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Réveil Communiste

Avenir du PCF : y a-t-il un avis majoritaire des militants ?

22 Décembre 2007 , Rédigé par Olivier

Le texte Nier la démocratie au nom de la démocratie a donné lieu à un échange de commentaires tout à fait caractéristique des débats qui suivent l'Assemblée extraordinaire des 8 et  9 décembre.

Otto a provoqué ce débat en écrivant la phrase suivante :
"Mais il y a un truc rend vos prises de positions totalement pas crédibles à mes yeux : l'utilisation du mot "majorité" à tort et à travers."
Gilles a répondu ceci un peu plus tard :
"Mais les remontées des PV de section et la tournure des débats ont montré que les militants sont attachés au parti et tu le sais très bien"
Et Otto a pu insister :
"Je conteste le fait qu'on puisse en dégager une majorité."
Ce débat a commencé dès l'Assemblée extraordinaire. Un délégué a proposé de remplacer "largement" par "majoritairement" dans la phrase du mandat : "Les discussions expriment largement l'attachement des communistes au PCF". Marie-George Buffet, qui s'était déjà improvisée présidente de séance à ce moment-là de la discussion, a donné un avis défavorable, au motif qu'on ne peut pas déterminer une majorité sans vote.

Cet argument est tout à fait valable et Marie-George Buffet a raison d'être attentive (faut-il dire pour une fois ?) au sens des mots et à la souveraineté des militants. Mais Marie-George Buffet, et avec elle tous les dirigeants qui ont organisé cette assemblée extraordinaire, ont tort d'avoir tout fait pour empêcher de dégager une majorité claire à propos de l'avenir du PCF.

Les questions de l'avenir du PCF en tant qu'organisation et d'un éventuel changement de nom sont dans toutes les têtes depuis l'élection présidentielle et les très nombreuses prises de positions publiées dans l'Humanité et ailleurs par la suite. La direction est coupable d'avoir tout fait pour empêcher de mesurer l'avis des militants communistes sur ces questions :

1. En multipliant les questions, avec le questionnaire de cet été par exemple, avant de décider que les sections devaient elles-mêmes inventer les questions et les réponses.

2. En demandant à chaque section de rédiger un mandat sans se donner les moyens de réaliser la synthèse de ces mandats.

Ces deux premiers points se complètent. Il évidemment facile, après avoir demandé un texte libre à chaque section, de dire qu'il est impossible de faire la synthèse de plusieurs centaines de textes très différents les uns des autres. Il aurait été préférable demander à chaque section de débattre de certaines questions importantes et d'exprimer un avis mesurable. Cela dit, mon expérience de délégué à Paris montre qu'une synthèse qui affirme une tendance majoritaire est possible. J'ai pu lire une vingtaine de mandats de sections parisiennes. Une quinzaine affirme très clairement, d'une manière ou d'une autre, que le PCF doit continuer à exister et qu'il ne doit pas changer de nom. Les autres n'affirment rien nettement à ce sujet.

Pendant l'Assemblée extraordinaire, les organisateurs des débats ont continué à empêcher de dégager une majorité claire :

3. En ne laissant la parole, en deux jours, qu'à une cinquantaine de délégués de sections.

4. Par la mise en place d'une commission des mandats trop nombreuse, qui a été contrainte de laisser deux ou trois personnes faire le travail d'amendement pendant la nuit.

5. Par un débat sur le texte très mal organisé, sans règle, confus, et finalement repris en main par Marie-George Buffet, au nom de l'écoute et de l'unité.

L'épisode de l'amendement proposé par Paul Boccara est tout à fait emblématique de ce dernier point. Au lieu de proposer un vote simple sur cet amendement, Marie-George Buffet a d'abord proposé son propre amendement sur le même point. Sa proposition pouvait sembler aller dans le même sens, mais de façon beaucoup moins précise. Elle a d'abord fait voter son propre amendement, qui a bien sûr été adopté, avant de proposer un vote sur celui de Paul Boccara, qu'elle présentait alors comme inutile, après le vote du premier amendement.

Il faudrait dire un mot aussi des membres du conseil national qui ont dit : "Seuls 35000 militants ont pris part aux débats préparatoires. C'est moins d'un tiers des adhérents. On ne peut donc en tirer aucune conclusion". J'ai entendu dire cela à plusieurs reprises, mais je n'ai malheureusement, pour le moment, aucun exemple écrit. Si quelqu'un en trouve, qu'il n'hésite pas à le signaler dans un commentaire, ou à rédiger un article sur ce point. C'est un exemple de mépris des militants qui me révolte véritablement. Je note cependant que ceux qui disent cela reconnaissent d'une certaine manière qu'une tendance majoritaire pourrait être dégagée des résultats des travaux de cette petit poignée de 35000 communistes.

Il est temps de conclure. S'il n'y a plus de ligne depuis bien trop longtemps au PCF, c'est parce que les dirigeants actuels ont pris l'habitude d'empêcher aussi souvent que possible de trancher en cas de désaccord. Au dernier congrès déjà, nous avions abouti à un texte de compromis, plein d'ambiguïtés, qui parvenait à dire par exemple à la fois que le PCF travaillerait à la construction d'un rassemblement antilibéral pour l'élection présidentielle de 2007 et qu'il y aurait un candidat communiste. On a vu depuis le résultat.

L'une des batailles que nous devrons mener en 2008 sera d'empêcher la direction de proposer ou de faire gagner une base commune de compromis, qui empêcherait une fois de plus de dégager une majorité sur la question de l'avenir du PCF. À cause de la manière dont l'Assemblée extraordinaire a été organisée, nous ne pouvons pas prouver aujourd'hui qu'une majorité très large de communistes veut continuer à militer dans le cadre du PCF. Mais nous pouvons le penser et tout faire pour le prouver en 2008.

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gq 25/12/2007 12:31

En fait, il y a la légitimité de la majorité des militants, et celle de la ligne correcte, héritée du léninisme. Ici nous sommes dans la situation paradoxale où une ligne manifestement incorrecte et illégitime au vu de ses résultats et de sa dérive hors champs du communisme, du marxisme, de la classe ouvrière, de la Révolution, etc. est traitée avec un certain respect par les copains, pourtant pas d'accord du tout, parce que le parti n'est pas en effet une assos politique comme une autre, mais une organisation stratégique de lutte des classes, où l'on fait confiance aux capitaines, et où on lit consciencieusement le bouquin de Cohn Séat, parce que l'on n'est pas des gauchistes et que l'on n'arrrête pas la bataille à tout bout de champ pour voter les plans d'action. Cela dit Lénine (encore lui) savait trancher ce genre de situation

Astrée 23/12/2007 13:26

oui, tu as raison Olivier, ça me fais moi aussi penser à ça! La question de la "légitimité" est utilisée à tout va (comme le mot "démocratie"). Au final, ces beaux concepts sont vidés de leur sens. Revenons à la question des "35000 adhérents qui ont pris part aux débats", et qui selon certains ne peuvent exprimer la totalité des opinions dans le parti. Certes. Mais on peut rétorquer: "et les 44 qui ont pris la parole? Ils représentaient l'opinion des 130 000 adhérents???)Nan. Bon bah alors!Et puis ça me fais aussi penser à la mésaventure des collectifs. On a l'obsession du "faut mettre tout le monde d'accord". Or, en créant n accord de façade pour pas faire de vagues, on étouffe toute critique envers la stratégie actuelle. Le culte de la minorité, ça suffit! Je me rappelle de la mascarade de saint-ouen (j'y étais invitée), on nous disait: "la majorité ne doit pas être prise en compte. Il faut un double consensus (une abhération mathématique)". C'est un peu ça qu'on essaye de nous faire avaler en ce moment au parti (d'ailleurs la merveilleuse idée du double consensus est issue de nos rangs). Pas d'idée claire et majoritaire qui se dégage, entretenons le flou artistique, soit disant pour éviter les querelles....alors qu'au contraire ça les attise.

Olivier 23/12/2007 11:47

Ceux qui disent que les 35000 communistes qui ont participé à la préparation de l'assemblée extraordinaire ne sont qu'une minorité et que par conséquent on ne peut tirer aucune conclusion des mandats de section raisonnent comme tous ceux qui nient la légitimité des assemblées générales dans les universités, et qui préfèrent les votes à bulletins secrets organisés sans débat qui conduisent à la levée des blocages.

gq 22/12/2007 18:52

Ce texte précise bien la question. Mais à mon humble avis, les doutes entretenus par une "grande partie" du groupe dirigeant du PCF sur l'opportunité même du maintien du PCF sont largement de l'ordre de la mauvaise foi. Et pour les autres, comme disait Salomon: ne répond pas à la folie de l'insensé , de peur d'être insensé toi même. Mais répond à la folie de l'insensé, pour qu'il ne s'imagine pas être sage.