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Réveil Communiste

A propos du déclin du PCF et de ses causes, analyse de Pierre Saly

7 Décembre 2007 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique

Pierre Saly fournit une étude fouillée et intéressante du déclin du PCF, mais je crois qu'il prend les choses de trop haut. Il confond la théorie politique, la recherche d'une analyse corrrecte de la société et d'une ligne stratégique, avec la production d'un discours destiné au public. Il est évident qu'un parti vraiment marxiste n'est pas un parti qui fait des tracts copiés-collé sur le Capital! 

De plus, il est en fait assez normal qu'une organisation politique qui remonte en fait à 1906 (la première SFIO) ait connu beaucoup d'avatars. Ce qui l'est moins, c'est qu'elle ait su durer si longtemps en gardant un caractère révolutionnaire, au moins en partie. Or c'est le caractère de classe du parti qui explique son maintien et ses périodes de reprise (il n'y pas que la période 1934 1946, il y a  aussi l'après 68). Il faut un parti de classe. Sinon, il n'y aura plus rien.

Il montre que la base sociologique du parti change, il touche du doigt le problème crucial de la sociologie des dirigeants et des permanents, il repère un certain nombre de problèmes, mais maintenant c'est urgent de proposer des réponses et de faire des choix. En fait il perd de vue que sans rapport au prolétariat moderne qui doit être convenablement analysé aussi, il n'y a pas de parti communiste.

Enfin, il voit bien l'individualisme et son complément, la formation de tribus artificielles.Mais ne voit-il pas que le communisme est aussi une de ces tribus? Et que c'est justement par ce qu'il peut y avoir d'archaïque et de mythique dans les symboles et les discours du communisme qu'il peut se relancer. Personne n'a rien à faire d'un parti communiste qui veut refaire le PS de 1971, comme ou les Verts de 1984! Mais Octobre, 36, Stalingrad, ça a de la gueule! GQ


Réflexions sur les causes du déclin historique du PCF
Contribution de Pierre Saly à l'Assemblée de section extraordinaire des communistes du 5e arrondissement.

  • La mesure du phénomène

1 -En termes d’adhérents au PCF (je cite les chiffres de mémoire)

Au congrès de Tours une majorité de la SFIO, soit environ 100000 militants constituent les effectifs du PCF naissant. Très rapidement une majorité de ces militants, non gagnés en réalité  aux exigences des 21 conditions (bases minimales du communisme organisé selon le Komintern), quittent le PCF. Le sectarisme de ce dernier fait le reste et les effectifs du Parti se retrouvent autour de 20000 vers 1930. 1934 et le Front populaire  décuplent les effectifs qui restent à un niveau élevé en 1938. Le pacte germano-soviétique et l’interdiction du Parti puis la clandestinité profonde du début de l’Occupation réduisent les effectifs à quelques milliers sans que des chiffres précis puissent être avancés (il était sage de ne pas tenir des listes d’adhérents !). La montée en puissance de la Résistance apporte un nouveau lot d’adhésion à partir de 1942. En 1944 les effectifs du Parti explosent sans jamais atteindre le million (peut-être 850000). Jamais le PCF ne se hissera au niveau atteint à un certain moment par le PCI (plus de 1,5 million ?). L’éviction du gouvernement, les difficultés de la guerre froide, le XXe congrès, la Hongrie entraînent leur flot de départs et les effectifs retombent à leur niveau de 1938. Les grands changements stratégiques initiés par le PCF, surtout à partir de 1968, le programme commun induisent au début des années 1970 un nouveau gonflement des effectifs qui ont pu atteindre, non les 700000 alors revendiqués, mais le demi-million. Ces nouveaux adhérents sont souvent issus des couches moyennes salariées. Les successives décrédibilisations de la stratégie communiste, la rupture du programme commun en 1978, le « tournant de la rigueur »  de Mitterrand en 1983 , les soubresauts du socialisme réel puis sa chute ont peu à peu réduit les effectifs du PCF à environ 100000 « adhérents » (soit presque un dixième des effectifs d’il y a un demi-siècle pour une population française plus nombreuse de près de moitié) mais sensiblement moins de cotisants et encore moins de militants réels. Le PCF semble se trouver aujourd’hui autour de 50000 militants réels soit beaucoup plus que la plus forte des organisations situées à sa gauche (la LCR avec environ 3000 militants effectifs). En comparaison avec 1930 les effectifs militants sont plus nombreux mais l’investissement personnel des militants me semble moins fort, ce qui s’explique entre autres raisons par les fait que l’âge moyen des militants est considérablement plus élevé qu’en 1930 (age médian voisin de 50 ans). Les effectifs des JC, en sensible progrès récent, restent très faibles en comparaison de ce qu’ils étaient jadis. Le nombre des adhérents de l’UEC est inférieur à ce qu’il était en 1957 alors que le nombre des étudiants a été multiplié par dix. Quant à la composante prolétarienne elle est incomparablement plus faible qu’en 1930 ou même 1980 (environ la moitié des adhérents en 1980 sont des ouvriers contre un peu plus du quart aujourd’hui).

2- En termes de résultats électoraux

Avant 1936 le PCF a bataillé dans trois élections législatives seulement et son pourcentage national a oscillé entre 9,5% en 1924, 11,4% en 1928 et 8,4% en 1932. La stratégie de rassemblement adoptée en 1934 a eu immédiatement sa traduction électorale aux élections de 1936 (antérieures, rappelons-le, à la grande vague de grèves de mai juin) : les candidats du PCF ont réuni 15,4% des suffrages exprimés. En novembre 1946 l’influence électorale du PCF est à son maximum (28,6% aux première élections législatives de la 4e République). Mais cette influence ne s’est affaiblie que lentement : 26% en 1956 puis, après le décrochage des législatives de 1958 au lendemain de l’arrivée de de Gaulle (19%), encore 22% en 1962 et 1967 et même 20% aux élections de la peur de juin 1968. Le PCF retrouve son chiffre de 21% aux législatives de 1973 et 1978. Le grand décrochage commence aux législatives de 1981 (16,1%) durement confirmé en 1988 (9,6%). Le redressement des législatives de juin 1988 (11,1%) ne contredit pas la descente aux enfers : 9,1% en 1993, 9,8% en 1997, 4,8% en 2002, 4,6% en 2007. Les élections européennes se situent un peu au dessous des niveaux correspondants des législatives et les élections présidentielles aussi. Le fait d’avoir présenté un candidat communiste au lieu de faire bloc dès le premier tour avec le candidat socialiste (comme en 1965 et 1973) n’a pas  changé fondamentalement le rapport des forces électoral : Duclos a réuni 21,5% des voix en 1969, Marchais 15,4% en 1981, Lajoinie 6,8% en 1988, Hue 8,7% en 1995 puis 3,4% en 2002, Marie-George Buffet 1,9% en 2007 avec dans ce cas un décalage plus important que d’habitude par rapport aux législatives. S’agissant des municipales le tableau est nuancé par la persistance de l’influence de responsables communistes locaux (de toutes tendances d’ailleurs) sans qu’on puisse dire que les facteurs du déclin historique précipité depuis une trentaine d’années soit différent sur le fond.

3-En termes d’hégémonie sur la société française

La part communiste d’hégémonie (qui n’était pas aussi grande dans les années 1950 qu’on se plait parfois à le dire) passait pour une large part par le relais de grandes figures intellectuelles et artistiques, par l’influence théorique du marxisme ou de ce qui était présenté comme tel  et par le relais de ce que la tradition léniniste appelait les organisations de masse. Les grandes figures ont disparu. L’influence intellectuelle du PCF s’est dramatiquement rétrécie. Dans de nombreux secteurs des sciences humaines la référence au marxisme a cessé d’être significative. La vision caricaturale du marxisme que certains intellectuels communistes ont pu mettre en avant a contribué à décrédibiliser le marxisme lui-même. A l’inverse le marxisme s’est enrichi de questionnements qui n’étaient pas nés dans la mouvance politique du PCF, parfois dans des milieux en opposition frontale avec lui (y compris sous l’influence d’anciens membres de ce parti). De nombreuses organisations ont disparu ou ont évolué vers des horizons très éloignés du communisme (UFF par exemple). Dans les grandes organisations syndicales, aux liens eux-mêmes distendus avec la société française, les communistes ont cessé de jouer un rôle déterminant. Beaucoup de dirigeants, même quand leur orientation est parfaitement en phase avec le fond d’une démarche communiste, ne sont plus membres du PCF ou ne mettent plus en avant cette appartenance ou n’ont plus aucun rapport avec l’organisation communiste. L’hégémonie communiste sur la CGT n’existe plus aujourd’hui même si de larges degrés de convergence demeurent. Certaines organisations, dirigées ou pas par des communistes critiques,  sont devenues un lieu de rassemblement de forces en dissidence ouverte ou feutrée avec l’orientation du PCF.

  • « classe ouvrière », travailleurs, opprimés et victimes

1- Le PCF se voulait le « parti de la classe ouvrière », clairement identifiée par Marx au prolétariat industriel concentré dans les usines (ou du moins ce qui apparaissait alors comme tel). Le lien avec le processus productif direct apparaissait à Marx comme central pour définir les ouvriers. Or le nombre des usines et celui des ouvriers d’industrie a augmenté en France jusque vers la fin des années 1960 puis a connu une baisse importante pendant le demi-siècle suivant. L’importance relative des ouvriers dans la société française a diminué encore plus que leur nombre absolu. Par ailleurs le lien entre de larges secteurs du monde ouvrier et le processus productif direct s’est sérieusement relâché. La concentration industrielle proprement dite a diminué en même temps que l’industrialisation pénétrait plus profondément dans le tissu social. D’une certaine façon la concentration financière, dont les progrès ont été spectaculaires, a rendu moins vigoureuse l’exigence capitaliste de concentration proprement industrielle. Les conditions de la construction d’une conscience de classe se sont brouillées.

2- Réduite en nombre la classe ouvrière a aussi changé de composition. Tandis que les enfants de l’élite ouvrière politisée accédaient largement aux études secondaires et supérieures et quittaient la classe ouvrière pour les couches salariées intellectuelles, les nouveaux ouvriers se recrutaient largement dans la population rurale déracinée et les jeunes « issus de l’immigration ». L’hérédité ouvrière, encore si forte dans les années 1930, a beaucoup reculé. La conscience de classe, qui s’était fortement structurée dans la première moitié du XXe siècle, s’est trouvée fortement diluée dans la seconde moitié. On a même vu des forts courants progressistes issus de certaines immigrations peu a peu se diluer, se décomposer, voire se muer en affirmations nationalisto-particularistes. En outre les clivages à l’intérieur de la classe ouvrière se sont développés. La part des ouvriers qualifiés a augmenté. Celle des OS et celle des manœuvres s’est réduite. A tous les niveaux de direction du PCF la place des ouvriers en général et spécialement de cette élite militante qu’étaient les métallos qualifiés, a reculé, sans qu’aucune des politiques volontaristes conduite depuis un demi-siècle pour enrayer ce phénomène ait donné des résultats. Le sol (sociologique) s’est dérobé sous les pieds du PCF.

3- Sans doute les PCF a conduit un travail théorique de grande envergure pour redéfinir la notion de classe ouvrière. Il a étendu la notion de « force productive directe » au-delà du champ industriel et par là il a théorisé l’appartenance de nouvelles couches au prolétariat. Au point parfois de se bercer de l’illusion que la généralisation du salariat (qui aujourd’hui concerne plus des quatre cinquièmes de la population active) équivalait à une extension du prolétariat. Mais, même si il est évident qu’il existe de larges domaines de convergences fortes entre les revendications de la classe ouvrière et celles des couches sociales salariées non ouvrières, on est loin pour celles-ci d’une conscience de classe comparable à celle du prolétariat industriel. La nécessité de la prise en compte d’une très grande variété de revendications a pu brouiller le caractère prolétarien du PCF et brouiller l’idée qu’il était le représentant par excellence des ouvriers. A tous les niveaux de direction du PCF les couches intellectuelles et les couches moyennes salariées dans le tertiaire l’emportent, et parfois de beaucoup, sur les ouvriers.

4- Dans de nombreux cas, surtout dans le Midi, le PCF a occupé un terrain qui lui préexistait dans les consciences et qui préexistait à l’industrialisation. Il a repris à son compte des sociabilités et des solidarités de groupe, de village, de proximité dont les racines étaient fort anciennes, en particulier dans les campagnes mais aussi dans des banlieues qui ont longtemps porté en elles la marque de l’origine paysanne de leurs habitants. Dans l’Allier, dans la Haute-Vienne, dans la Creuse, dans le Lot-et-Garonne, dans le Var et ailleurs être communiste était une façon d’être héritier de Jacquou le croquant. Or ces sociabilités se sont disloquées en même temps que la France paysanne traditionnelle se délitait et que son héritage se perdait. Comme au temps de la Révolution française des couches sociales objectivement tournées vers une société passée en train de disparaître fournissaient de gros bataillons de l’espoir dans une société nouvelle. L’extension et la généralisation du mode de production capitaliste a parfois favorisé les développements du communisme mais parfois aussi sapé certaines de ses bases. En ce sens la « modernisation » de la France, c’est-à-dire le déferlement du mode de production capitaliste et la destruction de pans entiers de la société française qui antérieurement n’y étaient soumis qu’à la marge, a déstabilisé certaines bases du communisme français.

5- Le PCF a été le recours des laissés pour compte de notre société, des « pauvres ». Mais la pauvreté absolue a reculé, surtout pendant la période des trente glorieuses. Les conditions de misère totale qui avaient précipité des millions de travailleurs appauvris par la crise des années 1930 dans l’adhésion au communisme, n’existaient plus dans les années 1970. Le thème de la paupérisation absolue ou même relative avait cessé d’être crédible. Les mesures instaurées (souvent à l’initiative des communistes) dans le cadre du compromis social d’ensemble institué après 1945 ont permis de limiter la colère sociale et la pression des « deshérités ». La croissance des inégalités sociales, précipitée dans les dernières décennies, a pesé moins dans les esprits que le recul universellement perçu du total dénuement. Sans doute la misère fait-elle un retour en force dans notre société, mais plutôt sous la forme de la précarité, perçue comme un facteur de misère circonstancielle. Le capitalisme, dans sa version keynésienne, a quand même largement amorti les terribles soubresauts de la conjoncture. Les gens les plus en difficulté (sans-abri, travailleurs pauvres, fin de droits, minuscules retraites etc.) sont des minorités, de plus en plus significatives dans notre société, mais perçues par la grande majorité comme « en marge » quand l’idéologie perverse de la bourgeoisie ne susurre pas l’idée qu’au fond c’est leur faute. Même une question comme celle du chômage, qui pourtant touche plus ou moins toutes les familles, qui est perçu comme une menace potentielle pour tous, n’arrive pas à unifier les luttes.

  • Le PCF et l’ « utopie réalisée » du « socialisme réel »

1- L’existence de l’URSS et du « camp socialiste » donnait une crédibilité au projet communiste en le soustrayant au domaine de l’utopie. La démonstration pouvait paraître faite qu’une société de justice et de progrès pouvait exister quelque part. L’immense prestige de l’URSS au lendemain de la Seconde Guerre mondiale nourrissait cette crédibilité. Mais le souvenir de Stalingrad s’effaçait dans les esprits au fur et à mesure du déroulement du temps. Les cotés sombres de la domination communiste, d’abord niés, ont commencé à être mieux connus. Après le XXe congrès il est apparu de plus en plus difficile de nier ces cotés sombres et le PCF a été de plus en plus perçu comme cherchant à nier ou à minimiser « les erreurs et même les crimes » du socialisme réel. En dehors des aspects cachés l’évidente dégénérescence et l’immobilisme de la société soviétique sautaient de plus en plus aux yeux.

2- Le schisme titiste avait eu des effets limités d’autant que cinq ans après son éclatement les Soviétiques faisaient amende honorable (après que le PCF ait mobilisé toute son énergie pour « démontrer »  la justesse des critiques contre Tito !). Le schisme chinois à partir de 1960, mettant hors du champ de la « société libérée » plus de la moitié des populations vivant sous l’autorité communiste, signifiait que le « ailleurs » de justice et de liberté se fractionnait en deux, ce qui lui retirait une bonne part de sa crédibilité. Les autres différences et divergences dans le monde communiste (guevarisme etc) nourrissaient un scepticisme croissant qui ne pouvait que se répercuter sur le PCF.

3- La succession des soulèvements dans les pays communistes (1953, 1956, 1960, 1968 etc.), réduits par l’intervention directe ou indirecte des l’Armée rouge, a miné peu à peu l’idée de sociétés justes bénéficiant du soutien quasi-unanime des populations. La guerre « coloniale » en Afghanistan a fait le reste. Le PCF lui-même, en exprimant sa « surprise et sa réprobation » pour l’entrée des troupes soviétiques dans une Tchécoslovaquie aspirant à une forme rénovée du socialisme, semblait prendre acte d’une perte de confiance dans la validité de la transformation dont il avait fait lui-même un « modèle » (dans les deux sens du mot). Le terme ultime de ces mutations a été la capitulation sans combat des régimes communistes en 1989-1991. Le PCF n’a pu que prendre acte de cette déroute de ce qui avait été pour lui son « utopie terrestre » mobilisatrice, même si il n’était pas obligé de susciter un immense éclat de rire en proclamant par la bouche de Georges Marchais que les communistes n’avaient jamais rien de commun avec cette société « de caserne » .

4- Les hésitations du PCF dans son rapport au « socialisme réel » n’ont pas arrangé les choses : enthousiasme inconditionnel, « rapport attribué au camarade Krouchtchev », dénonciation de l’intervention en Tchécoslovaquie, eurocommunisme, soutien de l’intervention en Afghanistan etc. Ces tergiversations n’ont pas renforcé l’autorité du PCF perçu en l’affaire comme une girouette.

5- Sans doute ce rôle central du « socialisme réel » dans l’imaginaire politique que le PCF proposait aux Français relève beaucoup plus qu’on ne le croit des représentations et non des déterminations effectives de l’action politique. Le PCF a en réalité toujours orienté son action en fonction de réalités proprement nationales. Mais son association aux tares de ces régimes l’a gravement et durablement décrédibilisé. Une telle décrédibilisation ne se traduit pas immédiatement en termes d’influence électorale et il est naïf d’objecter que le déclin électoral du PCF ne suit pas immédiatement 1989-1991. Mais en France comme dans tous les pays de la planète les années 1990 ont été marquées par un reflux décisif de l’influence communiste.

  • Le souvenir estompé des grands combats fondateurs du PCF

1- Le PCF a payé du sang de ses militants son engagement décisif dans la Résistance. Les tentatives pour brouiller cette image des communistes en jetant le doute sur la signification de leur engagement n’ont convaincu que ceux qui voulaient bien l’être. Mais la Résistance est aujourd’hui vieille de presque deux tiers de siècle, plus vieille que les batailles contre la boucherie de 14-18 (constitutives de l’identité originelle du PCF) pouvaient l’être en 1968. Elles sortent peu à peu de l’imaginaire national et leur place dans l’imaginaire communiste est appelée à se relativiser à son tour.

2- Il en est de même des batailles contre les guerres coloniales, en particulier la guerre d’Algérie. Cette bataille est la dernière pour laquelle le peuple entier a pu constater que les communistes avaient eu « le tort d’avoir raison les premiers ». Dans le cadre de cette lutte anti-colonialiste le PCF a su faire la preuve de sa capacité à mobiliser les consciences et à organiser des actions, sans parler de la mort de ses militants à Charonne. Un demi-siècle s’est écoulé. La propagande mensongère brouille peu à peu l’image de la détermination communiste dans ce combat. Les militants issus de ces combats ne sont plus que des vétérans. Cette évidence de la clairvoyance communiste (en ce qui concerne les guerres coloniales), très mise en doute par ailleurs en ce qui concerne le rapport au « socialisme réel », ne pouvait guère apparaître au travers de questions apparues par la suite comme celle du programme commun.

  • Le poids des institutions

1- Les partis communistes de France de Belgique et d’Europe du Nord n’ont connu que cinq années de clandestinité et répression féroce. Ceux de Suisse, de Grande-Bretagne, des Etats-Unis, du Canada et de Nouvelle-Zélande n’ont jamais été littéralement interdits (encore qu’en Suisse et aux Etats-Unis ç’ait parfois été tout comme). Tous les autres partis ont connu des phases plus ou moins longues de totale ou partielle illégalité. Mais parmi ces partis inscrits dans la légalité de l’Etat bourgeois, seul le PCF avait une influence importante. Plus qu’aucun autre parti le PCF a participé au système institutionnel, y a développé des points d’appui, des relais d’influence, en particulier au travers des consultations électorales (environ 35 consultations nationales au cours de son histoire, dont une vingtaine depuis 1981, sans parler des consultations locales, régionales etc. et des effets indirects des consultations sociales). Mais il en résulte que plus qu’aucun autre parti (sauf peut-être le PCI qui a vite pris la mesure de ce que la participation aux institutions pouvait lui apporter après 22 années de clandestinité sous le fascisme) le PCF s’est trouvé impliqué dans le fonctionnement des institutions de la démocratie bourgeoise. Le communisme municipal est devenu le pourvoyeur d’emplois, de prébendes, de situations acquises (même si il a été aussi une grande avancée démocratique et progressiste) et a généré de petits conservatismes. Des conquêtes démocratiques comme celle du financement des partis politiques par la collectivité, au motif (archifondé) qu’ils collaborent à l’exercice de la démocratie, ont mis le PCF dans une certaine dépendance, au moins financière, envers le système établi. Il est apparu parfois comme soucieux de préserver en priorité ses avantages acquis plutôt que de se placer avec résolution aux cotés des plus démunis. Même analyse pour la presse communiste. Il est hors de question de récuser cette nécessaire participation au système institutionnel créé par la bourgeoisie et fonctionnant pour l’essentiel à son bénéfice, mais qui pourrait en contester certains aspects corrupteurs ? Ce qui est étonnant c’est que le PCF y ait si bien résisté relativement.

2- Une grande avancée du bolchévisme de 1902 a été de mettre en évidence la nécessité de soustraire le parti de la classe ouvrière à l’influence des professionnels de la politique, des élus, des avocats et professeurs qui constituaient l’essentiel de la direction des partis sociaux-démocrates. La prolétarisation des partis communistes a été une avancée historique fondamentale permettant à la classe ouvrière de se donner ses propres cadres et créant un véritable homme nouveau, nourri d’un savoir nouveau, celui du militant responsable, dont les permanents devaient être (et ont effectivement été très souvent) les meilleurs éléments. Mais cette prolétarisation a souvent signifié aussi une professionnalisation d’un nouveau type. Même tempéré par des garde-fous essentiels comme celui de l’abandon au parti des indemnités de fonction des élus, ce système a parfois créée des situations acquises d’un nouveau type. Et il serait bien hardi de croire que les choix stratégiques, dans la mesure où ils peuvent avoir une influence sur les positions individuelles, n’ont jamais été déterminés par des soucis de préservation de telles positions, en particulier électives. La réflexion léniniste sur l’aristocratie ouvrière est trop importante pour qu’on en fasse par avance l’économie s’agissant du PCF. En tout cas l’idée que le PCF cherche avant tout à maintenir un acquis auquel il trouve intérêt est largement répandue dans notre peuple même si la reconnaissance du dévouement des communistes est aussi très large.

3- On entend souvent mettre en cause les effets des systèmes électoraux pour rendre compte du déclin communiste. Mais outre le fait que ce déclin n’est pas seulement électoral il faut faire remarquer que le scrutin majoritaire à deux tours a donné aux élus communistes un nombre correspondant à peu près au poids du PCF dans le pays. Dans de nombreux pays (La RFA pour moitié, Israel, l’Italie en partie ) le scrutin de liste proportionnel n’a pas enrayé le déclin des partis communistes locaux. Les effets dévastateurs de la tendance au bipartisme sont évidents mais n’est-ce pas le déclin du PCF qui est la cause de l’intronisation du PS comme « représentant naturel de la gauche ». Il ne faut pas oublier que le « vote utile » aurait dû profiter au PCF aussi longtemps qu’il était majoritaire à gauche. Si ce ne fut pas le cas c’est parce qu’un pourcentage croissant de Français considérait que le PCF n’était plus utile ou plus crédible.

  • Le bouleversement des valeurs

1- Tandis que la société traditionnelle vivait encore très largement sous l’influence de modes de vie et de pensée traditionnels, dont l’Eglise catholique était par excellence un des principaux garants, la société actuelle, issue de la destruction des milieux de vie anciens, a précipité dans l’anonymat de la grande ville de très nombreuses personnes. ni un visage  La famille large, autrefois rendue nécessaire par l’exigence de survie des anciens comme de mutualisation de la formation des jeunes, a perdu largement sa raison d’être au fur et à mesure que la vieillesse et l’enfance se socialisaient dans le cadre d’institutions collectives non familiales. Le cadre de la famille étroite est devenu le cadre de référence dans les esprits et il n’est que trop évident que le sort de ses proches immédiats compte infiniment plus pour le plus grand nombre de nos concitoyens que le sort des autres. Paradoxalement la bataille menée pour les droits des familles (bataille initiée par les milieux catholiques sociaux mais impulsée par les communistes), toujours nécessaire, a conduit à affirmer une certaine primauté du cadre familial au détriment du cadre social.

2- Une réflexion de fond qu’il ne saurait être question de conduire ici, doit être menée sur les causes d’un phénomène que nous constatons tous : la croissance de l’individualisme, du repli sur soi (même quand il prend une tonalité de gauchisme sociétal). Le sens du groupe s’est effacé, remplacé par un individualisme parfois radical. Ce climat d’individualisme exacerbé est antagoniste avec les grandes valeurs de solidarité dont les communistes sont les porteurs.

3- La révolution scientifique et technique a mis à la disposition des êtres humains de fantastiques moyens d’émancipation et a induit une extraordinaire augmentation des capacités productives à mettre au service des consommateurs. Mais le capitalisme a transformé ces énormes valeurs d’usage en valeurs d’échange susceptibles de rapporter de l’argent au capital industriel et financier. Les dernières décennies ont vu le déferlement d’outils nouveau, l’amoncellement des biens de consommation dans les pays développés. Il a ainsi créé un réseau de besoins nouveaux, qu’il serait hâtif d’appeler artificiels, mais qui constituent un énorme et permanent appel d’air pour la production des biens de consommation. La société de consommation est devenue une réalité que les communistes, tout attachés à dénoncer les utopies fantaisistes des premiers dénonciateurs de cette société, ont mal vu venir. Via la pub, la bagnole, la télé et leurs innombrables dérivés et homologues, sans parler des océans de « bouffe de luxe pour tous », ont objectivement tendu à jouer un rôle prioritaire dans les esprits. Face à l’exigence d’acquisition de ces biens (qui sont un élément de renouvellement de la force de travail dans sa définition actuelle) les autres déterminants du combat social font parfois pâle figure.

4-  Dans des sociétés déstructurées par le capitalisme et dans la solitude de la guerre de tous contre tous, les individus se rattachent d’autant plus à des communautés fantasmées que celles-ci sont en dislocation, voire n’ont existé que dans l’imaginaire. Le communautarisme, en particulier sous le prétexte de la religion (d’ailleurs retenue pour ses significations les plus réductrices) tend à remplacer les vraies solidarités. Les groupes inventés (bandes, supporters etc) deviennent les familles larges de notre temps. Le refus de l’autre, l’indifférence devant les souffrances infligées aux immigrés et aux sans-papiers perçus comme « autres », voire le racisme, ont largement gagné les esprits. La « lepenisation des esprits » rend compte des succès du FN, de l’audience de la démagogie sarkosiste, voire de certaines dérives perceptibles chez bien des électeurs de gauche. La « bête immonde » est un des fruits vénéneux de la société capitaliste en crise. Ici encore le communisme est à contre-courant (et fier de l’être). Une de ses fonctions est de réunir les forces (encore importantes) de résistance à la fascisation morale silencieuse de nos sociétés.

  • Le poids de la propagande

1- la télévision joue ici un rôle décisif. Asservie aux forces de l’ordre établi elle distille en permanence le discours de résignation, de conformisme  qui permet que l’immense majorité reste aveugle à ses propres intérêts et accepte la politique voulue par le petit nombre de ceux qui profitent de l’exploitation de l’immense majorité par la petite minorité. Captant à la fois toutes les antennes de l’être humain elle installe au centre névralgique des consciences un pouvoir de conviction au service du capitalisme et de ses valeurs, bien au-delà de la simple conjoncture politique quotidienne. Nourrissant en permanence une attitude passive envers le savoir et le pouvoir elle désarme l’esprit critique et détermine les attitudes avec infiniment plus d’efficacité que les outils d’aliénation et de démobilisation plus anciens (tels les sermons de nos curés de campagne jadis).

2- La presse, largement déterminée par la puissance des intérêts financiers qui la contrôlent, joue le même rôle en plus petit. Mais les outils de contrôle social et idéologique au service de la bourgeoisie sont bien plus nombreux encore et permettent de pénétrer plus avant dans les consciences. Une réflexion sur le rapport de notre société au sport ne saurait être éludée sous cet angle.

3- Il serait naïf de penser que l’école et l’université sont seulement les lieux de la diffusion du savoir émancipateur. Elles sont aussi des « appareils idéologiques d’Etat » véhiculant dans les contenus enseignés et pérennisant par leur organisation la division de la société en classes. Mais elles sont avant tout des terrains de lutte, lutte des classes pour soustraire leur organisation aux exigences de la rentabilité du capital, et « lutte des classes dans la théorie » pour faire prévaloir les contenus progressistes sur les contenus rétrogrades. En étendant son emprise universelle bien au-delà des enfants de moins de 13 ans, en scolarisant les adolescents et une bonne partie des jeunes adultes, le système de formation de la jeunesse a transposé cette lutte à l’échelle d’un bon quart de la nation. Les maîtres progressistes ont joué un rôle essentiel dans la montée en puissance des idées communistes. Le communisme est pour une part l’héritier des batailles laïques et républicaines pour l’école et autour de l’école. Mais l’aggravation de la lutte idéologique dans nos sociétés a aussi concerné l’école et trop souvent dilué le ferment démocratique dont l’école républicaine était porteuse.

  • La lutte des classes et ses prolongements

1- Marx a eu bien largement tort pour son temps. Il s’est magistralement trompé (et Engels s’en est expliqué) sur les perspectives de révolution prolétarienne en 1848, 1871 etc., au point de chercher parfois dans l’obscure Russie des potentialités de transformation sociale à partir de la commune paysanne. La raison en est que le mûrissement des antagonismes de classe dans la société capitaliste était à sa mort en 1883 bien moins avancé que ce que les pages brûlantes du Manifeste avaient pu laisser croire. Mais Marx le visionnaire a eu raison pour notre temps. Le mode de production capitaliste est en train de s’emparer de la planète jusque dans ses moindres recoins. Le terme de mondialisation ne fait que désigner ce que Marx avait déjà remarquablement mis en évidence dans le Manifeste. Pour ce qui concerne la France les dernières décennies ont liquidé les gros bataillons de la paysannerie parcellaire et précipité presque tous les producteurs dans le statut d’acheteur ou de vendeur de la force de travail. En ce sens les contradictions capitalistes sont beaucoup plus universelles que dans la France de 1900. Dans la France de 1900 le nombre des ouvriers d’industrie ne dépassait pas trois millions, à peine plus que celui des ouvriers agricoles. Et le nombre total des salariés était inférieur à celui des « indépendants ».

2- Et pourtant le mouvement communiste n’a pas tiré une durable source de puissance de cette configuration sociale qui aurait du lui être plus favorable. C’est que les nouvelles couches salariées ne ressentent pas l’exploitation capitaliste de façon aussi immédiate que les anciennes couches ouvrières d’industrie. Le capitalisme a multiplié les déterminations liées non à la position par rapport à la propriété des moyens de production mais au « statut » et à la symbolique des positions et des actions. Max Weber et Bourdieu (et quelques autres) ont fait la démonstration que, même si on accepte que la position de classe soit décisive en dernière instance, devant cette dernière instance se profilent des déterminations parfois plus décisives à court terme. La problématique en termes de « distribution des miettes du bénéfice capitaliste à une poignée de membres d’une aristocratie ouvrière » était peut-être opérante dans la Russie de 1917. Elle ne l’est plus qu’à la marge (mais une marge à ne pas négliger) dans la France de 2007. Si le marxisme devait refuser des dimensions du réel qui n’ont pas été théorisées par Marx lui-même mais par des intellectuels issus d’autres horizons que le marxisme, il cesserait d’être le marxisme. La lutte des classes n’est pas un système de « rails » (bizarre expression !) sur lesquels le parti communiste conduirait la locomotive du mouvement social, une clef explicative immédiate rendant compte de chaque détail des configurations sociales en chaque instant. Elle est, me semble-t-il, une démarche explicative ultime, au niveau de la dernière instance, rendant compte des antagonismes fondamentaux de la société. Ces antagonismes sont parfois à vif, parfois ensevelis sous des couches épaisses de déterminations secondaires.

3- D’ailleurs le mouvement progressiste en France a lui-même peu à peu construit d’autres catégories d’antagonisme et exploré d’autres terrains de lutte, en articulation avec la lutte des classes mais largement en autonomie relative. Tel a été le cas des antagonismes nationaux dont l’articulation avec l’antagonisme social est devenu une préoccupation centrale de tous les penseurs de la social-démocratie, à commencer par Lénine, dès la fin du XIXe siècle. Les penseurs du marxisme n’ont jamais réduit les affirmations nationales au statut de simples modalités subordonnées ni de visages particuliers de la lutte des classes (« nationales dans leur forme, sociales dans leur fond » disait-on). Un des mérites historiques du PCF a été sa capacité à intégrer la prise en compte de l’exigence nationale (intérêts et valeurs) dans le cadre d’un combat structuré par l’exigence sociale. Intégrer et pas seulement juxtaposer : c’est parce qu’il était le parti de la classe ouvrière que, face au grand capital préférant ses intérêts de classe à l’intérêt de la nation, le PCF pouvait lever haut le drapeau de l’héritage patriotique et animer le vaste mouvement de résistance de la grande majorité du peuple de France à la « trahison des trusts ». Mais la pertinence d’une telle analyse (qui me semble rester entière) a perdu de sa force de conviction au fur et à mesure que s’éloignait le temps du dernier grand affrontement national européen. L’idée de patrie, l’adhésion à ses symboles se sont trouvées de plus en plus en plus ringardisées dans l’esprit de la jeunesse. L’homogénéisation des systèmes de valeurs, des références dans les sociétés développées, la montée dans la jeunesse d’une réelle adhésion à l’idée européenne vécue (qui n’est pas l’adhésion au système institutionnel européen) ont peu à peu rendu moins sensible cette dimension patriotique du combat du PCF.

4- Enfin le schéma des contradictions fondamentales de notre société s’est complexifié. Les concepts de contradiction de genre et d’oppression patriarcale se sont vus reconnaître une légitimité égale à ceux de classe et de lutte des classes. La question de l’avenir physique de la planète et de la possibilité ou pas de survivre dans un monde qui saccage la nature sont devenus de nouveaux champs de réflexion. Les inquiétudes sur la croissance et le productivisme ont encore complexifié les enjeux. Les tentatives pour subordonner la solution des questions de genre ou d’écologie à la solution (socialiste) des contradictions de classe ne pouvaient pas paraître convaincantes dans la mesure où manifestement les lignes de clivage dans nos sociétés n’étaient pas les mêmes au regard de ces différentes contradictions. Le PCF a bien fait de renoncer à de telles tentatives mais au prix d’un certain brouillage de son message. Cette complexification des enjeux ne pouvait que rendre plus difficile l’adhésion au communisme perçu (à tort ?) comme peu capable de prendre en compte ces nouvelles contradictions et de se positionner sur ces nouveaux enjeux.

  • Et les erreurs du PCF lui-même ?

Tout ne dépend pas du contexte. Certains en concluent plus ou moins que tout dépend du Parti lui-même et que ses erreurs, défaillances et capitulations sont responsables de son déclin historique.
Ce n’est pas ici le lieu de recenser toutes les erreurs de stratégie, de doctrine, d’initiative politique, d’organisation faites par le PCF depuis 1920. La liste serait longue mais l’inventaire de ce qui a été erreur ou pas serait loin d’être le même pour tous.

Certains soulignent l’effet catastrophique des hésitations, virages sur l’aile, contradictions. Les exemples en sont légion et encore tout récemment. Mais ce n’est pas nouveau. En 1921 Lénine a fait un spectaculaire virage, celui de la NEP. En 1934 le PCF a fait un autre spectaculaire virage, celui du Rassemblement populaire. Cela n’a pas été une cause de déclin mais au contraire de progrès. Rien n’est plus néfaste que les petites contorsions qui décrédibilisent un mouvement. Rien n’est plus fécond que les révisions globales quand les conditions historiques imposent leur nécessité.

D’autres regrettent l’insuffisance d’effort de formation des militants, mal armés pour la « bataille des idées ». Je pense en effet qu’un tel effort de formation est indispensable mais pour enseigner quoi. Si c’est pour enseigner ce que pense telle ou telle des multiples chapelles communistes on ne renforcera pas la capacité d’influence du PCF. L’urgence est de définir des positionnements clairs, d’en faire le bien commun du Parti et d’en diffuser la compréhension auprès de tous.

D’autres pensent que des abandons théoriques ont scellé le destin du PCF (prise du pouvoir par la classe ouvrière et ses alliés, dictature du prolétariat, centralisme démocratique etc.). C’est faire à ces concepts, comme jadis Althusser, un bien grand honneur. Mais qui peut croire que le peuple français apporte ou n’apporte pas au PCF un large soutien en fonction de ces concepts, d’ailleurs eux-mêmes d’interprétation très variable ?

Certains sont tentés par l’idée que le déclin provient des abandons, de la « mutation-liquidation », supposée inaugurée à l’époque de Robert Hue. Partageant beaucoup des critiques faites à la direction communiste de cette époque je crois néanmoins qu’il ne faut pas que les circonstances cachent la marche longue du mouvement de la nécessité historique qui nous est hélas bien peu favorable. Le déclin historique du communisme ne s’est pas manifesté qu’en France mais dans tous les pays. Que les partis aient adopté un positionnement « radical » (en petit nombre) ou « mutant » la tendance est évidemment la même. En accusant telle ou telle personne ou orientation ou groupe de la responsabilité du déclin on se donne d’excellentes raisons de refuser de réfléchir aux raisons de fond de ce déclin et par conséquent on se désarme pour construire la vraie force « bolchévique » du XXIe siècle.

Et il en est de même du dérisoire jeu cherchant à établir que les résultats électoraux sont d’autant meilleurs que les fédérations du Parti sont plus « radicales » ou au contraire plus « rassembleuses ».  

Pour ma part je n’arrive pas à voir en quoi le retour à des positionnements stratégiques comme en 1928 ou en 1950 nous permettrait de récupérer l’influence perdue. Troquer la position « tribunicienne » du PCF (elle-même insuffisante) pour une position protestataire pure, récusant tout rassemblement au-delà de l’espace politique du seul PCF,  me semble chercher à chasser sur les terres de la LCR ou de LO (tout en dénonçant vivement ces organisations). Mais le terrain est déjà occupé. En revanche ce que je vois, derrière les jeux de pouvoir dans l’appareil communiste, c’est le risque de groupuscularisation totale du PCF.

Pierre Saly
section du 5e arrondissement
Fédération de Paris

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