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Réveil Communiste

Notes sur un texte de jeunesse de Lénine

19 Janvier 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate

Lénine: “Le Contenu économique du populisme et la critique qu’en fait dans son livre M Strouvé”

Texte de jeunesse constitué de notes critiques de 1894, liées à la série de textes d'analyse marxiste de divers auteurs, dont Lénine, destinée à établir un tableau général du développement du capitalisme en Russie, et publiés sous cet intitulé. Éditions sociales, dans la collection « classiques du marxisme –léninisme »


Texte de rédaction extrêmement claire comme toujours chez Lénine, où on conforte ses connaissances sur l’histoire russe du tournant du siècle, le socialisme russe autochtone du parti Socialiste Révolutionnaire (ceux que l’on appelle sans nuance péjorative en Russie les « populistes », qui voulaient une révolution à base rurale, en s'appuyant sur les traditions communautaires attribuées aux paysans russes), l'implantation fulgurante du marxisme en Russie entre 1890 et 1903 (date de la publication par Lénine de Que Faire?) et le développement économique et social de ce pays à la fois "attardé", et comme nous dirions aujourd'hui "émergent", le problème rural, agraire et paysan, et sur le marxisme interprété par Lénine dans un sens révolutionnaire. Lénine oppose le marxisme original à la dérive réformiste qui touche le mouvement social démocrate à partie de 1895, autour de la figure du leader socialiste allemand Bernstein. Celui pour qui, comme dans la base commune du PCF 2006, le but n’est rien, le mouvement est tout.

 

Lénine reproche aux populistes leur interprétation de la société, idéaliste et abstraite, qui idéalise le monde rural sans tenir compte du point de vue de classe (un peu à la manière dont l’immigré sans papier est idéalisé de nos jours, sans tenir compte des luttes de classes dans l’immigration), et au philosophe encore marxiste à cette date, Strouvé, de se tenir à distance de l’engagement dans la lutte de ce socialisme scientifique qu’il utilise et dont il est un représentant talentueux mais académique.


Lénine et Strouvé sont d’accord pour apprécier positivement la montée du capitalisme dans les campagnes russes, mais Lénine se rend compte que Strouvé est prêt à s’en contenter, il représente une version russe de l’abâtardissement réformiste de la social démocratie mondiale à partir de 1900. C’est la sous-estimation de la lutte des classes qui explique les affadissements du marxisme. Il y a aussi l’idéalisation romantique de la part de représentants de l’intelligentsia d’un passé féodal tout proche qui n’est pas à regretter.


Lénine reproche aussi à Strouvé d’avoir corrigé Marx à la lumière de Malthus, et d’une manière générale à Strouvé et aux populistes de ne pas comprendre que le capitalisme en Russie se développe à la campagne, et pas seulement en ville, où croissent aussi les inégalités et les antagonismes de classes. Voilà qui fait penser au malthusianisme et au passéisme spontané de la mouvance altermondialiste. Il serait bon de se faire une idée précise de la situation exacte des campagnes russes, dans le demi-siècle avant la collectivisation de 1929, ce qui nous permettrait de juger plus rationnellement la « révolution par le haut » engagée en URSS 1927, et comprendre exactement où se situaient les erreurs qui ont conduit à la collectivisation forcée.


Lénine conteste et démolit méthodiquement le programme économique populiste, mais préconise au contraire une alliance avec les populistes sur le plan de la démocratisation politique. Strouvé, lui évoluera vers le libéralisme des KD, après 1905, après l’expérience de la révolution réelle qui peut s’avérer traumatisante pour les idéalistes aux sens philosophique du terme, mais aussi au sens trivial. L’intelligentsia russe, progressiste jusqu’en 1905, tourne vers l’idéalisme conservateur, le mysticisme, suivant en l’aggravant une tendance européenne (voir l’évolution de Péguy en France) à partir du moment où la révolution devient une possibilité très concrète. On peut voir là l’expression d’une loi générale de l’histoire des idées.

 

Ce texte est écrit avant tout ce qui c’est mis en travers la route de la Russie au tournant du siècle : la contre-révolution de 1905, la gestion policière de la politique, l’instrumentalisation du racisme antisémite et les pogroms, la guerre impérialisme, la prédation impérialiste en Russie même, la guerre contre-révolutionnaire.

 

Il faudrait reprendre aussi la lecture de Matérialisme et Empiriocriticisme (1908) et reévaluer cette œuvre extraordinaire où Lénine lutte sur un autre front contre le mauvais vent de l’esprit du temps, dans le domaine de la philosophie des sciences, et aussi le commentaire qu’en faisait Dominique Lecourt, Une crise et son enjeu », Maspéro, 1973. GQ.

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