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Réveil Communiste

Le Parti communiste de la Fédération de Russie, par Mauro Gemma : première partie

25 Décembre 2007 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #L'Internationale

J’ai traduit ce texte de Mauro Gemma, publié dans l’Ernesto du 3 décembre 2007. GQ

 

Le Parti communiste de la Fédération de Russie (première partie).


Note sur son histoire et son programme

En août 1991 le parti communiste de l’Union Soviétique se désintégra. Dans les derniers jours de ce mois fut écrit le dernier chapitre de l’histoire d’un déclin qui paraissait alors irréversible, au moment même où le parti était interdit d’activité et où Gorbatchev annonçait son « autodissolution ».

Pourtant dès le lendemain de la tentative de coup d’État on tentait de reconstituer ce qui ressemblait dans sa phase initiale une galaxie de petits foyers de résistance au déchainement contre-révolutionnaire irrésistible. Groupes et partis communistes réapparurent rapidement non seulement en Russie mais aussi dans les autres républiques de l’Ex-Union Soviétique

Mais parmi les organisations qui se sont reconstituées sur le territoire de la Fédération de Russie, la seule qui a réussit à se raffermir et à acquérir un véritable enracinement de masse, en s’assurant jusqu’aujourd’hui, avec des hauts et des bas, la place de deuxième force électorale du pays, est le Parti communiste de la Fédération de Russie (PCFR). Et nous allons nous consacrer à cette organisation précise dans cet article.

Lorsqu’en novembre 1992 la Cour constitutionnelle de la Fédération de Russie mit fin au procès intenté contre le PCUS, en reconnaissant la pleine légitimité de la branche russe de son organisation, le Parti communiste de la République socialiste Fédérative Russe préexistant put mettre en route sa reconstitution légale et réactiver ses organisations de base. La longue bataille engagée par les communistes russes sur le plan juridique pour prouver leur absence totale d’implication dans le coup d'État d’août 1991, dont le PCUS fut la véritable victime, trouvait une conclusion favorable.

Avec la relégalisation du parti, se trouva récompensé la cohérence de quelques uns des principaux dirigeants communistes, (Ziouganov, Kouptsov, Melnikov, Loukianov), qui pendant la période troublée de la pérestroïka, caractérisée par l’attitude de caméléon adopté par des fractions significatives de l’appareil, n’avaient jamais opéré de changements de camp au gré des circonstances, même au moment décisif où les forces ouvertement antisocialistes conquirent définitivement le pouvoir politique.

Les communistes, qui au moment de la relégalisation annoncèrent l'adhésion de plus de 500 000 membres de l’ancien parti, purent mener à bien  en janvier 1993 leur congrès de « reconstruction » qui donna vie au « Parti communiste de la fédération de Russie » (PCFR).

La « déclaration politique » (la version intégrale de ce texte figure en italien dans « Quaderni comunisti »), qui fut votée à la fin du congrès fondateur, est caractérisée par un jugement sévère mais non liquidateur sur l’expérience politique qui avait surgi de la Révolution d’Octobre. Les lignes directrices de cette déclaration furent confirmées dans tous les documents de congrès ultérieurs du PCFR.

Le parti communiste y est défini comme « le parti qui a soulevé le peuple dans la lutte pour la justice sociale en octobre 1917, qui a crée et dirigé une grande puissance, qui, uni avec le peuple, a été victorieux dans la Seconde Guerre Mondiale et a fait renaitre l’URSS de ses ruines » En même temps, le texte dénonce « les grossières dérives  s'éloignant des principes du socialisme » caractérisées par « le dogmatisme de l’idéologie officielle, appliquée par des responsables politiques sans principes », et en conséquence par la création « d’une strate bureaucratique privilégiée toujours plus refermée sur soi et coupée de la vie réelle, dont l'existence est responsable du scepticisme de la population envers la créativité du socialisme, de l’indifférence générale envers la politique, à la limite de l’absence de volonté des masses pendant la période de la pérestroïka ». La ligne assumée par Gorbatchev y est définie comme une trahison avec comme conséquences l’élimination du PCUS de la scène  politique, le démembrement de l’URSS, et l’arrivée au pouvoir de forces politiques qui ont restauré le capitalisme sous ses formes le plus primitives.

Dans les nouvelles et difficiles conditions d’existence de l’opposition politique, le PCFR, bien qu’agissant dans le respect de la constitution, devait manifester sa fidélité au socialisme, à la liberté, à l’égalité, à la justice, à l’humanisme, s’inspirer de la théorie marxiste léniniste de manière non dogmatique, mais en la développant en tenant compte des leçons de l’histoire et de l’actualité en se basant sur un haut degré de démocratie, sans déformations autoritaires et bureaucratiques, respectueuses des droits de l’homme et de la liberté de parole et d’association de tous les citoyens.

 Dans ce texte les communistes se pronocèrent pour « l’exclusion de l’extrémisme nationaliste et religieux, de toute forme de résolution violente des conflits entre nations », et réaffirmèrent leur fidélité à l’internationalisme. Dans ce sens, ils se prononcèrent pour la reconstruction d’une fédération des partis communistes de la CEI (union des partis communistes qui regroupe encore actuellement les principaux PC de l’ex-URSS), et pour « l’élaboration d’un programme d’actions communes visant à favoriser la réunification de nos peuples en une famille unie ou règne la concorde ».

Quelques mois plus tard, le PCFR affronta son premier test électoral, et non sans surprendre les observateurs occidentaux réussit à faire la preuve, avec un résultat inespéré de 11% des voix, que la « question communiste » ne devait certainement pas être considérée comme close une fois pour toute en Russie. Un noyau dur de la société russe se montrait capable de résister à l’offensive contre révolutionnaire qui quelques années auparavant semblait destinée à reléguer le communisme dans les poubelles de l’histoire.

La détérioration progressive, entre 1993 et 1995, de la situation sociale et économique du pays, à cause des mauvaises décisions de l’élite néolibérale de l’entourage présidentiel et de la braderie généralisée de la propriété collective, ne pouvait que favoriser la croissance en crédibilité des communistes, qui à ce moment commencèrent à être perçus dans l’opinion publique non seulement comme les défenseur des droits sociaux des plus faibles, mais comme les seuls capables de s’opposer au processus toujours plus envahissant d’asservissement de la Russie aux logiques et aux intérêts de l’impérialisme occidental ; lequel d’un coté, étranglais le pays avec la dette et de l’autre cherchait à l’affaiblir sur le plan géopolitique, par le biais du soutien à toutes les poussées sécessionnistes, qui en de nombreuses régions mettaient en danger l’intégrité même de la Fédération de Russie

L’influence décisive dans ces choix fut alors celle du leader du parti, Guennady Ziouganov, connu pour ses positions idéologiques éclectiques, cherchant à concilier les racines marxistes léninistes du communisme soviétique avec des éléments culturels spécifiquement russes, qui caractériseraient la continuité de l’histoire de la Russie, de ses origines médiévales à l’expérience soviétique issue de la révolution d’Octobre.

Quoi qu’il en soit, il faut admettre que c’est la constitution d’un front très large (l’Union des forces populaires patriotiques), qui voyait dans le PCFR le pivot de la « lutte de libération nationale » contre la colonisation occidentale qui fut la carte maîtresse qui permit au parti, à la fin de 1995 (depuis lors il s’est toujours présenté sous son propre nom, avec ses symboles propres) de doubler ses votes directs (22%) et de devenir carrément, en vertu d’un mécanisme électoral défavorable aux petites formations, la première force parlementaire du pays, avec 157 députés (environ 35% du total), en ayant même la possibilité en raison du jeu des institutions d’exercer à la Douma (le parlement russe) un vrai droit de veto contre les décrets présidentiels, qui fut effectif pendant toute la législature.

Les élections présidentielles de 1996 confirmèrent cette tendance et seule une fraude massive (aujourd’hui reconnue universellement) et le report sur Boris Eltsine des voix de tous les autres candidats du premier tour, (y compris l’inénarrable Gorbatchev, à l'influence réduite à la dimension d’une cabine téléphonique), permit la réélection du président russe. Seuls contre la coalition de tous les partis, les communistes réussirent à regrouper sur le nom de leur leader, Ziouganov, plus de 40% des suffrages.

Dans les années suivantes, le PCFR, qui avait reconquis  le contrôle d’importantes régions de la Fédération , sembla se tenir rigoureusement à la ligne qui privilégiait la « question patriotique » par rapport aux terribles problèmes sociaux qui tenaillaient le pays, et aussi à l’enracinement dans la classe ouvrière, qui d’un jour à l’autre perdait ses droits les plus élémentaires. Ce dernier aspect, qui fut l’objet de fortes critiques émanant de dissidents internes, contribua à affaiblir de façon considérable les liens du parti avec la base sociale, qui avait à l’époque soviétique représenté l’essentiel de la force organisée des communistes.

La ligne « nationale » prévalait encore quand, en conséquence de la grave crise économique de 1998 qui plaça la Russie au bord de la faillite, Eltsine fut contraint de confier le gouvernement à Evgueni Primakov, une personnalité qui semblait incarner mieux que d’autres les aspirations des secteurs dits patriotiques qui s’opposaient à l’orientation pro-occidentale adoptée depuis la rupture de 1991, et qui aspiraient au retour de la Russie au premier plan sur la scène internationale. En cette occasion, les communistes qui entretenaient une relation de confiance réciproque avec Primakov, n’hésitèrent pas à appuyer de l’extérieur l’équipe gouvernementale, où s’insérèrent des hommes qui leur étaient proches, à des postes non dénués d’importance.

L’expérience Primakov dura peu. Certes, les premières mesures économiques de relance de l’économie réelle, contre les intérêts de grands oligarques, assainirent la situation. Mais les pressions des puissances occidentales, qui dans le contexte du déchaînement de leur agression contre la Yougoslavie dans la première moitié de 1999, avaient absolument besoin que la Russie, alliée historique de Belgrade, adopte une position capitularde, et les intrigues des clans qui se regroupaient autour du président de la Fédération, le poussèrent à demander la démission du premier ministre et à préparer la phase qui se conclut par la nomination à ce poste de Vladimir Poutine, et qui devait en vue de la fin du mandat présidentiel garantir un passage en douceur à une équipe de confiance pour exécuter le programme du régime.

La suite est connue : Poutine n’a certainement pas été un instrument fidèle d’Eltsine. Et de ce fait l’avènement de Poutine à porté un coup sévère au programme national patriotique de la gauche russe, groupée autour du PCFR.

Sur le plan idéologique, la campagne Poutine fut dès son commencement en rupture avec les secteurs dirigeants de la société russe qui dès les premières années de la pérestroïka avaient cherché à forcer à l’occidentalisation du pays, et qui apparaissaient aux yeux de l’opinion publique comme des traitres aux service de colonisateurs (les soi-disant démocrates russes qui restent encore aujourd’hui acclamés en Occident, mais qui sont désormais complètement marginalisés dans la société russe). Poutine eut la possibilité (bien qu’à l’époque sa conversion au patriotisme parut à beaucoup comme opportuniste et destinées à contrer les effets de l’image désastreuse d’Eltsine) de s’approprier un grand nombre d’arguments issus de l’opposition patriotique, et d’acquérir ainsi une crédibilité auprès d’une opinion exaspérée par plusieurs années de soumission aux exigences coloniales de l’Occident.

La suite bientôt…

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