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Réveil Communiste

Lettre d'André Gerin à Rachida Dati

21 Avril 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Congrès du PCF depuis 2008

Le 21 avril 2008

 

Madame la Ministre,

 

 

Vous annoncez une véritable refonte de la justice pénale des mineurs à partir de l'ordonnance du 2 février 1945.

 

Je vous le dis sans ambages, vous êtes en train de vampiriser la jeunesse des classes populaires, de la diaboliser, de la stigmatiser.

 

Oui la délinquance juvénile est un sujet de préoccupation pour les Français. Oui les Français ne comprennent pas pourquoi les mineurs ne sont pas mieux pris en charge. Oui la délinquance des plus jeunes est un phénomène inquiétant, exponentiel.

 

Mais où est la réflexion approfondie sur le fait que cette évolution bien réelle ?

 

Mais où est la cohérence du gouvernement devant ce qu'il faut appeler l'échec de la société, l'abandon des quartiers, d'une enfance, d'une jeunesse populaire sacrifiée ?

 

20% des jeunes, souvent issus de l'immigration, sont en échec scolaire, relégués dans des quartiers où la violence et la frustration dominent. Le chômage de ces jeunes dépasse les 40 %. Pour beaucoup, c'est le no futur. L'apartheid urbain se renforce à l'opposé de la mixité et de l'intégration. Trois jeunes sur quatre de moins de 25 ans, français, enfants de l'immigration, sont la réalité de Vénissieux. Comment dans ces conditions résoudre la question fondamentale de l'Éducation nationale, du savoir lire, écrire, compter. L'engrenage de l'exclusion, de la marginalisation est en marche.

 

Bien avant le collège, il existe une situation pleine de danger : nous avons de plus en plus d'enfants en âge de rentrer au collège qui ne savent pas lire, écrire ou compter. Il s'agit bien là d'un contre sens, d'une régression de la société qui nourri une culture de la violence sur fond de paupérisation sociale, culturelle, morale et spirituelle.


A l'insécurité sociale, vous répondez par la violence d'un gouvernement, d'une république défaillante, dans les domaines de l'Éducation, de la justice et de la police. Oui, l'ordonnance de 1945 est un texte fondateur. Oui, elle a perdu de sa pertinence, elle a perdu de son efficacité. Vous dîtes de ce texte du 2 février 1945, qu'il est inopérant, alors que, comme vous le savez, il a été mutilé avec 31 modifications. En voulant aujourd'hui abaisser l'âge minimum à partir duquel les mineurs peuvent se retrouver en prison, ce sera la fin de ce texte fondateur qui dissocie justice des mineurs, justice des majeurs. Va t-on aller vers un recul de civilisation ?

 

Vous le savez aussi, la justice des mineurs est devenue le parent pauvre des politiques gouvernementales. En cassant ce fondement de 1945, vous rapprochez la justice des mineurs et de celle des majeurs, dans le même esprit de ces politiques gouvernementales, qui rognent dans tous les domaines, que ce soit le domaine familial, celui de l'enfance et de l'éducation.

 

Vous ne voulez plus voir que ces jeunes sont des enfants. Ils parlent, ils pleurent, ils jouent, ils rêvent comme des enfants. Vous masquez l'abandon de la République, de familles et d'enfants dans la grande pauvreté, enfermés dans les ghettos de la misère où vivent les classes populaires. Vous prétendez juger les 16/18 ans comme des adultes. Cette délinquance de grands adolescents. Pourquoi à ce moment là ne pas ramener le seuil de la majorité à 16 ans, avec une reconnaissance forte de la République au niveau économique social et politique. Instaurons le service civique de solidarité de 6 mois renouvelables, garçons et filles, obligatoire pour les 16/21ans, s'inscrivant dans un cursus de formation et de métier. Pour les moins de 13 ans, rabaisser le seuil reviendrait à ne plus considérer qu'un enfant délinquant est aussi un enfant en danger.

 

Allez vous remettre en cause la protection judiciaire de la jeunesse ? L'abandon de poste de magistrats qui seraient jugés inutiles dans la mesure ou le contentieux éducatif serait retiré des juges pour enfants.

 

Quand on voit comment les enfants sont utilisés par les majeurs dans les trafics de drogue, dans les mafias de la contrefaçon, dans les violences entre bandes, dans les agressions sexuelles, les viols, les voitures brûlées, les feux de poubelle, les jets de pierre contre les représentants de la République, police, pompiers, transports en commun, sans oublier les petits groupes d'intégristes qui imposent leur loi sur des territoires. Pourquoi la police et la justice sont elles défaillantes ? voire inexistantes devant des phénomènes connus qui pourrissent la vie des habitants, des jeunes, des adolescents, des enfants, abandonnés par la République.

 

La justice des mineurs doit être renforcée, consolidée sur le socle de 1945. Un socle éducatif repensé dans une approche renouvelée, pour redonner de la pertinence, de l'efficacité au texte fondateur du 2 février 1945.


Ne touchons pas à la responsabilité pénale des moins de 13 ans, innovons dans des approches et des moyens audacieux, humains et financiers. Augmentons les effectifs de juges pour enfants. Généralisons l'entrée dans les crèches des enfants de 2 ans, généralisons l'enseignement de la culture et de l'histoire des civilisations dès l'école primaire. Faire de la prévention et du traitement de la délinquance une priorité nationale en adossant l'ordonnance de 1945, reconstituée et actualisée, en pensant aux victimes et en n'oubliant pas qu'un enfant délinquant est un enfant victime et en danger.

 

Organisons l'accompagnement des enfants de moins de 12 ans après 22 heures chez leurs parents. Créons une filière spécifique pour les jeunes exclus ou en échec scolaire, avec un développement de l'apprentissage dès l'âge de 14 ans, pour tous les élèves dans un parcours valorisant. Aux carences de l'éducation, de la police, de la justice. A la protection judiciaire de la jeunesse que vous avez dans le collimateur, vous répondez par le pénal. Vous le savez, les questions de l'autorité, des limites, des règles et du respect sont à reconstruire à tous les étages de la société. La justice des mineurs a besoin de moyens, la jeunesse populaire est une ressource, une chance pour la France et non une menace. Les violences et les souffrances des jeunes sont l'expression d'une dérive qui engendre une misère endémique, un délitement du lien social, une américanisation de la société française.

 

J'espère que notre pays saura tendre une main de fraternité et d'avenir à notre jeunesse pour lui donner des raisons d'espérer au lieu de la culpabiliser et de la vampiriser.

 

Avec cette longue lettre, j'ai voulu réagir à votre annonce de la mise en place de cette commission. Il faut sortir du statu quo par le haut. Or, vos préconisations au nom du gouvernement Fillon sont régressives et dangereuses. J'espère qu'elles ne seront pas suivies d'effet, et qu'enfin, on établira un vrai diagnostic partagé sur la délinquance des mineurs, sur ses causes. Mon vœu le plus cher est qu'il y ai, au niveau national, un grand débat républicain indispensable pour aborder l'avenir.

 

Je vous prie d'agréer, Madame la Ministre, l'expression de ma haute considération.

 

                                                                                                                                                                    André GERIN

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