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Réveil Communiste

Note sur L'histoire du Parti Communiste de la Fédération de Russie, suite et fin

10 Janvier 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #L'Internationale

Suite et fin de l'article de Mauro Gemma sur le PCFR, publié dans l'Ernesto, traduction Gilles Questiaux. Le début a été publié le 25 décembre 2007.

Les effets des manœuvres de Poutine furent visibles dès les élections de 1999, où, bien que les communistes aient réussis à obtenir 25% des voix, Poutine en obtenant 23% pour sa formation (Unité) évita une défaite du régime qui semblait acquise quelques semaines plus tôt. De plus, quelques petits partis parvinrent à avoir des élus, ce qui suffit à provoquer une forte réduction de la force parlementaire du PCFR, et qui le priva de toute possibilité de faire obstacle aux initiatives présidentielles. Les élections présidentielles qui coïncidèrent avec la sortie de scène de Boris Eltsine sanctionnèrent la victoire de Poutine avec 53% des voix, contre encore presque 30% à Ziouganov.

A ce moment commença un nouveau chapitre de la politique intérieure et extérieure de la Russie, où Poutine s’inscrivit dès le début en nette rupture avec la gestion Eltsine. Pour mettre un terme aux tendances séparatistes qui menaçaient de soumettre la Fédération de Russie à un processus de désagrégation comparable à celui qu’avait subit l’URSS, Poutine intervint avec énergie en Tchétchénie, et réorganisa la Russie en sept macrorégions fédérales, avec des gouverneurs en chefs directement choisis par le président, ce qui eut pour résultats de limiter fortement les prétentions des potentats locaux appuyés par des lobbys étrangers intéressés par le contrôle des matières premières.

Ce processus fut accompagné d’une récupération idéologique des valeurs patriotiques, à peu près dans le registre qu’utilisait auparavant l’opposition, avec fréquentes références au passé soviétique et même à certains aspects de l’expérience stalinienne, en se rapprochant ainsi des très larges secteurs de l’opinion qui s’étaient sentis humiliés pendant la décennie eltsinienne par la totale subordination du pouvoir à l’Occident, y compris dans le domaine culturel, qui avait provoqué une réaction de rejet généralisée.

Très rapidement Poutine changea la politique étrangère, et il élabora l’été 2001 une « doctrine de politique extérieure pour la Fédération de Russie », qui se proposait explicitement de mettre au premier plan la défense des intérêts nationaux du pays et de contribuer à la construction d’un monde multipolaire, et qui heurtait de front en bien des points les intérêts stratégiques de l’impérialisme américain. De plus Poutine n’allait pas céder aux pressions dans le sens d’un démantèlement et d’une privatisation des entreprises publiques les plus importantes, comme « Gazprom », le géant du gaz, ou bien «Transneft » qui contrôle le gigantesque réseau de transport des ressources énergétiques du pays, et allait au contraire plutôt renforcer le contrôle de l’État sur ces ressources, en contrecarrant les énormes intérêts en la matière des multinationales. On put assister à l’expulsion des organes vitaux du pouvoir, progressivement mais inexorablement, de tous les personnages qui avaient lié leur carrière politique au destin d’Eltsine. De nombreux magnats (Berezovski, Gouzinski, Khodorovski, etc.) qui en profitant des privatisations sauvages ainsi qu’en pratiquant la dilapidation des biens publics s’étaient bâtis des empires, tout en entretenant des liens privilégiées avec l’Occident, se trouvèrent évincés des processus de décision, et parfois carrément trainés devant les tribunaux pour faire face à la justice pénale, à la satisfaction générale de l’opinion. Ces initiatives eurent un impact considérable, et particulièrement dans les couches sociales les moins favorisées.

Dimitri Iakouchev, brillant intellectuel marxiste russe, a écrit : « Pendant les années 1990, la Russie était un pays sans budget de l’État, de fait sans unité, sans armée, avec une énorme dette extérieure qui semblait impossible à rembourser, avec des régions qui n’en référaient plus au centre et qui parfois en arrivaient à émettre leur propre monnaie, sous la coupe extérieure du FMI qui contrôlait le budget et toutes les dépenses du gouvernement central. La guerre en Tchétchénie représentait la poursuite de la politique de démembrement de la Russie… si Poutine n’était pas arrivé à ce moment là, il n’y aurait plus de Russie, il n’y aurait plus ni industrie ni classe ouvrière et plus rien sur quoi une politique de gauche aurait pu s’appuyer un jour. Le Sud serait sous le contrôle des bandits et les troupes de l’OTAN monteraient la garde autour des puits de pétrole et le long des gazoducs. Il ne s’agit pas de science-fiction, parce que les chose en étaient pratiquement déjà parvenues à ce point ».

C’est ainsi qu’en mettant sur la touche progressivement les éléments issus des cliques qui grenouillaient dans l’entourage du pouvoir, et en frappant l’oligarchie haïe de l’opinion de mesures extrêmement sévères, Poutine a privé le PCRF pendant son premier mandat de la plupart des thèmes dont il nourrissait sa propagande des années eltsiniennes. La conjoncture fut favorable à Poutine : la hausse des prix des matières premières énergétiques sur le marché mondial contribua à la reprise économique et à la disparition spectaculaire de la dépendance financière envers l’Occident et les organismes économiques internationaux. L’assainissement de la situation financière de l’État eut comme première conséquence le retour à la régularité des paiements pour des millions de retraités et d’employés du secteur public, ce qui n’était certes pas révolutionnaire mais fut accueilli avec soulagement après la décennie de précarité absolue qui venait d’être vécue.

Le PCRF et sa coalition, l’Union patriotique, subirent de multiples défections de la part de personnalités marquantes et de soi-disant indépendants qui rejoignirent le bloc présidentiel. C’est dans ce contexte, les élections de 2003 s’approchant, que l’on doit comprendre la création du mouvement « Rodina » (patrie), mixte d’éléments sociaux-démocrates et nationalistes, parfois très xénophobes, qui accueillit de nombreux éléments et composants de l’ancienne alliance qui s’était structurée autour du PCFR. Et en même temps, le PCFR dut affronter une scission qui éloigna du parti des personnalités de premier plan, des gouverneurs régionaux, et le président de la Douma, Guennadi Selezniov

Les élections de décembre 2003 furent une grave défaite pour le PCFR, qui ne recueillit que 7 647000 voix (huit millions de moins qu’en 1999, redescendant à 12.6% avec 40 élus à la proportionnelle et seulement huit élus directs dans les circonscriptions, avec une débâcle complète en Russie centrale, dans la région jusque là définie comme la « ceinture rouge » du pays. Tandis que le bloc « Rodina » obtenait 5 500 000 de suffrages et 9.1% réussissant à s’approprier une part importante du vote communiste, dont une autre part se dirigea directement sur le parti du président, Russie Unie, qui était le résultat de l’unification des forces centristes (y compris celle de Primakov qui se reconnaissait de plus en puis dans tournant politique  de Poutine) qui obtint 37.5%. Simultanément la représentation des ultralibéraux fut pratiquement éliminée, elle tomba à 7 députés en tout, c'est tout ce qui restait de ces libéraux pro-occidentaux qui avaient détenus le pouvoir pendant les premières années de la transition après la victoire contrerévolutionnaire de 1991.

Le succès populaire de cette politique fut confirmé au début de 2004 quand Poutine fut réélu président de la Fédération en un véritable plébiscite avec 71,2% contre 13,7% au candidat communiste Kharitonov. A partir de ce moment commença pour les communistes une période d’âpres confrontations internes sur les raisons de la défaite. Le leadership de Ziouganov fut mis en accusation de la part d’un groupe du comité central dont la personnalité la plus en vue était le secrétaire de l’organisation de Moscou, Alexandre Kouvaïev. Pour ce groupe, la cause essentielle de l’effondrement du parti était à trouver dans la dénaturation de son caractère de parti de classe, et dans l’adoption d’une rhétorique nationaliste et interclassiste, qui risquait d’éloigner le PCFR de ses bases. L’absence de liens sains avec la classe ouvrière avait eu pour conséquence de faire paraître aux masses les attaques des communistes russes contre le pouvoir, engagé au même moment dans une lutte sans merci contre de puissants groupes oligarchiques pour le contrôle des ressources énergétiques, comme objectivement utile aux groupes dits « libéraux » qui l’attaquaient de la droite avec le soutien de l’impérialisme.

Ce rude affrontement interne se termina par le départ du parti de près de la moitié du comité central et de milliers d’adhérents. Pourtant cette scission semble bien avoir été un échec, dans la mesure où le Parti communiste pan-russe qui en est issu n’a jamais réussi à empiéter même marginalement sur ce qui restait de la force électorale du PRCF, dans les élections partielles où il s’est présenté contre lui. Aujourd’hui, cette formation travaille sur un projet de réunification des forces communistes qui se situent « à gauche » du parti de Ziouganov (le plus important étant le Parti communiste ouvrier-Parti russe des communistes, dont le leader Viktor Tioulkine avait été élu en 2003 à la députation sur les listes PCFR. Quoi qu’il en soit, cette grave crise  de l’organisation ouvrit une phase de réflexion parmi les communistes portant sur la nature de leur base sociale, avec pour conséquence une attention nouvelle portée aux thèmes spécifiquement sociaux qui retrouvèrent davantage de place dans les initiatives concrètes des communistes, et une relance de l’implantation dans la classe ouvrière. Depuis le parti n’a pas modifié sa ferme opposition à la politique sociale du gouvernement, sans jamais faire de concessions malgré la présence dans le lot de quelques mesures destinées au moins en intention à soulager la conditions des classes défavorisées. A la fin du mois de septembre 2007, le PCFR lança une campagne de masse contre ce qu’il nomme « le génocide social », qui culminèrent avec des manifestations dans de nombreuses localités de dizaines de milliers de citoyens.

L’apparition en Russie en 2005 d’un mouvement qui prétendait s’inspirer de la « révolution orange » ukrainienne ouvrit un débat interne sur l’opportunité pour le parti d’exploiter le retentissement médiatique de l’événement, largement amplifié en Occident, en participant à des actions sensées s’opposer à la politique antipopulaire du régime. Sur l’initiative de représentants influents de l’organisation communiste de Moscou (Bazaviev, Miloserdov, Baranov, Ponomariev et d’autres,) le PCFR s’est ainsi associé à quelques unes des premières actions impulsées par cette opposition libérale (la coalition l’Autre Russie), largement chapeautée par des éléments de la vieille garde eltsinienne. Ainsi les « néo trotskystes » du PCFR prirent la parole plus d’une fois devant des auditoires formés principalement de militants de Iabloko (La Pomme, formation libérale historique), de l’Union des forces de droite, aux cotés de personnages comme Gari Kasparov, l’ancien premier ministre Kassainov (chassé par Poutine), la milliardaire Irina Khakamada qui s’adonne à la politique, ou encore le nazi Edouard Limonov. Les initiatives de l’Autre Russie, sur les thèmes politiques favoris de leurs partenaires occidentaux (le soutien déclaré aux oligarques « persécutés », l’instrumentalisation de l’assassinat de la journaliste Politovskaïa, la sympathie manifestée expressément pour les milieux les plus anticommunistes et antirusses des pays voisins, Ukraine et Biélorussie, la présence dans des manifestations de rue aux cotés du groupe ouvertement fasciste des « nationaux bolcheviques », l’évident isolements des libéraux dans l’opinion publique russe) poussèrent graduellement le PCFR a prendre ses distances. Récemment après une rude discussion au sein de l’organisation moscovite, le groupe néo trotskyste a été carrément expulsé du parti, sous l’accusation de faire partie intégrante de cette opposition « orange » qui dans l’intérêt de la bourgeoisie pro-occidentale, agirait dans le but de favoriser une complète occupation de la Russie par le forces de l’OTAN. Dans le même temps, avec la croissance des divergences entre la présidence russe et l’Occident, surtout après la décision américaine de procéder à l’installation d’un système antimissile en Europe centre-orientale, on a pu percevoir dans les déclarations des principaux dirigeants du PCFR comme un crédit nouveau ouvert au président, au moins sur les questions de politiques extérieures., avec le soutien au parlement de quelques actions significatives (sur la fermeté de l’opposition aux États-Unis, le renforcement de l’alliance stratégique avec la Chine, la relance d’initiatives dans l’espace ex-soviétique en réaction aux pulsions pro-occidentales de certain États comme l’Ukraine ou la Géorgie.


C’est dans ce contexte que le PCFR a du conduire la campagne électorale pour le scrutin législatif du 7 décembre 2007. Les tests électoraux les plus récents, comme au mois de mars le vote pour le renouvellement d’environ un tiers des assemblées législatives des régions, y compris à Moscou et Saint-Pétersbourg témoignèrent d’une certaine remontée. Même la création d’un parti social démocrate allié à Poutine, obtenu par la fusion de « Rodina » avec d’autre formations de centre-gauche (Russie Juste) n’a pas crée un concurrent sérieux à gauche pour les communistes, cette formation conduite par le président de la chambre haute, Sergueï Mironov, ayant jusqu’à présent surtout soustrait des votes à « Russie Unie »  et à d’autres partis de la majorité présidentielle.

De plus, la décision de Poutine de conduire lui-même la liste de Russie unie avec l’intention évidente de prendre les reines du gouvernement après la fin de son mandat, et l’introduction d’un seuil de 7% pour l’entrée au parlement pourrait préfigurer un scénario électoral de type bipartisan, avec une forte domination du parti présidentiel et le rôle de l’opposition dévolu exclusivement ou presque au Parti Communiste.

Observation du traducteur : les résultats ont finalement été de 64% pour la coalition poutinienne, et de 11,6% pour le PCFR qui n’a pas rebondit, et qui n’est pas non plus le seul opposant, l’antisémite libéral Jirinovski ayant tiré son épingle du jeu avec 9%, l’Autre Russie de Kasparov ayant été écrasée. Les accusations de fraude n’ont pas manqué. Le PCFR a néanmoins gagné quelques sièges grâce à la modification de la loi électorale. La tonalité de l’analyse qui précède est favorable à Poutine qui est gratifié d’un rôle positif personnel sans doute exagéré, et dans la ligne de la revue dont est tirée cette étude, qui défend la multipolarité et le droit à la souveraineté en Chine-Russie-Amérique Latine-Iran comme une priorité stratégique dans la lutte contre l’impérialisme américain. Il faudrait analyser davantage les forces qui le soutiennent en Russie, et aussi la manière dont il a pris le contrôle des médias. Dans les résultats atteint par Poutine (mais aussi par Chavez) la conjoncture pétrolière joue un grand rôle (et le temps joue pour eux puisque le prix des hydrocarbures même en cas de crise, ne va pas baisser durablement). Mais la question que nous nous posons est celle de la nature de l’implantation du PCFR dans la classe ouvrière (où au temps de l’URSS il n’était pas vraiment présent, c’était un parti de cadres), de ses positions théoriques effectives, et du nettoyage à faire des éléments chauvins en son sein, voire homophobes et antisémites, qui restent quand même nombreux dans un pays où les groupes néonazis prolifèrent.

 


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