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Réveil Communiste

Municipales à Paris : une décision démocratique ?

19 Janvier 2008 , Rédigé par Olivier

Samedi 12 janvier, 83 % des militants communistes qui ont exprimé un avis ont choisi "le rassemblement de la gauche" dès le premier tour, c'est-à-dire le ralliement aux listes de Bertrand Delanoë. Certains se félicitent de ce chiffre, parce qu'il est sans ambiguïté.

Pourtant, pour en arriver là, une fois de plus, il a fallu faire jouer tous les ressorts de la démocratie molle.

Voici un petit rappel des principales étapes de cette décision.

1. Le 20 septembre : un avis du conseil départemental.

Tous les élus parisiens étaient là, ce qui n'était pas arrivé depuis très longtemps. Tous ont pris la parole. Tous ont défendu l'union.

Il n'y a eu aucun vote. Une majorité de ceux qui ont pris la parole ce soir-là ont défendu l'union au premier tour. Mais il n'y a eu aucun vote, donc, aucune décision de prise.

Le conseil départemental n'a pas non plus décidé d'organiser un premier vote des adhérents.

2. La première consultation des sections.

Il était prévu de poursuivre la discussion dans les sections, à partir de la discussion du conseil départemental. Certaines sections ont alors décidé d'organiser un vote consultatif, en assemblée générale. La direction fédérale a alors encouragé l'ensemble des sections à se prononcer. Chacune s'est prononcée selon des modalités propres. Quand il y a eu un vote, c'est chaque section qui a établi son bulletin de vote, et les bulletins de vote des différentes sections ont pu être contradictoires. Dans beaucoup d'endroits, le choix de l'union "avec 11 conseillers de Paris" l'a emporté.

Dans plusieurs sections, des responsables se sont fondé sur la discussion du 20 septembre (sans vote, donc) pour dire que le Conseil départemental voulait des listes d'union. Il s'agissait donc, selon eux, de confirmer cette "décision".

3. D'interminables négociations.

Le mois d'octobre et le mois de novembre se sont passés sans que les négociations avec les socialistes n'avancent. Les adhérents n'ont eu des informations sur leur évolution que par le bouche à oreilles. Aucune information officielle de la fédération n'a permis de savoir ce qui se passait.

Lorsqu'on demandait de fixer une date de fin de négociations, pour avoir le temps de préparer d'éventuelles listes autonomes en cas d'échec, on nous répondait que cela nous affaiblirait face aux socialistes.

Enfin, au mois de décembre, on arrive à la promesse de huit conseillers de Paris.

4. Un vote formel, avec un bulletin de vote fédéral... le plus tard possible.

À la demande de certains secrétaires de sections et de certains membres de l'exécutif fédéral, la direction fédérale se souvient qu'elle a promis un vote à la fin du processus.

Ce vote est d'abord annoncé pour la semaine du 20 décembre. Mais il est annoncé quelques jours avant seulement, et il apparaît que les délais sont trop courts pour l'organiser. Il est donc reporté au mois de janvier.

Pendant les fêtes, un numéro spécial de Paris en Mouvement est envoyé à tous les adhérents parisiens. Il leur donne toutes les raisons d'accepter l'union au premier tour et la proposition des socialistes. Ceux qui défendent l'autonomie n'y ont pas la parole.

Le vote a enfin lieu les 10, 11 et 12 janvier, avec un bulletin fédéral qui propose non pas de choisir "le rassemblement" ou "l'autonomie" mais de se prononcer "pour" ou "contre" le résultat de la négociation. On ne sait ce qui se passerait en cas de vote "contre" majoritaire. Faudrait-il retourner négocier ? Ne pas se présenter du tout ? Ou bien constituer enfin des listes autonomes.

Il faut noter que ce vote a lieu moins de deux mois avant le premier tour. Puisque rien n'a été préparé pour la mise en place de listes autonomes, il apparaît à de nombreux militants qu'il n'est trop tard pour choisir cette option.

Conclusion :

Je ne dis pas que les communistes parisiens auraient choisi des listes autonomes si leur choix avait été organisé différemment. Je crois même que la majorité aurait dans tous les cas choisi le raliement à Delanoë dès le premier tour.

Cependant, je considère que le vote du mois de janvier était une fausse consultation. Voter "contre" ne voulait plus rien dire à ce moment-là. Si le bulletin de vote avait proposé "la constitution de listes autonomes" cela aurait eu un peu plus de sens, mais à peine. On n'improvise pas une telle stratégie deux mois avant le premier tour. Nos dirigeants fédéraux devraient donc se demander pourquoi 17% des communistes ont choisi malgré cela de voter "contre", sans compter les abstentionistes et ceux qui ont choisi de ne pas voter.

Je considère également que la première consultation aurait dû être beaucoup mieux organisée. Il aurait fallu une première série de discussions ouvertes dans les sections, puis un conseil départemental qui aurait essayé de faire la synthèse de ces discussions et qui aurait établi un bulletin de vote pour une première consultation fédérale. C'est en septembre que la vraie décision a été prise. Tout a été fait à ce moment-là pour minimiser l'importance de cette consultation, et faire croire que la décision véritable serait prise plus tard.

Il aurait fallu fixer un calendrier et surtout, préparer dès le départ des listes autonomes, afin de pouvoir commencer très vite la campagne si les négociations échouaient ou si les militants communistes estimaient majoritairement que les propositions des socialistes n'étaient pas acceptables. Si les socialistes avaient voulu rester à quatre ou cinq conseillers de Paris, nous n'aurions pas pu refuser, puisque rien n'avait été préparé pour faire autrement.

La manière dont cette décision a été prise montre bien comment une direction peut être assurée de faire admettre ses choix, en faisant tout pour qu'il n'y ait aucune alternative. La direction d'un parti qui serait véritablement soucieux de sa démocratie interne devrait au contraire, selon moi, organiser rigoureusement l'expression et la consultation de ses militants, à tous les stades de la prise de décision, et non se contenter d'un vote d'enregistrement à l'issu du processus.

Mais certains de nos dirigeants sont comme les députés et les sénateurs socialistes. Ils savent ce qui est bon pour nous, et décident à notre place, pour notre plus grand bien, en s'étonnant parfois, quand ils apprennent que nous ne sommes pas d'accord, que nous puissions être si bêtes,  si "populistes" ou si "basistes".

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Olivier 19/01/2008 19:40

Cela signifie-t-il que si les communistes parisiens avaient voté "contre" ils auraient été sermonés par la direction nationale, voire obligés d'accepter le ralliement aux listes de Delanoë ? Cela donnerait encore moins de sens au vote du 12 janvier.

gq 19/01/2008 17:47

Ce qui est quand même un peu fort, c'est que la direction nationale dans sa polémique avec les socialistes, au nom de l'union, revendique le fait que le PCF ne n'organiserait de primaire contre des maires socialistes nulle part en France. Si c'est un argument pour ramener les socialistes à de meilleurs sentiments, il est incohérent avec les statuts du parti, et même carrément faux. Si une section locale PCF veut aller à la bagarre contre un maire socialiste,  (c'est je crois au moins le cas à Lens) rien ne l'en empêche, aucun communiqué de presse de Marie George Buffet en tout cas.

Pasquale 19/01/2008 15:47

Désolé un morceau de mon commentaire a été mangé je corrige le début du second paragraphe." Au dernier CD de nombreux camrades râlaient à cause du PS qui reconnait le travail des élu-e-s communistes que lorsqu'il a la garantie que ces élu-e-s seront devenus innofensifs et qu'il aura récolté ce qu'ils ont semé."

Pasquale NOIZET 19/01/2008 15:28

Le texte d'Oliver est clair et très juste. Effectivement, ce sont les pratiques, les petites ruses à deux francs six sous au cas où les camarades voudaient autre chose que ce que veut sa direction. Tant que nous n'arrivons pas à mettre les choses vraiment sur la table, poser les bonnes questions pour trouver des réponses cohérentes, nous serons en train de descendre la pente vers la liquidation pure et simple de notre parti. Déjà on entend des propos de certains camarades de la direction, qui ne laissent plus aucun doute.Au dernier CD de nombreux camarades râlaient à caua la garantie que les élu-e-s communistes seront devenu-e-s "inoffensifs" et qu'il aura récolté ce qu'ils ont semé .Mais dès qu'il s'agit de dire que les communistes sont des partenaires politiques à part entière, le PS semble sourd et même hostile à cette moindre reconnaissance.Sur Paris, le PCF risque à l'arrivée de se retrouver avec 7 voire 6 élu-e-s (avec les Verts et le petit nouveau la LCR ça risque d'être chaud au second tour à Pars!) .. Le PCF en plus du mépris qu'il reçoit de son vieux compagnon de route, doit se garder de demander à être remboursé de ses frais de campagne puisqu'il n'est pour l'instant pas question qu'il fasse une campagne qui lui soit propre ou alors il paye. Voilà où on en est à Paris.Cela n'augure rien de bon pour l'avenir tout ça. Et je ne parle pas du MODEM qui a certains endroits en France essaie de se tailler une place à "gauche"...Ah la "gôche" n'est plus ce qu'elle était...