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Réveil Communiste

Philippe Lelong plutôt pessimiste sur le PCF et son congrès

4 Juillet 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Correspondance au PCF

Texte de mon intervention lors de l'AG décentralisée du PCF Paris 20ème

 

Comme l'ont dit d'autres camarades, ce congrès sera pour moi charnière. Dans mon engagement au PCF, il y aura un avant et un après, et l'après va bien évidemment dépendre du déroulement du congrès. Je sors de la séquence des municipales qui m'a profondément marqué. J'ai lu les textes préparatoires proposés par les ateliers. Ils constituent à mon sens une caricature de ce qui tue et étouffe le PCF :

 

  • Pas de boussole, pas d'idéal, à part de vagues "anti-ceci" et "anti-celà" ou quelques envolées humanistes ("que la vie soit meilleure").
  • Pas de stratégie claire, de volonté de transformer les choses aujourd'hui.

 

A mon sens cette soupe tiède a pour fonction essentielle de masquer la profonde divergence qui traverse tout le parti : celle entre le réformisme et le radicalisme. Le tout s'explique par un électoralisme qui d'un moyen est devenu une fin, et qui à ce titre justifie tout :

 

  • Le reniement d'un projet réellement révolutionnaire pour ne pas faire peur à la classe dirigeante.
  • Les accords avec le PS, le Modem, même au prix de la confusion la plus totale dans l'électorat (nous allons les payer très cher à moyen et long terme).

 

Cet état de fait a pour conséquence que le parti est devenu, au niveau national, une machine électorale au service d'une petite caste de professionnels de la politique. De plus, une machine enfermée dans une dépendance envers des modes de financement qui la stérilisent, à savoir les rémunérations des élus d'une part, et le partage de gâteaux occultes entre gens de bonne compagnie d'autre part, ce qui nécessite justement que nous restions "de bonne compagnie"... et la boucle est bouclée.

 

C'est pourquoi je suis convaincu que le PCF d'aujourd'hui, ou plus précisément le machin qu'il est devenu, est au mieux inutile, au pire fondamentalement contre productif. Bien qu'ayant déjà eu plusieurs fois une furieuse envie de "rendre ma carte", j'y reste encore car il s'y passe des choses intéressantes, parfois passionnantes, "à la base". Mais aussi parce que je pense qu'il reste une infime probabilité qu'il se passe quelque chose au congrès... Sinon, je rejoindrai la cohorte des cocos sans parti, et essaierai de faire autre chose.

 

Quelles propositions formuler ? Je suis convaincu que nous perdons notre temps, notre énergie et notre âme à essayer de gagner des élections dans un système pourri et corrompant.

 

J'identifie quatre axes majeurs :

 

  • Réaffirmer notre projet politique. C'est "simple", la matière existe, de nombreux intellectuels la produisent constamment, il n'y a qu'à se baisser pour la ramasser. La pensée communiste est bien vivante, riche. Que nos instances nationales arrêtent de nous "occuper" avec ça ("quel projet ?", "quel communisme pour le 21ème siècle ?"... et nian nian...).
  • Nous engager dans des projets de changements immédiats et dans la durée. Organisons le développement d'une économie coopérative et non capitaliste, pour mettre en évidence les contradictions du système mais aussi briser le fameux refrain "TINA" (There Is No Alternative). Investissons également le terrain de l'école et de l'éducation, car c'est dès le plus jeune âge que le système actuel insuffle son idéologie de la concurrence de tous contre tous.
  • Remettre l'électoralisme à sa place, à savoir un simple moyen très limité dans le système actuel, qui ne doit servir qu'à appuyer notre projet, tout en étant très encadré.
  • Revisiter et réinventer les notions de démocratie (participative ou coopérative ou autre...), y compris et surtout dans notre propre organisation, alors qu'aujourd'hui le système à étages est une terrible machine à fabriquer du consensus mou auto-reproductif.

 

Pour conclure, je suis à la fois très pessimiste et très optimiste : très pessimiste pour le PCF d'aujourd'hui, très optimiste car il y a encore beaucoup à faire, beaucoup de choses n'ont pas encore été tentées, de nouveaux modes d'action et de développement politiques peuvent encore être inventés.

 

Philippe Lelong.

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G
Je suis bien d'accord que l'électoralisme est à éviter, et qu'on n'en prend pas le chemin à Paris (alignement sur Delanoé, affaire du Modem), mais les élections rythment la vie politique, et avoir des élus, et donc des alliances politiques au moins locale) est indispensable pour rester dans le concret, et pour ne pas s'éloigner des classes populaires pour s'enfoncer dans le microcosme miltant, qui à l'heure actuelle est structurellement sociétal petit-bourgeois. Ta position me paraît donc teintée de gauchisme, et un peu ausi dans le "tout ou rien".Amicalement, GQ
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