Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Réveil Communiste

P.Cohen-Seat décrypté par Nicolas Marchand

23 Janvier 2008 , Rédigé par RC Publié dans #Positions

Comme le livre de PCS est bien diffusé, une piqûre de rappel s'impose. GQ.

Nicolas MARCHAND-20/9/07

Notes de lecture (extraits classés) du livre de P. Cohen-Seat, « Communisme, l'avenir d'une espérance » [J'ai regroupé par thèmes, pour dégager la cohérence d'un raisonnement qui débouche sur la proposition explicite de renoncer au mot communisme et au PCF, pour créer une nouvelle force politique, des passages dont l'ensemble m'a paru suffisamment signifiant pour qu'il ne soit pas nécessaire, sauf exception, d'ajouter des commentaires. Il y a des coupes, sans trahir le sens du texte, qui apparaît en italique, avec les références des pages. Les titres et les raccourcis sont ma rédaction. NM]

1° Le clivage de Tours au passé

« ...le mouvement ouvrier ... s'installa...dans le rôle de défenseur de l'égalité réelle. Ce qui conduisit la majorité du Parti socialiste, au congrès de Tours de 1920, à choisir l'adhésion à l'Internationale communiste, la fin justifiant (momentanément) les moyens, l'objectif d'égalité réelle devant prévaloir sur des libertés qui n'étaient somme toute que formelles. C'est dans ce cadre que fut créé le Parti communiste ... »(p.137)

« Depuis 1920 "l'opposition entre "réformistes" et "révolutionnaires" (entre socialistes et communistes) a été une des dimensions structurantes du clivage à gauche...L'histoire avait établi que la bourgeoisie ne se laisserait pas plus facilement arracher le pouvoir que la noblesse d'Ancien Régime. La révolution semblait donc impliquer une détermination sans faille...Le réformisme était soupçonné de compromission de classes...la vieille distinction entre "réforme" et "révolution" change de nature... »(p.187)

« ...que devenait alors la différence entre « réforme » et « révolution » qui avait structuré idéologiquement le combat fratricide des courants communiste et socialiste durant l'essentiel du siècle dernier? » (p.116)

2° Mitterrand justifié

Sur le « tournant de 83 » (Mitterrand ne pouvait pas faire autrement)

« Pourquoi... ce gouvernement de gauche...se trouvait-il tout à coup si incapable d'appliquer le programme qu'il avait pourtant mis une quinzaine d'années à mijoter? La réponse est loin d'être évidente. Si quelque part au monde, un autre gouvernement « de gauche » avait réussi à mettre en oeuvre une politique du type Programme commun, on pourrait répondre: parce que le parti socialiste a trahi. Il faudrait alors se demander pourquoi. Mais comme ce n'est pas le cas, répondre à cette question est une tache beaucoup plus ardue. On ne peut plus faire l 'économie de se demander pour quelles raisons une politique « du type Programme commun », - c'est à dire correspondant dans sa logique générale à l'idée que le mouvement ouvrier s'était faite, pendant 150 ans du chemin possible d'une transformation sociale émancipatrice – apparaissait ou était devenue impossible...François Mitterrand a pris et fait prendre la décision à son gouvernement d'abandonner le programme commun parce qu'il ne voyait pas la possibilité politique de faire autrement... » (p. 71)

3°) Capitalisme: corriger le déséquilibre Etat/marché!!

(remarque: il n'est jamais question de crise systémique du capitalisme. Le mot « crise » n'apparaît qu'une fois, comme « crise d'efficacité ».NM)

Etat/marché: « dans ce couple d'opposés qui a structuré le clivage gauche/droite pendant 150 ans, le capital a naturellement fait le choix du « marché », et le mouvement ouvrier celui de l' »Etat »...Face au marché où le rapport de forces lui est défavorable, le mouvement ouvrier a donc fait le choix contraire de l'Etat....Sur ce point ... Marx n'a pas aidé...La victoire du capitalisme sur le socialisme s'est traduite par celle du marché sur l'Etat. » (p.161-162)

(alors que le système soviétique a achoppé sur l'hypercentralisation de tous les pouvoirs dans l'Etat)... « le capitalisme, lui était autrement outillé. D'abord la propriété (des moyens de production) avait fait échapper à l'Etat tout un pan du système de pouvoirs: appelons-le pour le moment « pouvoir économique »...Mais le système capitaliste a fait plus. Il n'a pas donné, mais disons s'est fait arracher, des pouvoirs qui permettent à la quasi-totalité de la population d'avoir un rôle dans la prise des décisions, même les plus grandes...une part importante du pouvoir a été « extraite » de l'Etat et répartie dans la société... » (p.164-165)

« Les contradictions qui opposent les salariés et le peuple aux entreprises sont ainsi à l'origine d'une crise d'efficacité... » (p.168)

« La « panne du progrès » n'est qu'une panne de la démocratie...Le véritable problème est la « panne démocratique ». Et son moteur est le déséquilibre nouveau qui s'est crée, ces dernières décennies, entre l'Etat et le marché...Il s'est donc crée un déséquilibre structurel. Le « marché » est devenu avant tout international...mais l'Etat est resté national...L'Europe ... pourrait devenir un lieu de reconstruction d'un équilibre entre Etats et marchés. Mais cela impliquerait qu'elle devienne une communauté politique au sens plein du terme. » (p.169-171)

[remarque: est-ce cette conception de la « transformation sociale » réduite à une correction du marché par l'intervention de l'Etat qui conduit l'auteur à cette interprétation du projet de Sécurité d'emploi et de formation: « La proposition d'une « sécurité d'emploi et de formation »...consiste à proposer la mise en place d'un système...permettant à toute personne privée d'emploi de conserver son revenu et ses droits, avec un droit à la formation lui permettant de suivre...les changements ... dans la production. »!!! (p.157)

Autrement dit, cette « mise en place », qui serait surtout une affaire d'Etat, reviendrait à mettre les salariés privés d'emploi en formation, pour maintenir leur « employabilité » sur le marché du travail. On est très loin de la visée communiste de dépassement du marché du travail par l'éradication du chômage et la conquête de pouvoirs des salariés, avec la construction à l'appui des luttes d'un système de Sécurité d'emploi et de formation responsabilisant les entreprises, et les institutions financières, y compris sur la création d'emplois.]

4° Le communisme, « la chose et le mot » (p.199): la « chose », vidée de contenu;  le mot, obstacle à dépasser

LA CHOSE: le communisme n'est qu'un « horizon anthropologique » « qui ne dit rien de ce qu'il faut faire ici et maintenant »

« Le contenu de cette notion (le communisme) – j'aborderai ensuite la question du mot – demeure essentiel sur deux points:

      le premier...est que cette notion affirme la possibilité de l'émancipation humaine...l'apport du communisme est de porter l'idée que l'exploitation et la domination des uns par les autres ne sont pas des lois intangibles...et qu'il est possible de se fixer l'objectif de les dépasser. L'un des éléments de la vulgate marxiste qui a eu le plus de conséquences a été de confondre cet objectif anthropologique avec un projet politique. Malgré Marx, le « communisme » s'est conçu comme un état idéal de la société. Ainsi est née l'idée de table rase, comme celle d'un monde et d'un homme nouveaux...Marx fait de la perspective communiste un horizon qui ne dit rien de ce qu'il faut faire ici et maintenant et ...ne définit en rien un projet politique.

      Le second ...est de contribuer à la prise de conscience que l'Histoire ... est celle de la lutte de classes...l'objectif principal de cette lutte (est) pour la classe dominante de diviser les classes dominées, et pour celles-ci de s'unifier...(d'où) un autre apport décisif du « communisme »: la nécessité de s'organiser pour permettre cette unification» (le parti serait donc conçu comme le lieu du rassemblement des classes dominées? Parti du travail? Travailliste? Plutôt que communiste...NM)

Mais appliquée à la question de la propriété,  la lutte de classe devient ceci:

« L'une des nécessaires transformations du système des pouvoirs doit concerner le régime de la propriété...Il s'agit au fond de dépasser les formes actuelles de la propriété privée des entreprises pour permettre une véritable appropriation sociale des objectifs et des choix. Marx parlait de "producteurs associés". La vulgate marxiste a dénaturé l'idée en celle d'étatisation de l'économie. Et même ceux qui ont voulu innover en avançant la proposition d'"autogestion" sont restés dans le cadre de l'opposition entre actionnaires et salariés d'une entreprise alors qu'il est de simple bon sens que la gestion des entreprises - principalement des plus grandes - combine des intérêts particuliers (du capital, du travail...) et l'intérêt général de la collectivité". » (p.192-193)

LE MOT communisme? Une barrière entre nous et la société

« L'idée de renoncer à ce mot est pour les communistes un arrachement. Quels que soient nos efforts pour comprendre la nécessité d'un changement sans lequel nous dressons de fait une barrière entre nous-mêmes et la société telle qu'elle est...La poursuite de notre combat...exige(nt) que nous surmontions cet obstacle. L'objectif que nous devons impérativement nous fixer est de nous faire comprendre...Cela passe à mon avis nécessairement par un acte de grande portée symbolique...Peut-on imaginer une autre solution que de changer de nom? Il faut en débattre. Et décider. » (p.201-202)

5° Etre plus réalistes: dire clairement « ce qui est possible en l'état de l'Europe et du monde »

(Nos propositions [sur l'Europe] dans la campagne présidentielle)... « n'étaient pas adossées, et pour cause, au mode d'emploi qui aurait pu les rendre crédibles. On en revient à la question de départ: comment arracher de telles transformations – touchant à l'essence même de l'actuelle construction européenne – dans les rapports de force politique actuels des 27? On est effectivement devant un problème crucial. Faute de réponses à un tel défi, on risque fort de paraître « hors-jeu ». C'est effectivement ce qui s'est passé. » (p.180)

« Nous ne pouvons pas continuer de faire comme si étaient atteignables des modifications de l'ordre européen ou international sans dire comment, pratiquement, on peut y gagner les peuples et les Etats concernés....Il faut en particulier faire un état précis et exhaustif de la réalité et de la dimension idéologique des fameuses contraintes internationales...et faire ressortir ce que certains appellent les « marges de manoeuvre » et d'action en France et en Europe. Et il faut dégager sur cette base des objectifs politiques crédibles et se donner les moyens matériels, politiques et stratégiques nécessaires...Le PGE pourrait en être une des chevilles ouvrières. » (p.180-181)

Retrouver une crédibilité « implique de dire clairement

            - ce qui est possible en l'état de l'Europe et du monde, ici et maintenant,

            - ET ce qui nécessite des batailles politiques, ce qui suppose des victoires donc des mobilisations...qu'il faut impulser et conduire dans le temps. » (p.182)

[Remarque: on peut peut-être éclairer ce qui précède de cette appréciation sur la période 1997-2002:

« nous avons ... eu l'air de soutenir des choix qui contredisaient nos convictions affirmées – exemple: l'ouverture du capital de France-Télécom, la mise en cause du service public, ou les lois de financement de la Sécurité Sociale – au lieu de faire comprendre les raisons qui nous conduisaient à des compromis avec le PS... » (p.45)]

6° CQFD: Le Parti Communiste Français, c'est fini: le cycle ouvert en 1920 est épuisé. Le communisme « n'est pas un projet politique » ce qui signifie qu'il n'éclaire en rien sur les contenus à faire avancer d'un projet alternatif. La force politique à construire doit permettre le rassemblement d'homme et de femmes extrêmement divers (communistes, socialistes, etc.?) sur un projet...

(contre Marx), « la conception léniniste du combat révolutionnaire a prévalu en France ...et les communistes ont constitué un parti distinct....(mais) problème absolument essentiel: le communisme – ou l' « émancipation humaine » - ne constitue pas en soi un projet politique. C'est un « horizon anthropologique »... » (p.204-205)

(autre dimension du problème): « dans les conditions où s'est crée en France le Parti communiste, il y avait à la fois une homogénéité du « coeur » de la classe ouvrière...et une hégémonie de l' « idée communiste ». Ces deux données ont disparu...La force politique à construire doit permettre le rassemblement d'hommes et de femmes extrêmement divers sur un projet et non sur ...une théorie du devenir de l'humanité... »(p.205-206)

« Un Congrès de tours à l'envers: pourquoi pas? » (mais il faudrait que) « les socialistes se donnent à nouveau l'objectif de mettre réellement en cause les logiques capitalistes » (ce qui ne paraît pas d'actualité). (p.215)

« Il ne faut pas partir de la réponse organisationnelle mais de l'objectif de fond...: jeter les bases à gauche d'une force politique ... capable de créer une dynamique majoritaire...Le cycle politique qui s'est ouvert en 1920 ... est lui aussi épuisé...il nous a légué un patrimoine...qui peut, doit contribuer à féconder la création d'une force politique capable ...de donner un nouvel avenir à l'espérance d'émancipation humaine.. ». (p.216)

PCS énonce trois hypothèses pour la création de la « nouvelle force politique »

      « les partisans de l'émancipation humaine constituent un parti distinct » (mais ce n'est pas un parti communiste) « qui se rassemble avec d'autres dans un « front »?

      « une fédération ou une confédération? » (Type FGDS?)

      « Créer un parti au sein duquel chaque composante trouve sa place spécifique dans un ensemble fondé sur le projet commun? »  (Parti de gauche, modèle Links-Parteï?) (p.217)

Puis il donne le mode d'emploi du Congrès, pour aller dans ce sens

Il précise: « faire avec d'autres ne peut résulter...de décisions unilatérales...rien ne se fera sans un dialogue avec toutes les forces disponibles, dégageant finalement les choix permettant le rassemblement....Pourquoi le congrès extraordinaire du Parti communiste ne déciderait-il pas d'engager...un processus fondateur? Ne pourrait-il pas, sur une base très ouverte, proposer les contacts, les discussions, les objectifs et le formes de travail qui permettraient quelques mois plus tard ... d'apporter les réponses aux questions vitales qui nous sont posées: projet, rassemblement, organisation, stratégie? ...un débat où se forgeraient ...les réponses ...et les liens ...à partir desquels se créerait la force politique nouvelle dont nous avons besoin. » (p.217-218)

« Avec qui? » (PCS évoque le poids décisif du « retrait de la forte composante socialiste qui en était partie prenante » dans l'échec du rassemblement tenté pour l'élection présidentielle et précise:) « le Parti communiste peut, s'il manifeste très clairement sa capacité à se changer lui-même,prendre une initiative capable de faire bouger radicalement les lignes. Les voix commencent à être nombreuses au sein du PS... ». Il s'agit donc de « créer une force ...ayant vocation à devenir majoritaire à gauche. Une force qui se donnera les moyens, donc les règles communes, permettant de décider ensemble du projet...de son action et de ses candidatures à toutes les élections. » (p.219-220)

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article