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Réveil Communiste

Intervention d'Yves Dimicoli au CN des 29/30 mars 2008

1 Avril 2008 , Rédigé par Réveil Communiste

Le PCF a réalisé un score très honorable qui contribue à donner à ces élections locales une triple signification nationale :

 

  • La droite a été battue et c'est u n avertissement pour Sarkozy aux commandes de l'Etat ;

  • Le PS voit son hégémonie accrue dans les exécutifs territoriaux, ce qui peut ouvrir la voie à une « cohabitation » Droite-Ps d'un nouveau type en France ;

  • Le « peuple de gauche »  a refusé l'idée que « le PCF est mort ». Au contraire, il l'a confirmé comme troisième force politique nationale, empêchant toujours le bipartisme.

 

Nous devons être à la hauteur de cette détermination et reconnaître que, si notre débat doit certes demeurer ouvert à toute interrogation, la vie a fait perdre beaucoup de leur pertinence aux hypothèses de dilution du PCF dans une autre organisation.

 

Cessons donc de nous paralyser nous-mêmes et mettons-nous au travail pour placer enfin notre parti en situation d'initiative nationale !

 

Il y a eu des points marqués contre Sarkozy. Des positions électives ont été conquises comme autant de chances pour les citoyens de faire jouer des contre-pouvoirs et d'en construire de nouveaux.

 

Comment nous saisir de cette situation ?

 

Il ne s'agit pas, en effet, de se placer à la remorque du social-libéralisme. Et il ne s'agit pas, non plus, sous prétexte de conjurer ce risque, de s'enfermer dans une protestation qui, orpheline de contre-propositions opérationnelles, serait aussi vide que sectaire.

 

La situation commande de construire de nouveaux rapports entre militants, organisations du parti et élus communistes. Après l'avoir demandé en comité exécutif, je demande au conseil national de programmer une réunion sur cette question. Car, je le répète, la situation est très nouvelle et exige de commencer, sans attendre, à renouveler nos pratiques.

 

Elle l'est, d'abord, au plan politique.

 

Sarkozy va avoir besoin de reconstruire un consensus alors que s'envenime le mécontentement sur le pouvoir d'achat, les retraites, l'emploi, les services publics.

 

Il cherche à diviser et intégrer les syndicats sur la « flexicurité » avec un futur projet de loi sur le contrat de travail intégrant les données régressives de l'accord interprofessionnel sur « la modernisation du marché du travail » que la CGT a refusé de signer. Il cherche à les neutraliser aussi avec la négociation sur la représentativité. Le tout avec l'objectif d'une réduction d'ampleur des droits sociaux et du coût du travail.

 

Il lui faut arriver à contenir la pression sociale qui monte sur les comptes publics avec, en ligne, les exigences du traité de Lisbonne que le PS a voté.

 

Et pour l'aider à bâtir un consensus là-dessus, le rapport Attali sur « la libération de la croissance » lui apporte 316 propositions visant à faire reculer la part des dépenses publiques dans le PIB de 1 point par an pendant 5 ans, soit une « économie » annuelle de 20 milliards d'euros par rapport à la tendance actuelle. Bref, le rapport Attali propose une base consensuelle pour un super plan de rigueur pluriannuel.

 

Les collectivités locales sont aussi en ligne de mire.

 

L'ancien conseiller de F. Mitterrand propose que le principe d'autonomie politique des collectivités locales ne soit plus lié à l'autonomie fiscale, qui ainsi disparaîtrait, mais à l'autonomie budgétaire. Cela marcherait de pair avec le déclin de la taxe professionnelle, une croissance zéro en volume de la dotation globale de fonctionnement (DGF) et la mise sous tutelle accrue des regroupements de communes derrière un chef de file traitant directement avec les emprises territoriales de grands groupes. Il y a là de quoi bien immerger les collectivités locales et leurs élus dans une concurrence accrue pour attirer les capitaux et pour les enfermer, aussi, dans un rôle d'ambulances sociales face aux dégâts causés par la déresponsabilisation sociale et territoriale accrue des entreprises et au désengagement de l'Etat.

 

Il ne faut pas laisser nos élus se faire embarquer, malgré eux, dans cette guerre civile d'attractivité financière entre territoires, l'élitisme et le rationnement de la dépense publique. Les pôles de compétitivité, le « grand Paris »... quels défis avec le risque de jonction entre sociaux-libéraux et libéraux-populistes !

 

Il nous faut donner une tout autre ampleur à nos campagnes nationales, notamment celle sur l'argent et celle sur les institutions, avec des objectifs précis et mesurables, avec un suivi national conséquent engageant toute la direction. Il faut des campagnes qui ne se limitent pas à des affichages et des débats, mais qui incitent aussi les communistes à engager des luttes pratiques rassembleuses.

 

La situation est aussi nouvelle au plan économique et financier.

 

Nous sommes en effet face à une crise financière d'une profondeur tout à fait exceptionnelle avec un déchaînement de la spéculation qui va de l'immobilier jusqu'aux matières premières énergétiques et alimentaires, en passant par le crédit bancaire, les marchés boursiers, les monnaies.

 

L'ampleur des masses d'argent en cause est sans précédent historique. Elle témoigne de l'énormité des liquidités sécrétées par les gestions capitalistes qui utilisent la révolution informationnelle pour la rentabilité financière, avec des destructions considérables d'emplois et la pression perpétuelle sur les masses salariales. Ces gigantesques liquidités servent à spéculer toujours plus sur tous les marchés. Cela se fait avec l'appui massif, désormais, des Banques centrales qui, sous prétexte, d'éteindre le feu aspergent l'économie de liquidités, lesquelles servent alors immédiatement à spéculer encore plus.

 

Cette crise débouche sur de graves limitations du crédit et une fragilisation des banques. Elle est mondiale, certes, mais on peut, tout de suite, intervenir pour la combattre en France et dans nos régions. Car la Finance globalisée va du local au national, à l'Europe et au monde et inversement. On peut donc intervenir à chacun de ces échelons.

 

On ne saurait donc se contenter de protester contre la « dérégulation » et réclamer plus de contrôle des mouvements de capitaux au niveau européen, sans mettre en cause la BCE et sans organiser l'action ici et maintenant comme l'a fait un récent appel publié dans l'Huma et d'autres journaux et qu'avec d'autres camarades de la commission économique j'ai refusé de signer.

 

La spéculation et la crise, ça suffit, oui ! Mais, pour ça, il faut que le crédit et les fonds publics cessent d'alimenter le cancer financier, le tonneau des danaïdes des gâchis capitalistes, afin de servir à sécuriser l'emploi, la formation, les revenus du travail et de remplacement, le logement social, les services publics.

 

Passons donc aux travaux pratiques sur notre programme au lieu de le regarder comme une poule qui découvre un couteau. Servons-nous en, enrichissons le à l'appui des luttes en proposant, notamment la création de fonds régionaux pour l'emploi et la formation afin de commencer à changer, sans attendre, les rapports entre banques et entreprises sur les territoires.

 

Exigeons l'élargissement de la taxe professionnelle aux actifs financiers des entreprises et des banques comme instrument décisif pour une véritable démocratie locale, au lieu de la disparition progressive de cet impôt et la restriction des budgets locaux interdisant, en pratique, l'essor d'une démocratie participative en actes.

 

Réclamons le versement des 27 milliards d'euros d'exonération de cotisations sociales patronales à un Fonds national de maîtrise et de réorientation du crédit qui rendrait d'autant moins coûteux celui-ci, pour financer les investissements des entreprises, que ceux-ci programmeraient plus d'emplois et de formation. Exigeons des nationalisations de banques pour constituer, autour de la CDC, de la banque postale et des caisses d'épargne, un pôle financier public qui développerait une grande mission nouvelle de service public du crédit pour sécuriser l'emploi et la formation.

 

Tout cela permettrait de faire de la réorientation de la BCE en enjeu de bataille populaire au cœur des prochaines élections européennes, de même que pour ce qui concerne la réforme radicale du FMI que l'on ne saurait déléguer au social-libéral Strauss-Kahn.

 

Voilà autant d'enjeux de renouvellement de nos façons de faire que nous pourrions investir, sans attendre, pour une bonne préparation, dans l'action, d'un congrès utile de novation du PCF au lieu de le diluer ou de le recroqueviller.

 

 

 

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