Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Réveil Communiste

Pour un bilan critique de l'action du PCF - Episode 1

6 Décembre 2007 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Congrès du PCF depuis 2008


Nous entamons la publication d'une série d'articles constituant un bilan critique de l'action du PCF depuis le référendum. Nous estimons en effet qu'avant d'évoquer l'avenir, il convient de dresser un tableau sérieux du passé. Ces articles ont pour base un texte de J. Chenal, relu et corrigé par G. Questiaux, P. Noizet, A. Questiaux et G. Gourlot. Qu'ils en soient remerciés ici.

PCF – bilan d'activité critique depuis le référendum 19/11/2007

Au moment où certains, dans le Parti Communiste Français, émettent des doutes quant à la pertinence d'un projet communiste porté par un parti communiste, il convient de faire sérieusement le bilan de l'action de celui-ci depuis le précédent Congrès, qui s'est essentiellement appuyé sur une analyse opportuniste du résultat du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen. Nous étudierons ensuite de manière critique la stratégie d'engagement dans les <<collectifs antilibéraux>>, le comportement de notre Parti dans ceux-ci, la décision de présenter Marie-George Buffet à la Présidence de la République, sa campagne électorale, le léger redressement des élections législatives, la constitution du groupe parlementaire de <<la Gauche Démocratique et Républicaine>>, avant de conclure sur les perspectives qui s'ouvrent pour notre Parti.

I.      Le référendum du 29 mai 2005
 
Réclamé par toutes la plupart des formations politiques, le référendum du 29 mai a porté sur la ratification du projet de Traité Constitutionnel Européen, rédigé par la Convention européenne présidée par l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing.

1 Le contexte politique

Le référendum est intervenu un an après les élections régionales où le Parti Communiste avait, dans de nombreuses régions, choisi l'union avec les socialistes, et dans d'autres, choisi de se présenter de façon autonome devant les électeurs :
- dans le Nord-Pas-de-Calais, avec une liste menée par Alain Bocquet, qui recueillit plus de 11% des suffrages.
- en Picardie, avec une liste menée par Maxime Gremetz, qui recueillit plus de 10% des suffrages.
- en Auvergne, avec une liste menée par André Chassaigne, qui recueillit plus de 9% des suffrages.
- en Ile-de-France, avec une liste dite de <<Gauche populaire et citoyenne>>, menée par Marie-George Buffet et Claire Villiers (non-communiste), qui recueillit plus de 7%, dont plus de 5% dans Paris.

Après les 3,37% de Robert Hue en 2002 consécutifs à la non-satisfaction des classes populaires quant à la participation au gouvernement de Gauche plurielle de Lionel Jospin, ces scores constituaient un résultat encourageant.

Dans 20 régions sur 22, ce fut la gauche qui vainquit la droite, celle-ci étant au gouvernement et suscitant un rejet majoritaire dans la population. Le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin fut maintenu à son poste par le Président de la République Jacques Chirac, ce qui ne put qu'accentuer la défiance entre le pays et le peuple, le message envoyé par celui-ci n'étant pas entendu par celui-là.
2.   Le déroulement de la campagne référendaire

Si le projet de Traité fut connu dès l'automne 2004, ce fut <<l'appel des 200>>, initié par la Fondation Copernic, qui fut le signal déclencheur de la constitution, dès le début de l'année 2005, des collectifs antilibéraux, composés de militants du PCF, de la LCR, des Verts, de PRS, d'ATTAC, etc. Des <<non-encartés>>, extrêmement minoritaires, y figuraient également.

Les partis UMP, UDF, PS, Verts se prononcèrent majoritairement pour le Oui. Le FN, le MNR, le MPF, le RPF, à droite et à l'extrême-droite, le PCF, la LCR, LO, à gauche et à l'extrême-gauche, optèrent pour le Non. Des voix discordantes apparurent cependant : Nicolas Dupont-Aignan, à l'UMP, se prononça lui aussi pour le Non, tout comme, au PS, Laurent Fabius, Henri Emmanuelli, Jean-Luc Mélenchon, ainsi que le Mouvement des Jeunes Socialistes.

La campagne télévisuelle et médiatique fut totalement inégale et favorable au Oui. Les expressions publiques des partis politiques permirent à l'UMP, à l'UDF, au PS et aux Verts de s'exprimer pour le Oui, tandis que le Non était porté par quatre organisations, dont trois de droite dure voire extrême : le FN, le MPF et le RPF, si bien que seul le PCF portait le Non de gauche. Celui-ci décida de donner du temps de parole télévisé à des non-communistes, tels qu'Olivier Besancenot (LCR), ou Jean-Luc Mélenchon.

Dans les médias, toutes les télévisions, et la plupart des journaux quotidiens ou périodiques, firent la campagne du Oui, parfois avec sérieux, souvent avec arrogance et appel à la responsabilité, celle-ci ne se définissant que comme une déférence quasi-religieuse dans <<l'Europe>> (Elisabeth Guigou et son livre <<Je vous parle d'Europe>>), sans se poser la question de savoir ce que devait recouvrir ce concept. Du <<oui mais>> initialement exprimé par les socialistes, on passa au discours dithyrambique selon lequel ce traité était le meilleur possible (Jack Lang).

Au niveau syndical, la CFDT a choisi de faire campagne pour le Oui, tandis que la CGT laissa sa liberté de choix à chaque adhérent, même si le Comité Confédéral National se prononça majoritairement pour le Non. Le secrétaire général Bernard Thibault, qui s'opposait à une prise de position de sa confédération, refusa de prendre part à la campagne ainsi que de dire pour quoi il allait voter. Cependant, plusieurs unions départementales ou fédérations prirent position pour le Non.

Au sein de la campagne pour le Non, ce fut le PCF qui donna les moyens matériels aux collectifs antilibéraux pour exister : locaux, moyens financiers, logistiques, etc. Finalement, le jeu qui se joua était une redite de tentatives antérieures, où le PCF avait accepté de se mettre en retrait au profit d'organisations et personnalités extérieures, telles que la liste <<Bouge l'Europe>> aux élections européennes de 1999, au score historiquement faible, ou la liste de <<Gauche populaire et citoyenne>> aux régionales en Ile-de-France. Les collectifs prirent cependant une dimension locale inédite, quoique, finalement, versions de proximité d'un cartel d'organisations et de personnalité réunis pour des intérêts de circonstance.

Les collectifs antilibéraux, dans cette bataille, virent leurs effectifs augmenter sensiblement. Ils ne furent cependant pas le seul espace d'expression du Non. Le PCF mena aussi, en parallèle, sa propre campagne (l’Humanité fut ainsi le seul journal à publier le contenu du Traité), tout comme LO, ou certains responsables socialistes.

La tonalité générale de la campagne fut, réellement, celle d’une discussion de fond, les uns et les autres prenant le texte en main, malgré sa difficulté, pour le décrypter, le comprendre et l'expliquer. Le Traité Constitutionnel, écrit, en violation de toutes les traditions constitutionnelles démocratiques du monde, au nom des chefs d'Etat européens, consacrait ainsi l'existence d'un peuple européen, dirigé par une structure fédérale, dont le principe élémentaire était l'intégration continentale et la dépossession de pans de souveraineté des Etats vers l'Union Européenne, la ligne politique la concurrence libre et non faussée, l'indépendance de la Banque Centrale Européenne chargée de garantir la stabilité des prix, la soumission à l'OTAN dans le domaine de la défense. Le Traité ne pouvait être révisé qu'à l'unanimité des pays membres, rendant de fait toute modification d'ampleur impossible. La révélation de la directive Bolkestein sur la liberté de circulation des travailleurs dans l'Union européenne joua dans le sens du Non.

Après des semaines de course en tête, le Oui finit, dans les sondages, par être minoritaire en mars, avant de repasser la barre des 50% pendant 3 semaines fin avril début mai, mais ce fut finalement le Non qui, avec 55% des voix, emporta la partie. Ce résultat fut d'ailleurs confirmé trois jours après par les Pays-Bas qui, par plus de 60%, refusèrent le Traité.

3. Les leçons tirées du référendum

Après une telle victoire, les collectifs antilibéraux décidèrent de ne pas se dissoudre et de continuer la riposte à la droite, l'objectif étant ouvertement, à ce stade, la construction d'une alternative au libéralisme et la préparation des élections législative et présidentielle de 2007.

La motivation pour continuer cette expérience était que la France avait voté majoritairement Non sur la base des arguments antilibéraux de gauche. Les arguments de souveraineté nationale furent systématiquement sous-estimés et assimilés à ceux des nationalistes. Le Non de gauche s'inscrivait en effet dans une ligne d'intégration européenne dont le contenu se devait seulement d'être progressiste et social. On eut ainsi recourt à des slogans du type <<J'aime l'Europe, je vote Non.>> PRS développa son argumentation sur la nécessité d'une assemblée constituante européenne, s'inscrivant ainsi totalement dans la construction d'une Europe fédérale. Le PCF, tout en invoquant, sans plus de détails, l'Europe des peuples (c'est à dire a priori une Europe de peuples volontaires conservant l'intégralité de leur souveraineté), développait un argumentaire sur l'Europe sociale, les services publics européens, etc. dans la droite ligne de ce que promeut le Parti de la Gauche Européenne, dont le PCF fut fondateur et adhérent dès 2004, et qui s'était manifesté favorablement à l'élargissement à 10 pays d'Europe de l'Est.

Malgré les divergences de fond, réelles, existant dans la mouvance antilibérale, le Parti communiste continua de s'inscrire totalement dans cette démarche de construction d'une alternative au libéralisme et de préparation des élections à venir. Alors que les collectifs antilibéraux s'engageaient dans une démarche de forums, le PCF, qui avait déjà expérimenté celle-ci, entendit la poursuivre. A l'échelon local, de nombreux forums furent organisé, soit par le PCF seul, soit par le collectif antilibéral, le PCF s'effaçant volontiers derrière celui-ci. Au niveau national, cette stratégie déboucha sur un forum national à Villepinte, et un site internet (www.forum-alternative.fr). Le forum se termina par un défilé à la tribune des alliés de la coalition des régionales (gauche populaire et citoyenne) qui n’avait qu’un lointain rapport avec les travaux qui venaient de se tenir dans les « ruches ». Sans que l'on sache pourquoi, et sans reprise ni évaluation, cette démarche autonome ne fut pas poursuivie.

Politiquement, les objectifs des uns et des autres s'affichèrent. La LCR reprocha au mouvement antilibéral de laisser entendre la possibilité d'une alliance avec le PS, inacceptable à ses yeux. Des militants minoritaires de la LCR continuèrent toutefois de jouer un rôle important dans les collectifs. Les minoritaires des Verts, sous la bannière Alterékolo, y siégeaient pour promouvoir la candidature de José Bové. Quant aux socialistes réunis dans l'association PRS, ils rejoignirent finalement leur Parti. Le PCF se retrouva ainsi seul à traiter avec des organisations littéralement groupusculaires (Les alternatifs, le MARS, la Gauche républicaine, le Cactus, etc.) et des personnalités qui ne représentaient pas grand-chose d’autre qu’eux-mêmes (Claude Debons, Clémentine Autain, etc.). On se retrouvait dans le schéma, non pas de la campagne référendaire, mais de tentatives électorales antérieures, dont les résultats auraient dû inciter à plus de prudence, où le PCF offrait le gîte et le couvert à des organisations incapables d'exister par elles-mêmes, et à des personnalités utilisant les moyens du PCF pour promouvoir leur carrière individuelle (Claire Villiers, Mouloud Aounit, etc.).

Mais d'une part, les élections régionales avaient montré autre chose que le seul visage francilien de la liste de <<Gauche populaire et citoyenne>> ; les listes menées en Picardie, Nord-Pas-de-Calais et Auvergne avaient montré ainsi que l'affirmation d'un projet communiste autonome n'était pas voué nécessairement à l'échec. D'autre part, le référendum, en tant que tel, n'était pas lié à des intérêts de pouvoir, et se prêtait donc bien mieux à une convergence circonstancielle de partenaires aux objectifs contradictoires. Enfin, le succès du référendum avait donné à de nombreuses organisations groupusculaires une ambition qu'elles entendaient satisfaire en utilisant le cadre <<unitaire>>. Il s'agissait, pour nombre d'entre elles, de constituer une nouvelle formation politique, à gauche du PS, sur la base de l'antilibéralisme politique. La méthode préconisée fut celle utilisée au cours de la campagne référendaire : la recherche du consensus. Cette notion est centrale pour expliquer les difficultés qui sont apparues dans la structure ainsi mise en place. Il s'agissait, pour chaque décision, de faire en sorte que celle-ci soit consensuelle, ce qui est particulièrement obscur, puisque ce concept flou n'est ni le vote majoritaire, ni l'unanimité. Qui plus est, le consensus devait être double : à la base, dans les collectifs locaux, et entre les organisations du collectif national, celui-ci n'étant, au passage, pas désigné par la base des collectifs locaux, mais auto-proclamé.
 

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article