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Réveil Communiste

Lens-Les Courcelles et Metaleurop

1 Février 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Luttes 2008-2011

Fin octobre 2007, Gilles G. et moi sommes allées dans le Pas-de-Calais, pour fleurir la tombe de son grand-père, enterré a Billy-Monthigny. Nous voulions également profiter de ce voyage pour rencontrer des camarades de Billy, afin d'échanger quelques points de vue sur le Parti. Le rendez-vous était au marché de Billy, mais malheureusement, nous ne les avons pas vus (faut dire qu'il faisait un froid de canard, et peut-être que du coup, ils avaient annulé leur diff). Une autre fois peut-être?

Après avoir couché à Lens, nous nous sommes rendu le lendemain à Lens-Les-Courcelles, à proximité de Lens, pour voir Jean-Pierre Bertrand, que Gilles avait rencontré à l'occasion du Festival Bobines Sociales (à Paris).
Jean-Pierre, ancien salarié de Metaleurop a été un des leaders de la grève à Metaleurop, et également un ancien membre du PCF (il s'est fait eclure dans les années 90). Cette rencontre fut passionante, chaleureuse (au passage, la fleur de bière, liqueur locale, est un délice), et m'a fait sortir de mon petit prisme parisien.
Originaire de Paris, j'ai eu  ce qu'on appelle un "choc culturel". Billy-Monthigny et Lens -Les-Courcelles, ce n'est pas Paris. Et on le voit au niveau des gens. A Lens-Les-Courcelles, une grosse partie de la population travaillait à Metaleurop (dont les patrons ont licencié 800 ouvriers puis sont partie avec la caisse) et le reste qui tient les commerces de la ville ont vu leur chiffre d'affaire chuté, en raison de la fermeture de l'usine, car la ville est quasiment devenu une ville morte. Nous avons discuté avec la gérante du bar-restau dans lequel on a mangé, elle nous a raconté combien la vie était devenue difficile après la fermeture de l'usine. Que s'est il passé? Une petite partie des salariés licenciés ont été "recasés", dans des boulots qui n'ont rien a voir avec leur ancien métier. Souvent, ces boulots sont précaires et ne conviennent pas à ces travailleurs qui pour la plupart ont passé la moitié d'une vie à Metaleurop, et en sont sorti ejéctés à coup de pied au cul, comme de simples kleenex. Parmi les anciens salariés qui n'ont pas retrouvé de travail,  certains ont plongé dans l'alcoolisme, d'autres se sont suicidés. Mais une autre parti (environ 80) ont été réembauchés dans le cadre du projet de Jean-Pierre, c'est-àdire la création d'une SCOP ACE (Active Coeur Evironnement). Il s'agit d'une entreprise de dépollution du site de Metaleurop.
J'ai été  boulversée par cet homme, un type formidable, courageux, qui a permis à Lens-Les -Courcelles de retrouver une activité,  un horizon, une dignité. Car quand on parle de licenciements massifs et de fermeture d'usine, ça peut paraitre abstrait à nous, parisiens d'une génération (20-30 ans) qui n'avons pas connu  le temps ou il y avait encore des sites industriels dans la région parisienne. C'est grâce à cette rencontre que j'ai pu mesurer l'ampleur des dégats. Le site de Metaleurop marchait bien , il faisait vivre une ville entière, sans compter les petites villes à proximité. La fermeture de l'usine a balayé  la vie de millliers de personnes. 
J'en viens  à une reflexion concernant le Parti. Il serait bon que nous, communistes parisiens, sortions un peu de l'univers parisien, qui  nous coupe du reste de la France. Nous pourrions ainsi donner sens à nos réflexions sur le travail, sur l'économie, sur les licenciements, car la théorie ne suffit pas. Il y a un tel décalage entre le militantisme parisien, axé essentiellement sur la défense des services publics (ce qui est une cause très importante, j'en conviens), et les réalités économiques et sociales du pays,. Nous avons tendance à oublier qu'il y a aussi en France des millions de personnes travaillant dans le privé. Quand certains parlent de la disparition de la classe ouvrière, je m'étouffe. Je l'ai rencontrée, la classe ouvrière, elle existe. La nier, c'est nier l'existence de ces ouvriers de Metaleurop, c'est nier l'existence des ouvriers de Salomon, c'est nier l'existence des ouvriers de l'aciérie de Gandrange. Et je parle des sites les plus médiatisés. Je ne cite pas les centaines d'autres implantés en France. Tous ces ouvriers jetés sur le carreau n'en restent pas moins des ouvriers. Même reclassés, ils restent des ouvriers. Car quand tu as bossé la moitié de ta vie à l'usine, tu reste un ouvrier, dans le coeur et dans l'âme. jJ'ai ressenti une forte conscience d'appartenir à la classe ouvrière, en discutant avec les gens de Lens-les-Courcelles. Quand on leur parle de la fin de la classe ouvrière, ils suffoquent. Et quand ils ont vu débarquer deux parisiens dans leur ville, ça les a fait marrer, ça les a étonné aussi. Comme quoi, le décalage entre Paris et sa province est très fort.

Et ça, les électeurs nous le font payer lors des présidentielles.
J'en profite pour indiquer que ce soir à 20h a lieu la projection du film de Marcel Trillat, "Silence dans la vallée" (sur la fermeture des Ateliers Thomé-Génot de Nouzonvilles, dans les Ardennees), au festival Bobines sociales, au studio de l'Ermitage, dans le 20e. Marcel sera présent.

Astrée

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gilles g 05/02/2008 04:06

gillesjuste une petite rectification l'entreprise en question ne produisait pas que pour ford ce n'est pas battaville quand même.et un petit désaccord:-) quand au défaitisme ambiant... moi j'ai eu des gens de la bas au téléphone notamment un élu communiste qui bossais dans cette usine ( tu sais celui qui dit "on est pas des dactylos"). j'ai pas eu l'impression qu'il soit déprimé et pour preuve il se bat encore au coté des "lenoir et mernier" qui se trouvent actuellement pris dans un traquenard du même genre que thomé-guénot. apres tu pense ce que tu veux du film et de son auteur moi j'ai trouvé le premier utile et le second garde toute ma confiance. sinon j'avoue que la mésaventure des anciens patrons de la boite ne ma guère attendri sont ils de vrai si pigeons ou bien se sont-ils laissé aller a un acte manqué permettant de se débarasser d'une malediction familliale:l 'obligation morale face au patriache de s'occuper de la boite et de ses "gens". Mais par contre ce mrs Q mais quel personnage magnifique aucun étudiant en éco-gestion encarté a l'UNI ne lui arrive a la cheville niveau cinisme. ( c'est pour forger des cadres de cette trempe que la frâaaanceu doit se doter d'une université meuuhderne) même notre nouveau président semble un peu pâlot a côté. c'est énorme ce type sans gène dit tout haut ce que le "beau" monde pense tout bas. rien que pour ça le film vaut le coup. sans parler du représentant local du medef qui tout emporté qu'il est par sa" stratégie de communication" se prend les pieds dans le tapie et dépase les limites admises par la doctrine sociale de l'église. apres que ce film soit projeté lors d'un débat au medef rien d'étonnant ça fait partie d'une stratétégie de communication et ça permet de laver le linge sale en famille.salut bonne nuit

Gilles Questiaux 03/02/2008 23:15

Dans le film de Marcel, on voit des ouvriers qui renoncent à leurs arrêts maladie, des patrons emmerdés par la mondialisation, des révoltés qui ne défendent pas l'emploi mais qui qui exigent un capital de départ, et quand on discute avec lui il évoque un responsable syndical CFDT qui vote Le Pen. Le commentaire accuse la mondialisation, sans proposer de solutions, mais on s'aperçoit que la boite en question du temps de sa splendeur, Thome Genot, produisait dans ce petit bled des Ardennes 20% des têtes d'alternateurs dans le monde et fournissait exclusivement Ford. Donc c'est la mondialisation qui détruit ce qu'elle a créé! On s'interroge dans la salle après le film, mais pourquoi pas monter une scop? mais enfin, une scop qui travaillerait exclusivement pour Ford, ce serait comme uns scop d'eclaves qui cultiveraient le coton en Alabama! On voit des ouvriers qui forgent des pièces incandescentes de 100 kilos, en mettant leur santé en péril, et quelle que soit le sentiment de dignité qu'ils en retirent, on ne peut pas s'empêcher de penser que ceux qui ont préféré se mettre au chomedu pour 100 euros de moins sont beaucoup plus sensés. Marcel n'a pas filmé la classe ouvrière mais des forgerons, des chomeurs et des patrons ardennais, dans un univers glauque où l'endroit le plus gai c'est le resto du cœur. Mais il n'a pas filmé le "réèl" il a filmé sa dépression politique. D'où l'empressement du Medef à organiser une projection et à l'inviter à débattre! Son film témoigne du défaitisme ambiant chez beaucoup de communistes.

gilles g 03/02/2008 00:07

gilles tout celà ne semble pas tes réjouissant effectivement ( le film de marcel mais aussi la réalité qu'il dépeint). Mais comment se battre sans avoir au coeur la colère tirée de cette réalité. Moi perso ce qui me démobilise c'est de ne pas ressentir cette colère dans le discourt du parti. Ceux qui vivent ces situation on besoin que nous portions leur colère et surtout que nous soyons capable d'ouvrir une brèche d'espoir dans le mur d'indiférence qui les entoure. Pour celà il faudrais que le parti ai des propositions crédible pour arreter le désastre que notre industrie subi depuis 30 ans plutôt que de proposer l'accompagnement vers une societé de service et de loisir.gilles G

Astrée 02/02/2008 23:23

Certes, mais Trillat ne filme que ce qu'il voit, ce qui existe. C'est un documentaire, pas une fiction. I. Je recommande, pour ceux qui veulent retrouver espoir, le film Germinal 2003, de Jean-Michel Vennemani. . Je vous cite le résumé du documentaire (trouvé sur le site "Associations Solidaires de l'Yonne" ): " Ce film s’intéresse à ce qu’on appelle aujourd’hui " les dommages collatéraux " : comment des familles, qui vivaient de et pour l’usine découvrent qu’on hypothèque leur futur. La " tribu " des Bertrand refuse qu’on tire un trait sur son identité en faisant disparaître cette région industrielle. Sur trois générations, les hommes de la famille ont donné leur vie, leur santé à MetalEurop. Comment une poignée d’actionnaires suisses peut-elle décider de " suicider " 830 metallos, dont les Bertrand ? Jean-Pierre, 48 ans, aimerait organiser la résistance. Mais Roberta, son épouse, freine. Elle ne veut plus se battre. Elle ne se fait plus d’illusions sur le devenir d’une classe ouvrière promise à une inéluctable extinction. La résignation va-t-elle l’emporter sur la lutte ? Le climat suscité par l’annonce de la fermeture rouvre des plaies au sein de la famille. Un drame humain s’amorce sous nos yeux. " On liquide et on s’en va " "Voilà. Ce documentaire redonne espoir. Même s'il ne s'agit que d'une goutte d'eau dans l'océan, ça prouve qu'il existe des ouvriers qui se battent, et qui gagnent leur combat . C'est vrai, la scop, c'est peut-être pas la solution miracle, ça marche pas dans tous les cas. Mais la scop de Jean-Pierre, et aussi, l'association qui a été crée après la fermeture de l'usine, ont permis de redonner de l'espoir, et de porter une pierre dans la reconstruction d'une région sinistrée. Jean-Pierre a réembauché 80 salariés, l'association a reclassé 70% des salariés qui restait. (Jean-Pierre, si un jour tu passe sur le blog, complète et corrige!)

Gilles Questiaux 02/02/2008 22:21

J'ai vu le film de Marcel Trillat, et je trouve que malgré ses idéniables qualités humaines et cinématographiques, il laisse une impression déprimante qui contribue au fatalisme ambiant. Pourquoi filmer la classe ouvrière si c'est pour laisser l'impression qu'elle est condamnée, et que toutes ses luttes sont vouées à l'échec?