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Réveil Communiste

Comment le CSP 75 divise les travailleurs sans papiers.

20 Mai 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Luttes 2008-2011

Depuis le 15 avril, plus de 600 salariés sans papiers sont en grève, avec occupation de leur lieu de travail. Ce sont des salariés de la restauration, du bâtiment et du nettoyage. Au départ, 12 sites étaient en grève, aujourd'hui on en compte une vingtaine (Chez Papa dans le 10e, Fabbio Lucci dan le 19e -chez Fabbio Lucci c'est un peu différent, ils font grève depuis le 27 mars, et leurs revendications de base s'appuyaient au départ sur des questions de salaire et de condition de travail-, Veolia, une entreprise de nettoyage à Villejuif, un chantier de construction dans le 13e, Pizza Marzano dans le 9e, etc.). Ce sont les travailleurs sans papiers de la chaine de restaurant  "Chez Papa",  qui ont lançé le mouvement en faisant  appel à la CGT courant février pour organiser une grève suite au licenciement de quatre de leurs collègues. Parmis les 39 salariés de chez Papa, certains étaient déja syndiqués de longue date avant le début du conflit. Les travailleurs de chez Papa ont donc, avec l'appui de la CGT, organisé cette grève avec occupation 24h/24 du siège social de chez Papa, situé au 206 rue Lafayette à Paris, dans le 10e. Aujourd'hui, cela fait 23 jours qu'ils tiennent les piquets de grève sans répit.

Cette grève est historique pour deux raisons.

Premièrement, c'est la première fois en France que des dizaines de sites où travaillent des sans-papiers se mettent en grève simultanément, avec une coordination hallucinante. C'est aussi la première fois, véritablement, que des milliers de travailleurs sans papiers osent sortir de l'ombre, se saisissant de leurs droits syndicaux, leurs droits de travailleurs à part entière.

Deuxièmement, c'est la première fois que la lutte pour la régularisation des travailleurs sans papiers est placée sur le terrain de la lutte des classes. Oui, ce mouvement, est éminament politique: ce sont des salariés sous payés, exploités, bafoués de leurs droits fondamentaux, qui manifestent leur colère face à un patronat qui use et abuse de cette main-d'oeuvre très bon marché, exploitable et corvéable à merci, puisque sans papiers... Les précedents mouvements pour la régularisation de sans papiers se sont toujours focalisés sur le fait qu'ils étaient uniquement des "sans papiers", les privant ainsi de ce qu'ils sont avant tout: des travailleurs qui participent pleinement à la vie économique française. On est passé d'un terrain purement associatif à un terrain syndical: avant, des collectifs de sans papiers qui organisaients des manifs certes importantes (visibilité) mais inefficaces voire dangereuse pour les sans papiers eux même (combien ont fini avec des rafles pendant ou en fin de manif?). Aujourd'hui, des grèves organisées (et quelle organisation!!) par des travailleurs sans papiers, qui luttent pour leurs droits.

Mais le fait que la CGT (avec Droits Devants) soit à l'initiative de ces grèves déplaît à certains, notamment au CSP 75 (coordination parisienne des collectifs Sans Papiers), qui depuis le 2 mai, a décidé d'occuper la Bourse du travail à Paris avec une petite centaine de sans papiers (parmi lesquels se trouvent des femmes avec enfants). Selon Françoise Riou (CGT), une des "leaders" de cette occupation de la Bourse, la CGT a "trahi" car elle a "décidé d'arrêter le conflit", puisque seuls 1000 dossiers ont été déposés à la préfecture. Or, le conflit continue bel et bien, et prend même de l'ampleur... La CGT aurait donc "trahi" ces travailleurs sans papiers, puisqu'elle a refusé de prendre leur dossier. Ce que Françoise Riou ne dit pas, c'est que les camarades de la CGT ont été très clairs: seuls les dossiers des GREVISTES sont pour l'instant pris en compte. Il ne faut pas oublier une chose: la CGT n'est ni une association pour la régularisation des sans papiers, ni un bureau de régularisation, ni un parti politique. C'est un syndicat. Or, ce syndicat défend des travailleurs en grève. Ce que veut en réalité le CSP, c'est qu'on ramène la lutte des travailleurs sans papiers sur un terrain purement misérabliste, sentimentaliste, emotionnel, sans lien avec le monde du travail, ce sont pour eux avant tout des "sans papiers", sans autre identité. Mais plus grave, le CSP semble considérer les sans papiers comme son fond de commerce (touche pas à mon sans papier, c'est moi qui l'ai vu le premier!) et ça le fait profondément chier que la CGT (d'ailleurs, entre parenthèse, le seul syndicat à être vraiment sur le terrain, sur les piquets de grève, je peux vous le dire, j'y suis tous les jours chez Papa) soit dans la lutte auprès des travailleurs sans papiers.

Ce coup de force du CSP est une honte. Il utilise des travailleurs sans papiers, qu'il manipule allègrement, (la CGT sont des néo colonialistes esclavagistes racistes, c'est bien connu), et plus grave, qu'il monte contre leurs camarades en grève. C'est bel et bien une entreprise de division des travailleurs sans papiers qu'il mène. Je peux vous dire que les grévistes sont en rogne contre ces diviseurs, ces manipulateurs, et qu'ils ont bien compris que ces collectifs bien- pensant et irresponsables desservent avant tout leur combat. Le CSP se trompe (consciemment?) d'adversaire. Au lieu d'entrer dans la lutte auprès des grévistes, il préfère semer le trouble en occupant le siège parisien du seul syndicat qui lutte pour la régularisation des travailleurs sans papiers. Je peux vous affirmer une chose: à part les camarades de la CGT Poste et Ratp, je n'ai vu AUCUNE autre orga, assoc, parti, (à part deux personnes de RESF) venir apporter leur soutien à nos camarades grévistes. Mais le CSP se gargarise d'être à la pointe du combat, en ayant le cul posé sur le carrelage de la Bourse du travail. Il est temps d'arrêter ces petits règlements de compte sans intérêt, pour se consacrer enfin à la lutte historique des travailleurs sans papiers qui se déroule en ce moment. Les incantations style "ré-gu-la-ri-sa-tion, de tous-les-sans-pa-piers!" c'est bien joli, mais sans relai politique, nous n'y arriverons pas. Sans présence réelle sur le terrain, nous n'y arriverons pas. Les grévistes sont fatigués (mais toujours aussi déterminés!), ils ont besoin de soutien. Et ce n'est pas en occupant la bourse du travail que ça va les aider. Bien au contraire. Alors messieurs et mesdames du CSP 75, sortez de votre petite bulle, venez sur les piquets de grève, vous n'en serez que plus utiles.

Une dernière chose:

90% des personnes sans papiers en France travaillent. La plupart sont cependant isolés dans leurs boîtes, ce qui ne leur permet pas d'organiser une grève. Ils sont nombreux à être déclarés, ils payent des impôts, ils cotisent pour la Sécu, pour les retraites, aux Assedic....sans pouvoir en bénéficier. La lutte pour la régularisation des sans papiers ne passera que par la grève, car c'est le seul moyen de pression efficace pour obtenir gain de cause. C'est en paralysant des pans entiers de l'économie que les sans papiers se feront entendre. Les patrons et le gouvernement n'en n'ont rien à foutre de quelques sans papiers qui occupent la bourse du Travail. Au contraire, ça les fait bien marrer.

Mais quand il y a occupation des entreprises, là, ça devient moins marrant tout à coup.

Astrée Questiaux 7 mai 2008

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gilles questiaux 19/05/2008 12:20

Si je pense "séjour clandestin" je pense on va examiner le cas, si je pense "travailleur clandestin" je pense régularisez tout de suite et collez une amende au patron. Je suis pour régulariser systématiquement les travailleurs mais pas tout le monde. En effet, si on fait ça, on ne va pas pour autant ouvrir les frontières (à supposer que ce soit souhaitable) et on va encourager les immigrants à prendre des risques terribles pour entrer clandestinement, et prendre la responsabilté de l'hécatombe des noyés de Gibraltar. Il ne faut pas remplacer Marx par Don Quichotte ou Mère Théresa.

Caius 19/05/2008 10:20

"A tous les camarades : lorsque vous intervenez, lorsque vous pensez, essayez de faire l'exercice suivant - remplacer "sans papiers" par "clandestins".
Vous verrez que ça change beaucoup de choses."Heu ça change quoi en gros? moi clandestin cela évoque la clandestinité, le groupe manouchian, le colonel Fabien, la Résistance...

gilles questiaux 15/05/2008 17:43

Vénissieux a inventé les rodéos et les incendie médiatiques de voiture en banlieue, en 1979. Performance de Gerin : le PCf est toujours à la mairie!

olivier imbert 13/05/2008 14:49

Astrée! bravo ta réponse est à la hauteur du travail de Gérin, notamment dès 1983 avec la marche des incidents de vénissieux! ta position me semble remarquable de qulité internationaliste et digne de l'historie interantionaliste de la cgt et des marxistes et communistes; mais en socilaisme et capitalisme, il ya un problème de classe mondiale autour de la circulation et des frontières et donc, hum! hum! réfutons les adversaires socio-libéraux, mais essayons d'élaborer une position crédible à moyen terme, je n'ai pas dit court mais nos camarades travailleurs et en loisirs et bien soignés de France nous demandent d'être à  la hauteur au moins de la bourgeoisie européenne sur cette question.... donc bravo pour ce débat et votre attitude de classe responsable. Olivier Imbert. Nous avons ici en vendée un collègue sans papier la soidarité internationalsite de classe joue aussi, et cela n'interdit en rien la dénonciation des faux-cluls droits de l'hommistes tudieu....

Astrée 12/05/2008 17:57

Rectif: 80% de chômage dans certaines regions et certains secteurs (surtout campagnes). Il est bien évident qu'un pays avec 80% de taux de chômage n'existe pas, à part un pays en guerre! Cependant je ne connait pas les chiffres officiels et officieux. Si quelqu'un connait le taux de chômage exact dans les pays du Maghreb, merci de le communiquer.Astrée