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Réveil Communiste

La préhistoire du Capital, selon Alain Bihr

20 Janvier 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate

Notes de lecture sur Alain Bihr (publiée le premier décembre 2007, Alain Bihr étant publié en ce moment sur le blog d'analyse marxiste "changement de société" (lien en page d'accueil). Je trouve son ouvrage très stimulant et apte à contribuer au réarmement théorique des communistes, mais je reste en désaccord avec sa manière de sous-estimer le "socialiste réel" qui malgré tous les guillemets qu'on peut mettre autoure, était réel. GQ

 

La préhistoire du capital --- Le devenir Monde du capitalisme (1)

 

 

1)         Présentation de l’œuvre, premier tome et projet global de “tétralogie”

 

 

Cette étude d’abord me parait un exercice presque anachronique ou plutôt achronique, à contre courant des modes intellectuelles post-soviétiques, de matérialisme historique; en effet il travaille à l’intérieur des catégories marxiennes, de rapports de production, de modes de production, de lutte des classes, etc, qui sont utilisées comme armature conceptuelle, scientifique, et non comme outil universitaire ramassés au hasard, parmi d’autres, à utiliser dans un bricolage historiographique, dépourvu de rigueur. Ou pire encore comme simple signe, indice fragile d’appartenance idéologique ou identitaire.

 

C’est un sociologue, mais il fait œuvre de synthèse, histoire, sociologie, économie

 

La longue introduction doit servir en fait aux quatre tomes prévus d’une œuvre ambitieuse, et à visée actuelle car le dernier tome concernera l’analyse de la situation actuelle du capitalisme, depuis 1975 environ, qui est entré, selon l’auteur, dans une nouvelle phase de son histoire qu’il appelle la phase post nationale.

 

Le style de l’auteur est fort éloigné du jargon, l’usage qu’il fait des concepts marxistes est étonnamment simple (surtout si on compare avec un Althusser), et il fait de la science marxiste spontanément interdisciplinaire, tout en étant appuyé sur un corpus correct d’ouvrages historiographiques, pas trop datés. Même s’il ne peut s’appuyer évidemment sur les dernières générations d’historiens post modernes, derridiens, foucaldiens, mystiques, littéraires, etc. Il utise aussi Max Weber qu'il considère comme l'explorateur de nouveaux continents du savoir, parfois marxiste sansl'avouer.


2)         L’originalité de Bihr dans le champ des études marxistes:

 

La thèse de Bihr cependant s’éloigne du matérialisme historique au moins d’un coté: il n’est pas exactement matérialiste. Il considère que le rôle de la lutte des classes est bien plus important que celui de la contradiction entre mode de production et rapports de production. De plus, en cela il fait penser à Losurdo, Bihr accorde une place très importante au phénomène historique de la formation et de la consolidation de l’État (en cela proche du meilleur coté de l’apport de Gramsci). Il est Gramscien aussi en ce qu’il explore avec profondeur toutes les configurations complexes de la lutte des classes, qu’il ne réduit pas à la simplification du Manifeste. Par contre, sans s’en rendre compte peut-être, il se rapproche de l’orthodoxie stalinienne de la IIIème Internationale, dans sa thèse centrale qui consiste à dire que le Capital provient du développement endogène du capital industriel (capital productif, y compris agricole) dès l’époque féodale, et qu’il considère que le rôle donné au marché et à la circulation est largement exagéré par une sorte de mythologie bourgeoise qui remonte à Adam Smith. La croyance typiquement soviétique en la possibilité de bouleverser de manière révolutionnaire le monde capitaliste par un changement radical de mode de production, par sa socialisation, s’enracine dans cette dévalorisation du marché. Or Bihr ne semble pas faire grand cas des expériences réelles de socialisme réalisées au XXème siècle, qui ont en quelque sorte montré les limites de ce qu’il est possible de faire hors marché : ce sera peut-être la limite de son travail quand il en viendra au tome  III. On verra.

 

Sa bibliographie exploite beaucoup les textes canoniques de Marx, Weber; un ouvrage de Isaac Josuah: La face cachée du Moyen Age, et la plupart des travaux des médiévistes postérieurs aux Annales, mais aussi Pirenne; il décèle chez eux une forte imprégnation de l’idéologie libérale, survalorisant le rôle du grand commerce dans la formation du capitalisme.

 

Le marxisme en langage limpide: principal intérêt de cet ouvrage. Avec le triomphalisme en moins, la fermeté de conviction des grands marxistes (limpidité proche de celle de Lénine). Par contre on peut se demander en relisant l’introduction, d’où il tire les catégories qu’il fait jouer l’une contre l’autre, on dirait un tout hégélien qui s’auto développe; il anticipe sur l’objection en disant que ce qu’il avance dans l’introduction, il tentera de le prouver scientifiquement dans le développement.

 

3)         Les thèmes de l’introduction:

 

1)            Il remet en cause ce qu’il appelle les trois présupposés de la mondialisation,

 

On confond la mondialisation avec une phase nouvelle de son histoire, de l’histoire du capitalisme, qui date de 1970 environ, qui est sa “transnationalisation”, le dépassement de l’État-nation., et on inverse la réalité en considérant le monde capitaliste comme un résultat, alors qu’il s’agit plutôt d’un condition préalable à la mondialisation historique du capitalisme: c’est parce qu’il y a eu accumulation de capital-argent que le mode de production capitaliste a pu se généraliser, d’abord en Europe. Ce monde capitaliste est présent dès l’origine au XVème siècle, qui présente une structure particulière où l’on peut trouver homogénéisation, fragmentation, et hiérarchisation à la fois.

 

Enfin, “en tant que rapport social de production le capital est indissociable d’un ensemble de conditions d’existence et de développement qui n’ont rien d’économique et que le capital n’est pas en mesure de produire lui-même, par son seul mouvement économique, (son cycle de valeur en procès).” Bref, on confond le capital avec le capitalisme, qui l’excède largement. ce qu’il veut produire est une analyse du devenir-monde du capitalisme en tant que mode de production, et non du capital en tant que rapport de production.

 

Il voit une faiblesse du marxisme: ne pas penser l’État comme moment du devenir monde du capitalisme, le devenir monde du capitalisme oblige à penser aussi la diffusion du salariat, de la famille nucléaire, de l’urbanisation, la scolarisation, comme ses conditions.

 

2)            Il faut donc définir le concept de procès global de reproduction du capital, qui se compose de trois procès distincts, bien qu’articulés entre eux.

 

Le procès de reproduction immédiat du capital (largement l’objet du Capital livre 1)

Les conditions générales extérieures de la reproduction immédiate du capital; réseaux, savoirs, services publics, conditions sociologiques, droit, etc, soit le procès de reproduction médiat

Le procès de reproduction des rapports de classe (en observant que le compromis est la forme la plus courante des rapports de classe, plutôt que le conflit)

Les trois procès sont articulés dans l’État et par lui dans ce schéma c’est le non-économique qui explique l’économique, de plus le concept de procès global renouvelle celui de mode de production pour en faire celui d’une totalisation en devenir perpétuel et imparfaite. il dit qu’il sort des impasses de la théorie althussérienne qui aboutit à une combinatoire des modes de production dont le devenir est inexplicable.

 

3)            Le procès global est le moteur du devenir monde

 

1             Contribution triple du procès immédiat de production au procès global:,

 

Dimension commerciale, expansion continue de la sphère de circulation, tendance irrépressible à l’élargissement des bases sociales et spatiales du capital. Le capital doit produire une plus value et l’accumuler, non la consommer, et ce qui le pousse à ce procès cumulatif c’est la résistance des travailleurs, s’il n’y pas reproduction élargie, il y a dépossession du capital. à la racine du devenir monde du procès immédiat, il y a la lutte des classes.

Il y a aussi une dimension productive du procès immédiat, qui est la baisse tendancielle du taux de profit. pour résumer, et qui pousse le capital à déplacer les contradictions vers une frontière permanente, faute de pouvoir les résoudre.

Une dimension financière, le capital argent cherche à se valoriser, en se convertissant en capital réel actif, ou passif (prêté) ou en capital fictif, purement financier, valorisé par intérêt et par spéculation

 

2             Contribution au procès global des conditions médiates de reproduction du capital

 

Elles tendent à freiner le mouvement, il s’agit des éléments socialisés de travail mort (infrastructures) et de travail vivant ( celui qui assure la reproduction de la force sociale du travail, comme l’enseignement ou la santé), qui sont enracinés dans les territoires et encastrés dans les formations sociales. On ne peut ni déplacer ni délocaliser ni transformer sur place au même rythme que les éléments du procès immédiat.

L’auteur conteste la thèse de Karl Polanyi selon laquelle le capitalisme se définit comme désencastrement, (en fait KP selon la tradition libérale réduirait le capitalisme au marché).

 

3             contribution au procès global de la reproduction des rapports de classe,

 

“C’est la lutte des classes qui en dernière instance décide du rythme et des formes prises par le devenir monde du capitalisme”. inversion de la conclusion engelsienne, où c’est “l’économie en dernière instance”.

Mais si la lutte des classes favorise la constitution des classes en tant que classes pour soi, elle tend aussi très souvent à la constitution de blocs sociaux, d’alliances stables de classes qui s’enracinent dans des territoires.

Il faut donc articuler classes et nations, la nation créée par le rapport de classe tendant à les freiner, mais le modèle national diffusant ensuite partout les nouvelles formes de lutte des classes.

La bourgeoisie dit-il (et même si je comprends pourquoi il peut dire ça, je trouve cette conclusion très discutable, après tout c’est elle qui invente le nationalisme...) est la moins nationaliste des classes, la seule à pouvoir se développer en classe internationale; une fois qu’elle a construit des nations, elle les contourne (comme aujourd’hui).

 

4)            Homogénéisation, fragmentation, hiérarchisation.

 

Structure en trois moments du monde capitaliste (p 43)

Homogénéisation, fait aveuglant du monde moderne, qui aveugle à la persistance des autres moments. En effet cette homogénéisation n’aboutit pas à la constitution d’un monde isotrope.

Fragmentation, il s’agit essentiellement des résistances à la concurrence et à ses effets. Chaque fragment du capital cherche toujours à limiter la circulation des autres, tout en exigeant pour lui même la plus grande liberté.

Le marché mondial est donc fragmenté, sous la protection des États, en une multitude de marché locaux ou nationaux. Les États interviennent aussi pour le développement des conditions médiates.

“L’originalité paradoxale du monde capitaliste est de combiner homogénéisation et fragmentation en unités politiques, autant d’espaces autonomes de réalisation de la loi de la valeur”

Enfin, le développement inégal de ces unités politiques est visible dans le moment de hiérarchisation, l’auteur considère la croissance des inégalités comme un fait indiscutable; et que la notion de développement est quant à elle des plus suspectes. Le devenir monde du capitalisme se double d’un  devenir capitalisme du monde (marchandisation générale); Il assimile développement à développement du capitalisme, et donc ne laisse aucun espace à un développement socialiste.

Le développement dans ce sens n' rien d'attrayant. C’est aussi une transformation des rapports sociaux et des individus dans un sens de plus en plus formel, et formaliste, avec une croissance du fétichisme, en cela il rejoint les thèmes situationnistes de l’aliénation. C’est enfin la généralisation de la lutte des classes et de la grève, et de l’État-nation.. Plus loin, cependant, il a l’air d’user d'un concept du "développement" plus quantitatif et vulgaire.

Inégalité aussi entre les différentes branches de capitalisme, il s’appuie dans son argumentation sur une découverte de Marx selon laquelle l’essor de branches développée du capital social est conditionné par l’existence de branches moins développées. L’échange inégal entre branches est la condition de l’égalisation du taux de profit entre branches.

Enfin le capitalisme absorbe des formations sociales plus ou moins ancienne, dans des conditions de développement inégales, déterminées par les avantages naturels et le stade de développement des rapports marchand où elle se trouvait au moment de leur inclusion dans le marché mondial.

La hiérarchisation ne se réduit pas aux inégalités de développement, elle comprend aussi les rapports à la périphérie qui sont des rapports d’oppression, le développement du centre étant conditionné par le sous-développement de la périphérie. Les centres sont en concurrence entre eux pour l‘hégémonie tout en respectant un principe d’équilibre. L’auteur pose que l’empire universel est a priori imposible à cause de la strcuture dont il a doté le monde cazpitaliste, ça reste à prouver. Il se fait un tableai daté des formation périphériques, qui manque le dévelopement industriel actuel des pays de la BRIC (55% de la population modiale vivant dans ces pays: Brésil, Russie, Inde, Chine, plus Viet Nam, Indonésie, Mexique, Turquie, Iran, Egypte, Pakistan et Bengla desh...

Ce compte rendu ne se voulant pas exhaustif, j'arrête ici, en espérant vous avoir donné envie de lire l'original.


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