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Réveil Communiste

La décomposition du communisme "refondateur" accompagne les mutations sociologiques de la banlieue parisienne. Commentaire d'un article du "Nouvel Obs" sur Braouezec.

3 Mars 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ce que dit la presse

Article du Nouvel Obs du 21 février 2008 (transmis par Jean Louis Cailloux). Avec un commentaire de GQ; 25 février2008

Grandes manoeuvres dans la Plaine

Les déchirements de Braouezec
 
D'un côté, les sans-papiers et «Bové président !». De l'autre, le boom économique de la Plaine-Saint-Denis, les fonds d'investissement américains aux alentours du Stade de France... Ainsi va Patrick Braouezec, député et président de la communauté d'agglomération de Plaine Commune.Un communiste en pleine mondialisation heureuse, qui drague les investisseurs immobiliers au Mipim de Cannes, mais cultive son engagement «alter» dans les collectifs antilibéraux...

Le radical-chic joue gros dans l'affrontement électoral. Si les socialistes prenaient Aubervilliers, La Courneuve ou Villetaneuse, son assise serait ébranlée. Alors Braouezec redevient «coco» le temps d'une bataille. Il appuie tous les maires communistes, orthodoxes inclus, de peur d'être emporté avec eux. Mais, en même temps, son bras droit, Stéphane Peu, vice-président de l'agglo, a déjà pris langue avec Claude Bartolone. «Barto est prêt, dit Peu, vétéran du communiste reconstructeur. Son projet de développement se marie avec le nôtre. Nous sommes des partenaires naturels. Nous aussi, les communistes modernes, nous avons souffert quand le Parti refusait les entreprises et l'économie.»  Stéphane Peu suggère à Bartolone une alliance contre le vieux PC  «La perte du département par l'appareil du PC fera bouger les communistes. Si on arrive à inventer une confédération de la gauche ici, entre Bartolone et nous, la Seine-Saint-Denis aura été pionnière.»

A condition que la vague rose épargne en mars le «partenaire naturel»...

 
Claude Askolovitch

Cet article du NO persifle Braouezec et ses amis refondateurs historiques de la Plaine Saint Denis, parce que la tentation est toujours grande de se moquer du transfuge qui est tombé le cul entre deux chaises.

Voir PB être obligé de soutenir la liste ou se trouve JJ  Karman à Auberviller, c'est drôle! Mais il ne faut pas s'y tromper, il se reflète dans l'article le triomphalisme prématuré de ceux qui pensent que le PCF est déjà mort, et qui ne voient plus l'utilité de favoriser le travail de sape des refondateurs.

Du coup, le roi est nu, et la base sociale des refondateurs est dévoilée : cette partie de l'appareil du PCF est en pointe dans l'accompagnement de la mutation sociologique des faubourgs ouvriers, comme Saint Denis, où les entreprises industrielles ont laissé la place aux sièges sociaux. Pour éviter la "balkanysation" comme à Levallois, c'est à dire l'embourgeoisement total et la passage à droite, les édiles du PCF (et pas seulement les refondateurs) se sont adaptés, et de se sont rencentrés sur une alliance entre classes moyennes envahissant les logements maintenant hors de prix à Paris, et en forte hause à Saint Denis, et le tissu associatif qui a vocation (parfois légitime, parfois totalement usurpée) à représenter les habitants du parc important de logement social.

Il reste à Saint Denis et dans les autres communes de l'ancienne ceinture rouge et ouvrière une forte population composée des enfants et petits enfants des ouvriers immigrés de la France industrielle de Pompidou. Ils sont relégués dans les cités et largement exclus de l'emploi et de la promotion sociale, une promotion qui n'a pas manqué au contraire aux héritiers du communisme municipal. La disparition de toute implantation communiste dans les cités est supplée par la démagogie communautariste ("indigènes de la république", "une école pour tous", etc).

On comprend que Braouezec se sente à l'aise dans l'altermondialisme, Saint Denis, en beaucoup moins pauvre pour le moment ressemble en effet à une ville du Brésil où une population appauvrie est maintenue à proximité d'une population de consommateurs de la classe moyenne intégrée jouissant à la fois des avantages du libéralisme et de ceux de la protection sociale, composée des électeurs types de Ségolène Royal, et on réserve la partie pauvre de la population souvent d'origine étrangère pour des tâches subalternes et sans promotion, complémentaires du niveau de vie du premier groupe (c'est pour ça qu'il faut les avoir sous la mains): travail précaire ouvrier du commerce et des services, "services à la personne", économie parallèle, etc. Cette relégation n'est pas le fait des municipalités, mais les municipalités gèrent la désindustrialisation au lieu de résister "à l'entreprise", comme s'en vante Peu, elles accompagnent le mouvement. Il peut s'agir d'un choix judicieux de gestion à court terme, fondé pour tirer au mieux partie des atouts du local, mais il éloigne irrémédiablement ceux qui en endossent la responsabilité de tout projet communiste (quand au socialisme, il a déjà été formellement récusé par leur caution intellectuelle, Lucien Sève).

Dans un contexte totalement différent, Mao a triomphé en menant une stratégie d'encerclement des villes par les campagnes, il faut pour les communistes maintenant réussir une telle inversion "centre périphérie", et réunifier le prolétariat, en construisant une alliance entre exclus relégués dans les cités et ouvriers rélégués hors des grandes villes qui ne peut se faire que sur une base de classe.

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Gilles Questiaux 28/02/2008 18:22

Le choix d'accompagner les mutations sociologiques en liquidant le communisme n'est pas la seule solution pour gérer les municipalités des banlieues rouges: Gérin à Vénissieux n'a pas évolué en ce sens, et malgré son refus de la démagogie communautariste et du laxisme en matière de sécurité, et les calomnies que Braouzec a fait circuler sur son compte il a le soutien des cités.