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Réveil Communiste

Article du site la revue "Approches marxistes" sur le processus de liquidation du communisme italien

19 Janvier 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Communistes en Italie

La dérive des communistes italiens

Caroline ANDREANI

Les Partis communistes en France et en Italie partagent des points communs : le premier, avoir été des partis de masse au lendemain de la Libération, et avoir eu une influence capitale en politique intérieure au cours des 50 années qui ont suivi.

Comme le Parti communiste français, le Parti communiste italien a connu une baisse d’influence électorale à la fin des années 70. Ses dirigeants ont alors adopté une ligne opportuniste. Paradoxalement, cette orientation, avec la tentative de coup de force du secrétaire général du Pci Achille Occhetto pour liquider le parti, a permis aux communistes italiens de cristalliser une opposition et de poursuivre dans le cadre de « Rifondazione comunista » une action politique se réclamant du communisme. Mais avec l’arrivée au pouvoir du gouvernement de Romano Prodi en 2006, la participation de Rifondazione entraîne les communistes italiens à avaliser une politique clairement anti-populaire, qui met à jour des dissensions dans le parti. Et il n’est pas à exclure que Rifondazione disparaisse au profit d’une coalition de tonalité nettement sociale-démocrate.

 La disparition du Pci

En novembre 1989, Achille Occhetto, alors secrétaire général du Parti communiste italien, annonce à la télévision, sans avoir pris la peine d’avertir les instances dirigeantes de son parti ou ses militants, que le Pci va changer de nom (1).

Cette annonce fait l’effet d’une bombe. Certes le Pci connaît un déclin électoral depuis la fin des années 70, mais il attire encore à lui 26,6 % des suffrages aux élections législatives de 1987. Il faut évidemment rappeler le contexte : l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev, la mise en route de la perestroïka, et la promotion d’une équipe dirigeante du Pci très rajeunie, composée essentiellement de permanents, dont l’objectif est de maintenir un appareil fort et des positions électorales.

Depuis le 18e congrès du Pci, il est question de « moderniser » le Parti. Les références au marxisme sont éclipsées au profit de références « sociétales » : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, la promotion de « nouvelles valeurs » comme l’écologie, la volonté de se démarquer de l’expérience des pays d’Europe de l’Est et de l’Union soviétique (on remarquera la parenté idéologique avec la « mutation »). C’est la logique de la svolta, le tournant, équivalent français de la « mutation », lancée cinq ans avant la France. Pour Occhetto, le terme même de « communiste » ou les emblèmes du parti peuvent être bazardés comme le serait n’importe quel nom de marque ! C’était compter sans l’attachement d’une fraction du parti au nom, à l’histoire et à l’idéologie communistes.

L’attitude d’Occhetto a pour résultat immédiat de fédérer au sein du Pci une opposition contre la svolta. L’adhésion à la proposition de changement de nom est d’autant mieux acceptée que l’on monte en grade dans l’organigramme du parti : sur les 52 membres du secrétariat du Pci, seuls 3 membres s’opposent à cette proposition. Au comité central, plus de 22 % des membres votent contre, 10 % s’abstiennent. Parmi les militants, la proportion de gens hostiles est plus importante encore. Au congrès de Bologne (mars 1990), l’opposition à la ligne de la svolta représente plus du tiers des délégués (34 % des votes sont en faveur des deux motions d’opposition).

Au congrès de Rimini en février 1991, la direction du Pci est certaine d’obtenir l’adhésion de la majorité de l’appareil et des militants à l’abandon du nom de Parti communiste, et à sa substitution au profit d’un nouveau parti, le Parti de la gauche démocratique (Partido democratico della sinistra, PDS). Mais au cours du congrès, une petite centaine de délégués (sur 1 560) lance la création d’un nouveau parti communiste : lors d’une conférence de presse, ils annoncent officiellement sa création. La majorité, adhérente au PDS, ne prend pas la mesure de l’importance du mouvement.

Or, les adhésions affluent : en quelques jours, 100 000 communistes donnent leur adhésion. Le nouveau parti, Parti de la refondation communiste, lors de son congrès fondateur en décembre 1991, compte 150 000 adhérents. Il a attiré à lui également des militants d’extrême gauche. Mais il part de rien : pas de locaux, pas de cadres, pas de permanents…

Lors des élections de 1992, Rifondazione obtient 5,6 % des suffrages aux législatives, 35 députés et 6,5 % aux sénatoriales, 20 sénateurs. C’est la démonstration de l’implantation du Pci dans la société italienne. Certes, l’effondrement électoral est réel (26,6 % des voix aux législatives de 1987, contre 5,6 % en 1992 plus 16,1 % au PDS), mais ces résultats électoraux sont loin d’être négligeables.

L’évolution des héritiers du communisme italien dans le paysage politique

Le Parti de la gauche démocratique (PDS) s’impose dans le paysage politique italien comme une importante force sociale-démocrate. En 1996, le PDS obtient plus de 21 % des suffrages dans le cadre de la coalition de l’Olivier. Mais le PDS ne survit pas à la chute du gouvernement Prodi et à l’arrivée au pouvoir de Berlusconi. En 1998, il donne naissance aux Démocrates de gauche.

Depuis, les Démocrates de gauche ne cessent de dériver vers la droite. En avril dernier, lors de leur congrès tenu à Florence, ils décident de se dissoudre pour refonder une alliance avec le parti de La Marguerite, des démocrates-chrétiens. Exit donc l’aventure droitière du Pci : les observateurs politiques italiens ont même salué « la clôture définitive de l’expérience historique ouverte en 1921 à Livourne » (équivalent du Congrès de Tours en France qui a donné naissance à la SFIC).

Parallèlement, Rifondazione comunista a réussi à s’implanter durablement dans la gauche italienne, très certainement parce qu’elle a constitué durant ces quinze dernières années une expérience politique dynamique, en fédérant en son sein divers courants politiques. Aux législatives de 2006, Rifondazione et le Parti des communistes italiens (2) obtiennent 10 % des suffrages. Lorsque Prodi devient Président du conseil en 2006 – dans des conditions difficiles puisque la gauche n’obtient la majorité à la Chambre et au Sénat que de justesse –, Rifondazione entre dans le gouvernement de coalition. Quant à Fausto Bertinotti, premier dirigeant de Rifondazione, il devient président de la Chambre des Députés.

Or Prodi, ancien président de la Commission européenne, n’a même rien d’un réformateur. En acceptant de participer à un gouvernement dans le cadre d’une coalition hétéroclite visant essentiellement à empêcher Berlusconi de conserver le pouvoir, Rifondazione s’est inscrite dans un schéma politique contraignant, avec une marge de manœuvre quasi inexistante. C’est une situation plus contraignante encore que celle de la « gauche plurielle » de 1997 : toute opposition à Prodi est immédiatement stipendiée comme risquant de permettre à Berlusconi de revenir aux affaires. Chantage permanent autant qu’efficace si l’on en juge par l’éviction des élus de Rifondazione qui se sont opposés par leurs actions ou par leurs votes aux décisions du gouvernement Prodi. Le député Salvatore Cannavò a ainsi été sanctionné pour avoir participé à la manifestation contre l’extension de la base américaine de Vicenza en tête du cortège : il s’est vu signifier la suspension du financement de la tendance à laquelle il appartient dans Rifondazione, Gauche critique, un moyen comme un autre de l’amener à quitter le parti. Le sénateur Franco Turigliatto, en février dernier, se voyait tancé par le comité exécutif de Rifondazione pour s’être abstenu lors du vote en faveur de la politique étrangère du gouvernement Prodi. Ce qui l’a amené à présenter sa démission du Parlement…

Comme les communistes français entre 1997 et 2002, les dirigeants de Rifondazione se trouvent cautionner toutes les mesures du gouvernement Prodi : sabrage des budgets sociaux au profit du financement des entreprises, augmentation des dépenses militaires, réforme des retraites, etc. Comme en France, Rifondazione tente de trouver des justifications pour se maintenir au pouvoir. Comme en France, il y a fort à parier que Rifondazione sera sanctionnée par les électeurs qui attendaient certainement une autre attitude des communistes, surtout après 10 années de politique libérale.

 Vers la disparition de « Rifondazione » ?

On aurait tort de croire que les dirigeants de Rifondazione ne sont pas capables d’anticiper. Depuis plusieurs mois, des discussions sont menées en vue de créer un nouveau parti. Rifondazione en serait l’armature, et viendraient s’y agréger diverses forces (écologistes, féministes, alter-mondialistes) ainsi que l’aile gauche des Démocrates sociaux. On s’achemine donc vers la recomposition d’un nouveau pôle social-démocrate.

Ce « Parti de la gauche » (version italienne du Parti de la gauche européenne, dont Bertinotti est par ailleurs Président ?) romprait avec l’héritage communiste, c’est une quasi certitude si l’on se réfère aux déclarations des dirigeants de Rifondazione. L’objectif de la coalition est d’attirer à elle, en additionnant les pourcentages réalisés par chaque composante lors des précédents scrutins, 15 % des voix. Ce type de stratégie de court terme se révèle généralement catastrophique, car l’électorat a tendance à ne pas suivre ces calculs politiciens…

Pour l’instant, la force la mieux organisée au sein de Rifondazione pour s’opposer à cette dérive – qui ne ménage d’ailleurs pas ses critiques sur la participation gouvernementale et sur l’attitude de Rifondazione vis-à-vis des mouvements sociaux – semble être la Gauche critique, une tendance trotskiste. Les dirigeants communistes historiques paraissent aller sans état d’âme vers la « recomposition » qui n’est finalement pas très éloignée, ni dans sa stratégie – le maintien de l’appareil coûte que coûte –, ni dans ses modalités – la substitution d’un parti avec une identité communiste affirmée par un parti de coalition d’inspiration centre gauche –, de la liquidation du Pci en 1991.

Espérons que comme en 1991, une fraction des communistes saura réagir et empêcher cette nouvelle étape vers la liquidation du courant communiste en Italie.

 Septembre 2007


(1) Lorsque Robert Hue prend la succession de Georges Marchais en France, il procède différemment. Tout en liquidant un à un les fondements du Parti communiste, il évite d’affronter les militants et travaille à l’éparpillement et à la division des opposants à la mutation. Avec succès semble-t-il puisque aujourd’hui encore, malgré la succession de déroutes électorales du Parti communiste et sa lente disparition, les divers courants de gauche du Pcf restent incapables de s’organiser pour travailler ensemble, obérant les perspectives de maintien d’un mouvement communiste en France.

(2) PdCI : scission de droite de Rifondazione, intervenue en 1998 lorsque Rifondazione a décidé de retirer son soutien au gouvernement Prodi. Les fondateurs du PdCI ont alors scissionné pour maintenir leur soutien à ce gouvernement.

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caius Gracchus 20/01/2008 09:33

article interressant, mais qui néglige les dynamique interne dans la gauche communiste. En effet la "gauche critique", (le courant troskyste se référant à Maïtan, et qui est l'exact correspondant en Italie de notre LCR) a une plus grand visibilité en cultivant le "un pied dedans, un pied dehors" du PRC. Néanmoins la principale tendance qui se réfvendiquait du communisme au sein du PRC au dernier congrès (environs 30% de votes) était celle de l'Ernesto-Essere comunista. Cette tendnace a éclaté "essere comunista" raliant la majorité mais maintenant un discours de maintint d'une force commmuniste autonome. La tendance autour de l'Ernesto s'opppose nettement à la direction du PRC, prone le maintient de l'autonomie communiste, aisni que de plus en plus nettement la sortie du gouvernement. En outre de nombreux dirigeant issus de la majorité berttinotienne s'oppose également à, sinon la disparition, du moins la dilution du PRC. Ce sont les mêmes qui sont les plus critiques sur la gestion de la participation au gouvernement Prodi. L'ensemble de ces adhérentsse retrouve dans l'appel de l'assemblée auto convoquée de Florence (dont la section du 15ème a assuré la traduction...)Dans l'autre branche du courant communiste le PDCI (dont il y aurait beaucoup à dire ...) les divergences sont également très fortes. Si le fondateur du Parti, le dirigeant historique "pro soviétique" du PCI, Armando Cossuta, a quitté pormellement le PDCI pour aider à la constitution de la nouvelle gauche arc en ciel, laissant Di liberto, le secrétaire du parti, agir en interne pour cette orientation, une tendance forte autour d'un autre dirigeant du PDCI Marco Rizzo se rapproche fortement des communiste de l'Ernesto (des contacts  exitaient depuis longtemps) contre la dilution.En tout cas la direction du PRC est tellement peu assuré de l'appuie des militants dans son entreprtise de liquidation qu'elle a renvoyé à l'année prochaine le congrès prévu en début d'année...