu'il arrive à trouver dans ses rangs comme dirigeant un ancien ouvrier de 48 ans. Au PCF, il faudra choisir un dirigeant de la génération précédente pour obtenir le même résultat. Enfin, dernière singularité, le PRC était organisé en tendance : il n'y avait pas au congrès du PRC de "base commune" officielle approuvée par la direction sortante, comme ce sera le cas en décembre 2008 au PCF, mais des motions qui se présentent sur un pied (théorique) d'égalité.

En 1998, une scission a eu lieu entre les partisans de Bertinotti, qui dirigeaient le parti et qui avaient retiré leur soutien au gouvernement de centre gauche de D'Alema, et indirectement favorisé ce faisant le retour de Berlusconi au pouvoir, et ceux de Cossuta, dirigeant historique du PCI, qui voulait rester dans la coalition à n'importe quel prix. Il semble que les deux formations aient inversé aujourd'hui leur positions sur ce plan. Il faut noter que le PDCI qui vient de tenir aussi son congrès a choisi à 75% une "constituante communiste", c'est à dire un congrès de réunification avec le PRC et les milliers de communistes sans carte qui s'organisent autour de l'appel lancé sur Internet  "Communistes, commençons par nous mêmes".  Seul l'Ernesto (motion 3) a répondu favorablement à cette main tendue. Elle semble avoir été mise entre parenthèse pour gagner le congrès. En termes électoral, l'influence du PRC représente deux à trois fois celle du PDCI.

Les élections qui viennent d'avoir lieu en avril et qui ont vu le retour au pouvoir de Berlusconi avec un programme de droite dure et décomplexée ont été un désastre pour les deux partis, qui avaient formé avec les Verts, et un sous groupe de l'ex PCI-ex PDS- ex DS qui refusait la mutation définitive en parti démocrate, la coalition "Arc en ciel" qui préfigurait  la "chose rouge", le nouveau parti de "gauche", la "nouvelle formation" que l'ont voulait nous proposer ici aussi à l'issue du score calamiteux de Marie George en 2007. Le résultat est sans équivoque ; les trois formations qui existaient en 2006 avaient obtenues 11%, l'Arc en Ciel est tombé à 3%. Les deux partis communistes avaient environ 150 parlementaires à la chambre et au sénat, ils n'en ont plus aucun, faute de passer le seuil qui est, je crois, de 4%.

Après cette claque historique, le groupe dirigeant du PRC ne pouvait pas gagner du temps pour noyer le poisson et esquiver ses responsabilités comme le groupe dirigeant français l'a fait avec son "double congrès", déqualifié en ANE suite aux protestations de la base, parce qu'il avait ajourné illégalement le congrès statutaire du PRC dans la phase de préparation des élections pour lancer la "chose arc en ciel", et mis en place une structure parallèle, sous la forme d'un collectif informel de fans rameutés par les médias, censés appeler à grand cri à la grande fusion de la "Gauche". Il ne pouvait pas se dérober davantage, à moins de faire exploser le parti.

Au congrès de  Chianciano Terme qui vient de se tenir du 24 au 27 juillet en Toscane, il y avait 5 motions : la 1 : celle qu'appuyait Ferrero, qui était pourtant ministre du gouvernement Prodi, coalition de la tendance marxiste "être communiste" et d'une partie du groupe dirigeant qui a compris l'évidence : même en termes purement électoraliste ou opportuniste, l'option postcommuniste est suicidaire. Elle l'est, parce que cette option a été préemptée par les liquidateurs de 1991, qui en ont tiré tous le profit possible, et ils ont abouti à la déchéance totale en formant le parti démocrate qui participe avec Berlusconi à la chasse aux Roms. Une grande partie de la rhétorique des refondateurs français, les développements à la Martelli ou à la Lucien Sève, oublient tout simplement ce fait : c'est trop tard pour jouer la partition de Gorbatchev ! l'orange a été mangée, il ne reste que la peau.

Cette motion critique ou autocritique explicite de la tentative de "dépassement" du communisme dans "l'Arc en ciel" a réuni 40% des mandats.

La motion 2 , que soutenait Bertinotti (grand notable européen, ancien président de la chambre en Italie, et du PGE) Vendola (gouveneur des Pouilles, poste obtenu sur le tapis vert en négociant avec le centre gauche, et non en renforçant l'influence électorale du parti dans cette région historiquement peu communiste), est constituée par les "refondateurs" gauchistes associatifs postmodernes à la française, et par la partie obstinée dans l'erreur, ou crypto-anticommuniste, du groupe dirigeant qui considère que l'échec de "l'Arc En Ciel" ne s'explique que par la conjoncture, et qui persistent dans leur projet de "constituante de gauche". Il faut noter que la partie a été serrée (et l'est encore, du coup, car les perdants sont tentés de refuser la défaite) car la motion 2 a frisé la victoire, avec 47%, même s'il y a des soupçons de fraude en leur faveur (cf l'Ernesto). Ils refusent de participer au nouvel exécutif et reprochent maintenant à la nouvelle direction de manquer d'esprit unitaire en ayant formé un coalition à 51% alors qu'ils auraient pu avec eux former une majorité à 87%. Rossana Rossanda, dirigeante historique du PCI puis du groupe maoiste "Il Manifesto" qui est devenue depuis un cas d'école de ce mal du siècle que Losurdo a diagnostiqué, l'autophobie des communistes, s'est démenée pour essayer cette fusion du communisme et du postcommunisme. Les perdants du congrès déblatèrent maintenant tout dépités dans la presse bourgeoise et tentent de stigmatiser la victoire du communisme au PRC comme une "régression culturelle", pas moins! Paolo Ferrari, le nouveau secrétaire, loin d'être un extrémiste pourtant (il appartient à l'Eglise protestante vaudoise!), répond que les stratégies des motions 2 et de la coalition des quatre autres motions étaient incompatibles, ce qui clôt la question. Mais il est très net que ce sont ceux qui veulent faire disparaitre le communisme ou le réduire à un courant culturel qui s'accrochent en désespoir de cause à l'aspect le plus dégénéré du centralisme démocratique, c'est à dire aux tentatives de faire pression pour produire l''unanimité, au détriment du contenu des déclarations et de la clarté de la stratégie. Le comble, c'est que l'injonction à noyer le poisson, et à passer sous silence les divergences se fait au non de "la différence " ou "des différences"! En Italie, comme en France, les "staliniens" ne sont donc pas les porteurs d'une idéologie stigmatisée par l'ignorance et la mauvaise foi comme "stalinienne", mais ceux pour qui les chefs ont toujours raison, surtout quand ils se trompent ou quand ils vous payent.

La motion 3, avec 8 %, est celle proposée par nos camarades de l'Ernesto, qui sont en contact avec les diverses composantes de l'opposition communiste du PCF. Ce résultat décevant qui s'explique par le vote utile pour une direction alternative pour appliquer une ligne communiste, est compensé par l'accord politique qu'elle a obtenu avec la motion 1, qui se fait dans un sens très net de relance du communisme en Italie, et pas seulement symbolique (les communistes italiens sont très attaché à la faucille).  L'Ernesto produit des analyses politiques claires et très valables et utilisables en France aussi. La newsletter du groupement considère le résultat du congrès dans sa déclaration finale qui désavoue la stratégie "Arc en Ciel" et la participation au gouvernement Prodi, mais aussi l'élection du nouveau secrétaire contre le poulain de Bertinotti comme de grands succès dans le sens de la reconstruction d'une organisation communiste en Italie.

Je n'ai pas d'info précise sur les motions 4 et 5 qui ont regroupé en tout 5% des mandats mais je crois qu'une d'elle au moins était animée par un groupe trotskysant. Les quatre motions (1, 3, 4, 5) ayant conclut un accord, la déclaration finale a été votée par le congrès par 342 voix sur 642, et le nouveau secrétaire a été élu dans un scrutin serré mais non contesté.

Le réaction scandalisée et négative de la presse de gauche italienne montre a contrario le succès réel des antiliquidateurs en Italie (jusqu'à un certain point, l'indignation de la presse bourgeoise peut servir de critère pour repérer une bonne inflexion de la ligne!).

Enfin, dernière remarque : la victoire de la coalition 1-3-4-5 n'est pas définitive, les partisans de la constituante de gauche ayant décidé de poursuivre leur projet en septembre. Nikki Vendola présente l'affaire comme un retour à l'âge de pierre, et la "constituante communiste" proposée par l'Ernesto, l'appel unitaire, et le PDCI comme un "projet délirant". Ce langage arrogant fait penser aux OUIOUIstes du PS, et aussi aux "personnalités" du collectif national censé désigner un candidat antilibéral, en 2006. Si ces mauvaises intentions se concrétisent, il devra y avoir une scission (oh! quelle violence! halte au retour des gardes rouges de Réveil Communiste!), et une recomposition avec les communistes du PDCI et de l'appel "commençons par nous même" devra avoir lieu.

Le point important à mes yeux, c'est que ce changement de ligne a été acté par un changement de direction clairement identifiable, et qui s'est communiqué, en particulier grâce à l'indignation des journalistes sociaux libéraux, qui ont fait caisse de résonance. Le public italinien ne peut donc pas ignorer qu'il s'est passé quelque chose au PRC! Paolo Ferrero ayant fait partie de l'ancien groupe dirigeant (il est ministre sortant dans le gouvernement Prodi) on peut penser que ce changement de direction n'est pas suffisant, mais le nouveau secrétaire a accepté de faire une autocritique (ce qui semble au dessus des forces des dirigeants français), d'endosser un texte ferme sur les orientations politiques même s'il reste encore verbeux dans certains développements, et surtout de se faire élire contre le favori des médias et de la classe politique, à la manière de Braouezec chez nous, Nicchi Vendola, qui depuis qu'il a perdu se lâche dans la presse en désignant ses adversaires à la vindicte publique comme "les communistes"!

Détail qui n'en est pas un : Bertinotti malgré ses échecs et ses coups fourrés a conservé une remarquable popularité. Elle témoigne de l'amour de transfert des militants aux dirigeants, qui s'en servent pour les mener n'importe où comme le joueur de flûte les enfants de Hamelin, amour qui qu'on le veuille ou non est un invariant du vécu collectif dans les organisations politiques, surtout à ambition révolutionnaire. Amour inévitable, qui prend parfois des aspect ridicules, et qu'il faut savoir déplacer à temps! (ceci à l'intention de ceux qui ne voient pas le coté révolutionnaire de Freud) . Il ne sert à rien de déblatérer contre Staline ou contre Hue si du temps de leur splendeur on leur donnait du "Jo" ou du "Bob" affectueux.

Mais les communistes italiens ont peut être aussi exprimé par leur standing ovation leur soulagement de le voir partir, et leur reconnaissance pour sa démission! Et Fausto vieux Renard, sait qu'il pourra revenir, si la nouvelle équipe se prend les pieds dans le tapis. Tandis que Bob qui s'est accroché tant qu'il a pu peut toujours essayer, au PCF.

GQ, 30 juillet 2008, revu 1er août
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J
<br /> <br /> Il semble que la politique telle qu'elle a été faite jusqu'à présent a atteint ses limites.Toute société ne vaut que ce que valent les hommes qui la composent. On ne peut pas<br /> récolter sans semer. Pour améliorer la société il faut commencer par éduquer les individus. Or de cela aucun parti ne s'en soucie, parce que leur but est d'accéder au pouvoir par les voies les<br /> plus courtes et les plus faciles, et que l'éducation populaire est une tâche de longue haleine, nécessitant beaucoup d'efforts et de sacrifices dont les fruits ne seront récoltés que plus<br /> tard.<br /> <br /> <br /> <br />
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G
<br /> <br /> Il faudrait réactualiser ce texte sur la laborieuse reconstruction d'un parti communiste en Italie : il semble que le processus soit resté en panne au milieu du gué. En tout cas il montre bien<br /> que l'organisation en tendance, s'il facilite la prise de parole et la critique interne, n'est nullement une garantie de voir triompher une ligne correcte, bien au contraire, il généralise du<br /> haut en bas de la structure le crétinisme parlementaire.<br /> <br /> <br /> <br />
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L
<br /> <br /> Bonjour camarades<br /> <br /> <br /> La faiblesse actuelle du PCF n'est pas à mon sens historique ou organisationnelle, elle est surtout liée à la Direction Réformiste du Parti et son programme qui n'est pas une rupture avec le<br /> capitalisme, un programme communiste qui défendrait l'idée de l'expropriation des moyens de production des banques le tout sous contrôle ouvrier...<br /> <br /> <br /> Enfin le Socialisme est toujours d'actualité, n'es déplaise à certain, le Marxisme aussi pertinent, il est la seule réponse possible aux tares du Capitalisme qui ne sait qu'engendrer, guerres,<br /> famines, chômage, crises de surproduction, sur la terre...<br /> <br /> <br /> LG<br /> <br /> <br /> <br />
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G
<br /> <br /> Tu me fais penser à cette pendule qui donne l'heure juste deux fois par jour parce qu'elle est arrêtée.<br /> <br /> <br /> <br />
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J
<br /> <br /> La fin du monde soviétique a déjà sonné et la vôtre c'est pour bientôt. Mais la fin d'un chose est toujours le commencement d'une autre. Il viendra forcément quelque chose après mais<br /> personne ne sait encore quoi. <br /> <br /> <br /> <br />
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