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Réveil Communiste

En italie, débat au PRC : suite au désastre de la "gauche arc-en-ciel", "Il est temps d'en découdre".

20 Avril 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Communistes en Italie

Jean Louis Cailloux nous a communiqué ce texte (le 17 avril 2008)

Fosco Giannini, 04/04/2008 (traduction LAS)

 

 

Allons droit au cœur de la question.

 

Nous avons assisté à l'échec total du gouvernement Prodi et à l'échec, tout aussi total, de la participation du Parti de la Refondation Communiste au sein de ce gouvernement - nous l'affirmons en tant que dirigeants du PRC.

Sur les thèmes de la paix, du désarmement, de la redistribution des richesses, des droits sociaux et civils, rien n'a été obtenu. En revanche, notre Parti s'est ruiné, dans cette expérience de gouvernement il s'est transformé en compromettant ses liens avec les mouvements de contestation et avec l'ensemble du mouvement ouvrier. Il a aussi payé un lourd tribut en ce qui touche à l'organisation et de la solidité interne. Aujourd'hui, dans les cercles, les fédérations, l'heure n'est certainement pas à l'enthousiasme : c'est plutôt la tristesse, le désengagement, l'étonnement, la désaffection. Un air de suspension : qu'avons-nous fait? Qui sommes-nous? Qu'allons-nous devenir demain?

A l'échec - celui de l'expérience au gouvernement, mais bien plus celui, profond, de toute une politique issue du Congrès de Venise [2005] - le groupe dirigeant du PRC a pour l'essentiel répondu en trois façons: d'abord, en éliminant les bases matérielles de la défaite ; deuxièmement, en accélérant le processus d'effacement de la nature communiste de notre Parti ; troisièmement, en serrant la vis à l'intérieur, de manière antidémocratique, ce qui assurément n'évoque pas les meilleurs moments de l'histoire du mouvement communiste, et encore moins évoque-t-il ce parti « antistalinien » et démocratique tant vanté par l'« innovation » à la Bertinotti.

 

En ce qui concerne les causes de la défaite, le groupe dirigeant du PRC a repris en bonne partie l'interprétation fournie par M. Prodi : l'échec serait dû à la trahison de l'aile modérée de l'Union de Prodi (Dini, Mastella) et au fait que le pouvoir économique se serait déchaîné contre lui au moment d'emprunter le tournant du « dédommagement social ». Il y a ensuite une analyse énoncée dans un premier temps par Giovanni Russo Spena [dirigeant du PRC] puis reprise par d'autres, selon laquelle la raison déterminante de l'échec serait le fait que ce gouvernement a été imperméable aux mouvements de contestation, c'est-à-dire qu'il ne se serait pas laissé pousser vers la gauche par eux.

 

Le premier de ces arguments (la trahison de l'aile modérée de l'Union) est un argument typiquement superstructurel et politicien: la composition politique, voire idéologique, de l'Union était bien connue, de même que ses limites quant au programme. Ces limites ont poussé à juste titre une large minorité interne au PRC à se battre contre le choix de participer à priori au gouvernement fait par la majorité du Parti lors du Congrès de Venise.

Pretendre de Dini et Padoa Schioppa [inflexible ministre du Trésor] - même dans la dernière phase du gouvernement Prodi - des politiques  de redistribution pour frapper les profits et augmenter les salaires, c'eût été comme demander à Parisi et Rutelli de retirer les soldats italiens d'Afghanistan: une contradiction en termes.

 

En ce qui concerne le fait que gouvernement serait tombé du fait des pouvoirs économiques car désormais prêt à l'inversion de marche et au dédommagement social : il n'y a pas le moindre signe en faveur de cette hypothèse. Avant de tomber, le gouvernement venait juste d'achever le néfaste Protocol du 23 juillet qui mettait à mal la lutte à la précarité, et s'apprêtait à gérer une saison contractuelle sous le signe de la centralité des entreprises, pas du tout consacrée à reporter les salaires au niveau du coût réel de la vie.

Quant à l'international, il allait prolonger les guerres en cours, relancer less dépenses militaires (ainsi que le montre l'activité de la Commission Défense, au Sénat, après la chute du gouvernement Prodi) et reconnaître l'indépendance du Kosovo.

L'argument proposé, telle une autocritique prudente, par une partie des dirigeants du PRC (gouvernement imperméable aux mouvements de contestation) est selon nous particulièrement faible. L'essentiel ne réside pas en la fait que le gouvernement ait été imperméable à ces mouvements, mais bien que les politiques concrètement menées ont creusé un gouffre entre le gouvernement et ces mouvements, jusqu'à ce que tombe l'illusion que Bertinotti avait créée, d'ailleurs de manière non complètement honnête, selon laquelle les mouvements de contestation devaient tirer vers la gauche la politique du gouvernement.

A la place de cela, les mouvements de lutte - depuis Gênes 2001 à celles dans la métallurgie, jusqu'à la contestation de la guerre - se sont retrouvés de l'autre côté des barricades, par rapport au gouvernement Prodi, loin d'en être les compagnons de route.

La vérité est que le groupe dirigeant du PRC a commis un refoulement profond des causes de la défaite. Il a voulu oublier d'analyser la phase pendant laquelle s'est située l'expérience gouvernementale.

De manière idéaliste, il a ignoré les données concrètes et structurelles.

On pourrait définir la phase où la PRC est entré au gouvernement comme celle de la compétition globale.

Au niveau international, nous sommes face à un point d'orgue du conflit politique et économique entre les pôles impérialistes et capitalistes, une bataille très dure pour la conquête des marchés.

Les larges fractions capitalistes aujourd'hui hégémoniques - en Italie aussi - ne perçoivent qu'une voie pour battre la concurrence : baisser le coût des marchandises en réduisant brutalement les salaires, les droits, l'état social.

De ce point de vue, elles n'envisagent aujourd'hui aucun compromis avec le monde du travail, aucune solution de redistribution de type social-démocrate.

La redistribution des richesses ne pend pas de la branche - la phase - comme un fruit mûr, prêt à être cueilli. Ce fruit, tout simplement, n'existe pas. Si le gouvernement Prodi entendait cueillir ce fruit, il devait s'inscrire en faux par rapport à la phase en cours (en d'autres termes, cela revient à dire qu'il fallait nuire un peu aux patrons).

 

Il ne l'a pas fait, ni il n'aurait pu le faire, par sa nature. Voilà le point structurel qui nous mène à la question centrale : existait-il les conditions objectives pour que les communistes entrent au gouvernement Prodi?

Plus encore: y avait-il les conditions pour y rester? Ou n'aurait-il pas fallu retirer au gouvernement la délégation du PRC après l'Afghanistan, après Vicence, après le bouclier antimissile, après le Kosovo, après les mesures de droite sur la « sécurité », après la renonciation aux droits civils et face à la volonté d'acier de gouvernement Prodi de ne pas amender le Protocole du 23 juillet?

Voilà, en vérité, ce qu'il aurait fallu faire, en bons communistes : rompre, du moins à partir du vote sur le Protocole, à savoir sur la complicité avec un gouvernement incapable d'exprimer une position autonome par rapport aux stratégies impérialistes des USA et de l'OTAN et aux politiques économiques désormais clairement libérales.

D'autres données structurelles ont été ignorée par l'analyse du PRC sur la phase en cours : les rapports de force sociaux en Italie, très défavorables à l'ensemble du mouvement ouvrier, et la tendance générale vers le centre modéré lancée dans l'Union Européenne par le néo-impérialisme européen naissant. Ce n'est pas peu dire. Des rapports de force aussi défavorables aux travailleurs, plaçant l'essentiel de la bataille sur le terrain institutionnel, font courir le risque de tomber, plus ou moins inconsciemment, dans le crétinisme parlementaire et d'aggraver encore davantage les conditions de vie des travailleurs, des précaires, des retraités, des jeunes gens au chômage, en consolidant le pouvoir des patrons.

Dictée par les forces hégémoniques du capital économique et financier, fonctionnelle à la constitution de l'impérialisme européen, cette profonde vague politique et culturelle du néo-centrisme dans toute l'Union Européenne constitue désormais bien plus qu'un mouvement souterrain. Elle marque, par-delà les forces explicitement libérales, une grande partie de ces forces politiques qui appartiennent à une sorte de centre-gauche européen.

Les forces modérées du gouvernement Prodi n'ont pas échappé à cette vague hégémonique et le PRC n'a pas su, n'a plus pu - en raison de sa nouvelle nature politique - compter avec ces contradictions, à partir de sa subalternité au carcan de Maastricht et à la mythologie de la réduction des déficits publics imposée par la BCE.

Dans la phase actuelle, comment une force de classe, anticapitaliste, communiste devrait-elle se placer face aux contradictions que suscite la compétition globale et face à l'attaque du capital ? Nul doute, elle devrait renoncer aux illusoires solutions institutionnelles - non pas par extrémisme, mais en vertu d'une analyse précise de la situation concrète - et se mettre à la tête d'un nouveau, long, cycle de lutte sociales, avec l'objectif primordial de changer les rapports de force dans la société et de couper les griffes aux patrons. Surtout, cela signifie se consacrer à la constitution et à la consolidation du Parti communiste, cœur unitaire d'un rassemblement plus large de lutte antilibérale, anticapitaliste, anti-impérialiste.

A la place de cela, qu'a choisi le groupe dirigeant du PRC après l'échec du gouvernement Prodi, après son propre échec ? Il a choisi d'accélérer le processus de dépassement de l'autonomia communiste et anticapitaliste pour se lancer dans la construction d'un nouveau et fumeux « sujet de gauche » : la « Gauche-Arc-en-ciel ». Un sujet qui naît, certes, comme produit final du long processus de dé-communisation à la Bertinotti, mais qui aujourd'hui prend sa forme la plus accomplie, focalisée sur la Gauche Démocratique [parti issu d'une scission de l'aile gauche des Démocrates de Gauche, lorsque ceux-ci ont formé le PD avec les ex-démocrates chrétiens], modérée et essentiellement social-démcrate.

L'effacement du Parti communiste est, en même temps, l'issue la plus fonctionnelle à l'attaque du grand capital et la plus délétère pour les intérêts des classes subalternes. Cette élimination comporte une espèce d'harmonie interne : elle représente une déchirure si violente dans l'histoire du mouvement ouvrier italien que, pour s'accomplir, elle a besoin d'autant de violence contre la démocratie : l'effacement est décidé par un groupe très restreint de dirigeants qui réduisent au silence et isolent quatre-vingt mille inscrits du Parti.

A bien y réfléchir, le tour de vis interne au PRC pour dépasser l'autonomie communiste est constitué par une longue série de prévarications : on constitue la « Gauche-Arc-en-ciel » sans la moindre discussion dans les cercles et les fédérations (en reprenant à vrai dire un schéma élitiste déjà employé pour la constitution de la Gauche Européenne et de l'Union pour Prodi - avec les résultats que chacun peut constater) ; en même temps, on élimine nos symboles, la faucille et le marteau ; on évite la moindre consultation de la base du Parti pour faire le bilan de l'expérience au gouvernement ; on lance la campagne d'adhésion au nouveau sujet politique (les cartes « Arc-en-ciel » sont en train d'arriver dans les fédérations justement au cours de cette campagne électorale : bel effort pour conforter l'esprit des communistes et les pousser dans les rues et les quartiers !) ; on suspend (jusqu'à quand ?) le Congrès national et l'on punit une minorité interne, « L'Ernesto », à travers une théorisation antidémocratique aussi inouïe que lâche et dangereuse : il y aurait des minorités « dialectiques » qui peuvent être récompensées et des minorités « d'opposition » (en ce qu'elles s'opposent à la liquidation du PRC) que l'on peut humilier et marginaliser.

C'est la campagne électorale, les camarades de « L'Ernesto » travailleront elles et eux aussi pour leur Parti et pour la gauche. Après, on ne saura plus tolérer une telle suspension de la démocratie interne. Qui veut éliminer le Parti communiste devra le dire, au lieu de raconter des fables. Et qui veut relancer l'autonomie communiste devra se battre.

 

Cette hypocrisie qui reste dans le vide est dangereuse pour tout le monde. Il faut trancher.

Après les élections, on ne pourra plus temporiser : il faudra un Congrès. Si le groupe dirigeant ne le convoquera pas, les inscrits devront l'imposer.

Il est temps d'en découdre.

La parole aux camarades. Congrès tout de suite !

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caius Gracchus 19/04/2008 11:30

Si cela vous intéresse je viens de terminer la tarduction d'un appel que je crois important pour l'unité et l'autonomie des communsites en Italieil est signé par quelques grands noms (Losurdo canfora, catone etc...) on peut le trouver sur mon blog