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Réveil Communiste

Pour un bilan critique de l'action du PCF - Episode 4

2 Décembre 2007 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Congrès du PCF depuis 2008

Voici la suite tant attendue du feuilleton des tribulations des communistes dans leur parti, avec le 4e épisode : la campagne de Marie-George Buffet à l'élection présidentielle...

IV.
La campagne présidentielle de Marie-George Buffet 

Lancée en janvier 2007 sous les slogans <<Vivre mieux on y a droit>>, <<Une gauche courageuse, ça change la vie>> et <<Rassembler la gauche populaire et antilibérale>>, la campagne présidentielle de Marie-George Buffet, si elle souffrit effectivement du vote utile, vit surtout la candidate adopter une ligne hésitante et confuse.

1.   Les antilibéraux ne désarment pas

Les antilibéraux, sans se résigner, se rangèrent derrière la candidature inopinée et providentielle de José Bové, celui-ci s'étant pourtant retiré de la course à l'automne. Soutenu par de nombreuses personnalités du collectif national antilibéral, il le fut aussi par plusieurs dirigeants nationaux et élus du PCF, tels que Fernanda Maruchelli, Patrick Braouezec, Jacques Perreux, etc., ou des non-communistes élus grâce aux communistes (Claire Villiers), défections dont la direction du PCF minimisa l'impact et qui ne donna lieu à aucune sanction. La tonalité de la campagne de Bové fut très populiste, très simpliste et anti-partis. Il ne s'agissait pas, pour plusieurs de ses soutiens, de le soutenir en tant que tel (hormis pour les Verts minoritaires comme Francine Bavay), mais de rencontrer d'autres militants, d'autres types de militantisme et de manifester leur exaspération contre le fonctionnement peu démocratique des partis traditionnels. Mais, plutôt que de trouver par le haut une solution à ce constat, le discours de Bové fut celui d'un démagogue sans perspective. Au final, son score fut très faible : 1,32%. L'entre deux-tours acheva de le décrédibiliser, puisqu'il se rangea sans sourciller derrière Ségolène Royal.

 

L'autre candidat se réclamant de l'antilibéralisme fut Olivier Besancenot, qui, lui aussi, avait quitté le navire antilibéral à temps. Bien que son absence condamnait, en fait, la tentative d’union antilibérale, il laissa entendre qu’il pourrait y revenir, entretenant donc la confusion. Sa campagne fut dynamique, audacieuse, avec un discours clair. Les écueils du gauchisme ne furent pas évités, évidemment, mais sa campagne eut au moins le mérite d'afficher un discours anticapitaliste sans tergiversation. Il sut jouer de son statut de postier et de l'attention que les médias portaient sur lui. Avec des moyens réduits, financièrement et en nombre de militants, il a réussi à faire une bonne campagne et atteint un score très honorable avec 4,11%.

2.   La campagne de Marie-George Buffet

Marie-George Buffet, si chacun reconnut volontiers son sérieux, son courage, sa proximité avec les gens, pâtit cependant d'un déficit d'image lié à un manque flagrant de charisme et à des difficultés d'élocution qui la pénalisèrent lors de ses déjà rares passages dans les médias. Pendant la campagne, sa soumission au impératifs médiatiques la mit en position de dominée et mit en cause sa combativité, à l'heure où le mouvement populaire aurait eu besoin d'être galvanisé et encouragé. Ses prestations médiocres dans les médias, l'absence de porte-parole à la hauteur pour la suppléer provoquèrent aussi une lassitude visible chez elle, qui ne put que la pénaliser.

Le matériel de campagne fut, quant à lui, particulièrement inadapté. Des affiches écrites en jaune sur fond blanc, totalement illisible; un tract appelant au meeting à Bercy avec une cervelle dans une passoire, franchement peu engageant ; l'affiche de la campagne officielle, montrant Marie-George Buffet maquillée à outrance, n'inspirant aucune confiance ; un livret-programme, tiré à un million d'exemplaire, particulièrement exhaustif pour les militants, mais totalement hermétique pour les électeurs ; et sur tout ce matériel, aucune mention, si ce n'est sur l'affiche officielle des deux dernières semaines (et encore, en tout petit et en bas), du Parti Communiste Français. Les manifestations organisées, telles que les meetings, ont certes remplis les enceintes occupées, et ont joué leur rôle de re-motivation de la base militante, mais ont échoué à faire basculer le corps électoral en faveur de Marie-George Buffet, soit que les thèmes abordés ne correspondaient pas aux attentes populaires, soit que la candidate ne parvenait pas à convaincre sur le sujet, soit que ce genre de manifestation ne parvenaient pas à s'adresser à la base sociale sur laquelle la candidate aurait dû s'appuyer. A cela s'ajoute le boycott des médias à l'égard des <<petits candidats>>, qui souffrirent, dans ces conditions, d'un faible retour sur investissement à l'occasion de telles manifestations.

La question du coût de la campagne se pose alors : avec un montant de 4,6 millions d'euros, la campagne de Marie-George Buffet a coûté très cher au regard des suffrages obtenus. Provisionnée depuis 2003 dans les comptes du Parti, elle a donc pénalisé l'action quotidienne de celui-ci pendant 4 ans, et n'a pu, faute d'avoir atteint les 5%, se voir remboursée. Olivier Besancenot, quant à lui, s'il n'a pas atteint non plus les 5%, a en revanche obtenu beaucoup plus de voix que Marie-George Buffet, pour un coût largement inférieur, et contenu dans l'enveloppe minimale attribuée à chaque candidat.

Si la mobilisation militante communiste fut plutôt bonne, elle souffrit néanmoins de défections, liées à la déception qu’elle fût choisie, ou au contraire à la faiblesse de son affichage communiste. Ces divisions, toutefois, ne traduisirent que celles existant déjà dans le Parti Communiste. Malgré leur relativement bonne mobilisation, les militants communistes furent frappés par une mauvaise préparation, dont on peut relever quelques causes : l'abandon de la politique de formation des militants les avait désarmés, sur les plans théorique et programmatique, et les seules initiatives de formation sur le programme n'eurent lieu que quelques semaines avant le 1er tour, d'une part bien trop tard pour pouvoir effectivement changer le cours des choses, d'autres part ne pouvant profiter aux militants investis de façon quasi-quotidienne dans la campagne électorale. Une seconde cause est l'organisation du PCF elle-même, où les cellules et sections d'entreprises sont devenues marginales, où les cellules locales ne sont plus la priorité de l'organisation, au profit des sections, moins proches de la population. Enfin, l'absence de sanction contre les membres du PCF militant pour un autre candidat fut vécue comme un encouragement à ne pas soutenir la candidate légitime, ou au minimum comme une marque de la faiblesse de la direction contre un engagement déloyal.

Marie-George Buffet, en marquant sa campagne du sceau de la <<gauche populaire et antilibérale>> montra qu'elle attachait sa légitimité, non au vote des communistes, mais à la désignation des collectifs antilibéraux. En réalité, ce ne furent pas eux qui menèrent sa campagne, mais bien les militants communistes. Un comité de campagne fut mis en place, y compris avec des communistes ayant soutenu d’autres candidats lors de la désignation, et incluant de nombreux non-communistes, dont certains aux positions plus que contestables (Mouloud Aounit).

Pourtant, en refusant de se revendiquer communiste, Marie-George Buffet joua le jeu du brouillage médiatique : qui savait ce qu'était la <<gauche populaire et antilibérale>> ? Cet affichage correspondait à la ligne adoptée depuis l'adhésion du PCF au PGE, où l'on se revendique plus volontiers de <<la gauche>>, sans plus de précision, que du communisme. L'ambition du PCF, à l'occasion du 33e Congrès, n'était-elle d'ailleurs pas de rassembler toute la gauche sur un contenu antilibéral ? Pourtant, tout en critiquant la tendance à la bipolarisation de la vie politique française, une telle posture ne put que la renforcer. Marie-George Buffet, en suppliant la gauche d'être fidèle à ses valeurs, visait notamment la campagne très droitière de Ségolène Royal, qu'elle espérait voir s'engager plus à gauche, comme si c'était le seul moyen pour elle d'exister. En réalité, un tel discours la priva de son autonomie de discours et de campagne. Avec une telle ligne et une telle stratégie, Marie-George Buffet fit campagne pour Ségolène Royal car, vue la situation hégémonique du PS à gauche, invoquer la gauche, fût-elle antilibérale et populaire, revenait en réalité à faire le jeu du parti dominant. Marie-George Buffet pouvait critiquer Ségolène Royal et l'exhorter à être plus à gauche, il n'en resta pas moins qu'elle fit campagne pour elle malgré tout, d'autant plus que l'électorat, traumatisé par la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection en 2002, était plus que jamais tenté par le vote utile.

La faiblesse idéologique dont souffre aujourd'hui le PCF se traduisant, sur certains points, par une absence totale de réflexion, Marie-George Buffet fut souvent prise de court sur plusieurs sujet. Ainsi lorsque Nicolas Sarkozy posa la question de l'identité nationale de façon xénophobe, terrain sur lequel il fut suivi par Ségolène Royal, Marie-George Buffet n'eut rien à dire ni à proposer, se contenta d'indignations et ne développa en aucun cas une vision progressiste de la Nation. Mais, paradoxalement, sans parvenir à hausser intellectuellement le niveau de la réflexion, le discours de Marie-George Buffet ne parvint pas non plus à s'adresser aux travailleurs ni aux classes populaires. Il faut dire qu'elle ne s'adressait pas aux travailleurs, mais aux <<hommes et aux femmes de ce pays>>, niant donc, de fait, la structuration en classes sociales de la société capitaliste dans laquelle nous vivons, et l'existence d'une base sociale sur laquelle s'appuyer. Nicolas Sarkozy, qui axa une large partie de sa campagne sur le thème du travail, n'hésita pas à aller dans les usines et à tenir un discours aux ouvriers qui n'aurait pas eu grand chose à envier à ceux de Georges Marchais dans les années 1970, par la valorisation du savoir-faire ouvrier, industriel et technique français. Comment peut-on admettre qu'un homme de droite, ouvertement de côté du patronat et de la bourgeoisie, parvienne à tenir un discours qui plaise aux travailleurs, qui retienne leur attention, et que le Parti Communiste, et la candidate qu'il soutenait, en ait été incapable ?

Les questions sociétales occupèrent dans la campagne de Marie-George Buffet une place démesurée au regard de leur importance dans la société, celle-ci étant en réalité structurée plus par des problématiques économiques et sociales que communautaires ou culturelles : l'emploi, les salaires, le développement industriel du pays, l'éducation et la formation de la jeunesse et des travailleurs, la fuite des cerveaux, les droits des salariés dans l'entreprise, les services publics et l'aménagement du territoire, le logement, la politique monétaire, l'accès à la culture, l'inflation, etc. Les seules évocations sociales de la campagnes de Marie-George Buffet le furent sur le mode misérabiliste et de l'apitoiement, faisant intervenir d'intemporelles valeurs vaguement de gauche, sans substance et sans saveur, rendant encore plus insipide le discours déjà sans âme de notre candidate. Au final, dans aucun département le score de Marie-George Buffet ne dépassa les 5%.

Après le score tristement faible de 1,93%, le rapport au Conseil national du 24 avril d'Olivier Dartigolles se contenta d'invoquer le vote utile et l'arbitraire des médias pour expliquer le score historiquement bas de la candidate Marie-George Buffet. A aucun moment les choix stratégiques, la mise en oeuvre de ceux-ci ou la campagne électorale ne furent mis ne serait-ce qu'en question. Marie-George Buffet, dans son rapport au Conseil national du 22 juin, n'invoqua quant à elle que le <<déclin structurel du communisme>> pour expliquer son échec, alors même que sa candidature était ouvertement non-communiste. Elle non plus ne remit pas en question les orientations stratégiques suivies, non pas seulement depuis le 33e Congrès, mais depuis bien avant, comme la Gauche plurielle, qui décrédibilisa le Parti en le faisant chuter de 10% en 1997 à 3% en 2002.

 

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