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Réveil Communiste

Interview de Badia Benjelloun au Quotidien du Peuple sur le Covid 19 et la pandémie

22 Octobre 2021 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate, #Chine, #Ce que dit la presse, #Impérialisme

Interview de Badia Benjelloun au Quotidien du Peuple sur le Covid 19 et la pandémie

Badiaa Benjelloun, interview pour le Quotidien du Peuple

 

1. En quelle occasion avez-vous été invité à contribuer à ce livre? Pourquoi l’avez-vous accepté?

 

J’ai d’autant mieux accepté l’invitation de Jean-Pierre Page et de Maxime Vivas à collaborer à ce travail collectif que je me suis intéressée au risque que représentait le SARS-CoV-2 dès la description des premiers cas cliniques et l’identification du virus responsable. Une épidémie est la rencontre d’une population avec un agent pathogène, son traitement ne relève pas seulement de parades techniques médicales, vaccinales ou thérapeutiques.. La contribution sociale et donc politique à sa résolution est essentielle. La démonstration que ce sont les niveaux de protection sociale et les choix de santé publique qui sont les facteurs déterminants dans la maîtrise de l’épidémie a été éclatante tout au long de ces deux dernières années. J’ai été choquée mais pas surprise que le bloc occidental se soit saisi de la pandémie, véritable catastrophe mondiale, pour en faire porter la responsabilité au gouvernement de la Chine populaire sous différentes déclinaisons.

 

Dès le premier mandat de Barack H. Obama, les USA ont intégré dans leur stratégie de défense la lutte contre la redistribution des pouvoirs à l’échelle internationale, en particulier la montée en puissance de la Chine, alors que la guerre contre le terrorisme promue sous G W Bush était déjà en voie d’être rétrogradée à une menace mineure. Ils se sont adonnés alors à orchestrer des campagnes de dénigrement de la Chine sur de nombreux fronts, le Tibet, les Ouïghours, Hong Kong, l’autoritarisme du régime et son non-respect supposé des ‘Droits de l’Homme’. Même si ces accusations sont grossièrement élaborées, elles instillent à force d’être répétées par les médias dominants en Occident aux mains d’une poignée de patrons de presse des faits inexacts qui induisent une représentation erronée de la Chine. Pour la machinerie de guerre étasunienne, calomnier et diffamer les dirigeants d’un pays et leur orientation politique est un préalable désormais classique qui prépare l’opinion publique à une agression militaire ou à une opération du type ‘regime change’.

 

 

2. Combien de temps avez-vous consacré à la rédaction de votre chapitre? Et comment avez-vous préparé pour bien tracer les tenants et les aboutissants de toutes les controverses concernant la COVID-19?

 

La difficulté rencontrée dans la rédaction du chapitre consacré à la COVID-19 tenait à condenser en un nombre de signes réduits une très vaste question. Dès que l’OMS a annoncé que le SARS CoV-2 représentait un risque de pandémie, j’ai entrepris une veille bibliographique et je me tenais à jour des publications très abondantes dans la presse scientifique. Une fois que le gouvernement français a renoncé à son attitude de déni par rapport à la réalité de la pandémie et de sa gravité, il a instauré un confinement strict. J’ai mis à profit ce temps libre imposé par mon employeur qui nous a accordé un congé de deux mois pour parcourir la littérature scientifique et produire quelques articles parus sur internet.

 

La communication du gouvernement français a été désastreuse, infantilisante et répressive, et surtout faites d’affirmations contradictoires, l’épisode où le port de masque a été présenté comme inutile en raison d’une absence de stock stratégique en est un aspect caricatural. Cette gestion chaotique a installé une situation où les Français désemparés ont substitué à la prudence scientifique une bataille d’opinions d’où toute rationalité a été bannie. L’effet multiplicateur des réseaux sociaux a permis l’éclosion de théories loufoques et dangereuses pour la santé publique.

 

 

3. D’après vous, la fuite accidentelle du virus du laboratoire P4 de Wuhan et la fabrication du virus par la Chine sont des "science-fiction". Pourquoi les Occidentaux, surtout les Américains, s’efforcent-ils alors d’inventer et de diffuser ces mensonges? Et pourquoi une telle propagande antichinoise reste-elle "inefficace"?

 

Dans un tel contexte, aux Usa comme dans nombre de pays occidentaux qui n’ont pas pris la mesure de la gravité de la pandémie, les systèmes de santé aux moyens insuffisants en raison des politiques d’austérité budgétaire inspirée par les impératifs néolibéraux de disparition des services publics, ont vite été dépassés. Les services de réanimation étaient engorgés de sorte qu’il a fallu dans certains cas trier les patients à admettre et à traiter. Pour le locataire de la Maison Blanche, le Sars CoV-2 est devenu « le virus chinois » et le Président français suggérait que le gouvernement chinois ‘cachait’ des données.

 

C’est dans ce contexte qu’ont proliféré les hypothèses d’un virus fabriqué en laboratoire échappé accidentellement dans le P4 de Wuhan. La population occidentale traumatisée par le nombre considérable de décès qui a concerné en premier lieu les milieux populaires n’a pas adhéré à cette manœuvre de diversion, préoccupée qu’elle était par des problèmes de survie dans des économies quasiment à l’arrêt.

La majorité des scientifiques concernés par la question, biostatisticiens et phylogénéticiens, se sont très tôt prononcés pour une origine naturelle de ce virus malgré le fait que l’hôte intermédiaire entre la chauve souris et l’homme n’ait pas été identifié. Parmi les coronavirus endémiques responsables d’infections bénignes des voies respiratoires hautes chez l’homme, on en connaît au moins deux pour lesquels l’hôte intermédiaire n’a pas été identifié, le HCoV-NL63 décrit pour la première fois aux Pays-Bas en 2004, s’il a comme réservoir la chauve-souris, on ignore encore à ce jour l’hôte intermédiaire. De même, le HCoV-HKU1 découvert à Hong Kong en 2005, il est passé du rongeur à un hôte intermédiaire encore inconnu avant de s’être adapté à l’homme.

 

Il faut garder à l’esprit que le lieu de survenue d’une épidémie n’indique pas nécessairement qu’il est le site où est apparu le virus, en effet les premiers patients atteints d’HIV dans les années quatre-vingt ont été identifiés aux Usa, le virus provenait en réalité du Congo, à l’occasion de la construction d’une ligne de voix ferrée Cameroun-Congo où il a émergé à la fin des années cinquante.

 

Les chiroptères migrent par larges colonies dans tout l’espace asiatique et même au-delà, si bien que les ancêtres du Sars-CoV-2 peuvent être trouvés ailleurs qu’en Chine. Un travail mené à l’institut Pasteur du Cambodge sur des prélèvements effectués sur des chauves-souris vivantes ont mis en évidence un nouveau coronavirus qui présente 94,5% d’analogie avec le Sars-CoV-2 soit bien davantage qu’avec le RaTG13.

Un travail récent a permis de cartographier les aires de distribution des chauves-souris Rhinolophus qui chevauchent les régions des pangolins, des visons ou d’autres hôtes intermédiaires potentiels. Le vison sauvage et d’élevage d’Europe est réparti dans toute l’Europe, chevauchant l’aire de répartition du Rhinolophus dans le sud de l’Europe, Italie, Espagne, Grèce, sud de la France ainsi que dans certaines provinces du nord de la Chine, ces données précieuses orientent différemment les hypothèses des épidémiologistes.

 

Précocement au cours de l’épidémie, deux lignées de coronavirus retrouvées chez les chauves-souris avaient des analogies de structure avec le Sars-CoV-2 mais de façon imparfaite. La souche RaTG13 présente une analogie de structure à 96% donc imparfaite. Une autre souche, le RmYNO2, montre des séquences identiques à 93,3% avec le Sars-CoV-2. Mais cette identité atteint 97,2% dans les deux premiers tiers du génome, la divergence porte sur le tiers restant qui concerne la protéine de pointe.

 

C’est généralement dans la presse généraliste que sont concentrées les accusations à peine voilées d’une fuite peut-être accidentelle du Sars-CoV-2 depuis un laboratoire où seraient menés des essais de gain de fonction ou encore de construction du virus. L’article du quotidien ‘Le Monde’ du 22 décembre 2020 est un prototype de vulgarisation orienté qui suggère fortement cette hypothèse.

 

 

Il est très aisé d’écarter l’éventualité de l’obtention du Sars-CoV-2 par culture extensive et répétées sur des cellules in vitro car nous n’avons pas identifié le virus initial, ‘l’ancêtre’ que l’on aurait fait évoluer artificiellement. Certes, les virus mutent et c’est l’une des modalités de leur évolution. Cependant, le Sars-CoV-2, un très gros virus à ARN est doué d’enzymes qui réparent les modifications accidentelles de copie. Le Sars-CoV-2 dispose d’une autre modalité évolutive, c’est l’hybridation ou recombinaison entre deux souches si elles sont présentes simultanément dans la même cellule au moment de la réplication virale. L’enzyme de réplication fait des sauts d’un virus à l’autre, ce qui peut aboutir à la formation d’un nouveau virus par fusion de fragments génétiques appartenant à deux virus différents.

 

La majorité des virologues penchent en faveur de cette modalité évolutive pour le Sars-CoV-2. Il résulterait d’une hybridation entre un ancêtre tel que le RaTG13 ou approchant avec une souche auquel il aurait emprunté le dernier tiers, la partie codant pour la protéine S et d’autres protéines non structurelles. La présence d’acides aminés basiques donnant lieu à un microenvironnement alcalin dans la région à la jonction de deux sous-unités S1 et S2 de la protéine de pointe S a troublé certains vulgarisateurs qui y ont vu l’intervention d’une ingénierie humaine car cette configuration est rarement trouvée chez les Sarbecovirus. Cette séquence notée ‘PRRA’ est retrouvée dans les MERS-CoV et d’autres Sars-CoV humains bénins comme le HKU1 et le OC43.

 

Ce site est le lieu d’intervention d’une enzyme, la furine, qui expose la région S2 de la protéine de pointe de façon à optimiser la fusion des membranes du virus et de la cellule humaine. Cependant, des expériences ont montré qu’elle ne favorise pas obligatoirement la pénétration du virus dans la cellule. Il est désormais bien établi que trois insertions sur quatre observées chez Sars CoV-2 sont retrouvées dans des souches plus anciennes de coronavirus, elles sont apparues à différents moments et de façon indépendante, ceci invalide l’hypothèse d’une insertion récente et intentionnelle par un laboratoire.

 

Des travaux menés en Espagne comme en Italie ont mis en évidence la présence d’anticorps anti Sars-CoV-2 chez des patients asymptomatiques dès le mois de septembre 2019 voire chez des patients avec atteinte pulmonaire attribuée à une grippe sévère. Par ailleurs, sur des échantillons d’eaux usées à Milan et Turin, comme à Barcelone, des traces de coronavirus ont été identifiées. Ceci indique que le virus circulait depuis de nombreux mois avant l’explosion des détresses respiratoires virales enregistrées à Wuhan. Dans au moins cinq Etats des Usa, l’examen d’échantillons sanguins a prouvé l’existence de cas sporadiques d’infections par la COVID 19 au cours du second semestre de 2019, bien avant les premiers cas officiellement confirmés.

 

La pandémie de la COVID-19 a toute chance d’être une zoonose classique.

 

Néanmoins, il ne faut pas sous-estimer que les techniques de manipulation des virus sont à la portée de beaucoup de laboratoires. En quelques semaines, on peut construire un virus fonctionnel grâce à des manipulations du génome rapides et peu coûteuses. L’humanité n’est donc pas à l’abri de sorties accidentelles depuis des laboratoires qui s’adonnent à de telles stratégies expérimentales. Conscientes de ce risque, les agences fédérales étasuniennes ont gelé le financement de ce type d’étude en 2015. Le moratoire a pris fin en 2017.

 

La communauté internationale est en droit de nous interroger sur l’activité opaque de plus de deux cents laboratoires étasuniens disséminés de par le monde dont bon nombre sont installés en Asie et dans le Caucase, et dont on peut supposer raisonnablement qu’ils n’ont pas une vocation philanthropique. La ratification de la convention sur l’interdiction des armes biologiques par les USA devrait pouvoir donner lieu à des inspections, en particulier celle concernant Fort Detrick sur lequel se concentrent de forts soupçons de fabrication et de stockage d’armes biologiques.

 

La défiance des populations vis-à-vis des discours officiels des gouvernements du bloc occidental en raison des consignes aberrantes imposées pour ne pas se donner les moyens de lutter efficacement contre l’épidémie les a rendues réfractaires à ces manœuvres de diversion. Elles le sont devenues, d’autant que les campagnes de vaccination qui ont promu les produits de géants de la pharmacie ont suscité une sourde opposition parfois étayée par des raisonnements aberrants. L’origine du virus est passée en arrière plan, un véritable front anti-vaccination et anti-pass sanitaire a donné lieu à des manifestations régulières et souvent sévèrement réprimées.

 

 

4. Quels sont les messages que vous voudriez transmettre aux lecteurs par le biais de ce livre? Et quelles sont les réactions ou commentaires des lecteurs et des médias français sur ce livre jusqu’à présent?

 

La manipulation de l’opinion publique par la répétition de quelques items simples fortement matraqués laisse des traces dans les esprits. Les dizaines de millions de manifestants en 2003 qui se sont exprimés contre l’invasion de l’Irak n’ont pas empêché l’agression de ce pays et sa ruine totale. Toutes les allégations du gouvernement étasunien étaient à l’évidence mensongères : les armes de destruction massive introuvables, la fiole agitée par Colin Powell, etc. Un peu plus tard, la Libye fut détruite sous le prétexte que l’armée nationale bombardait la population alors que les séquences de ce prétendu massacre étaient filmées dans des studios d’al Jazeera.

Depuis des décennies la Pax Americana est une succession de guerres et de destructions sans fin. Nous aimerions au travers de ce livre restituer une vision de la Chine débarrassée de l’idéologie étasunienne qui imprègne toute la presse, écrite et audiovisuelle du monde occidental. Elle s’évertue à présenter de potentiels concurrents ou ‘dissidents’ comme l’ennemi anti-démocratique à abattre.

 

Nous espérons que cet ouvrage collectif participera à rétablir la vérité sur certains points.

Nous espérons aussi qu’une coopération internationale sincère permettent d’éviter de nouvelles pandémies tout à fait probables en raison des déséquilibres d’écosystèmes jusque là épargnés de la prédation de l’homme et des échanges commerciaux internationaux multipliés pour réduire les salaires des travailleurs.

En dehors des firmes privées qui se sont appropriés des résultats scientifiques issus de la recherche publique pour mettre au point des vaccins ou des médicaments, il est réjouissant d’avoir pu constater une véritable émulation entre les scientifiques du monde entier. Les fruits des travaux des chercheurs étaient très vite mis à la disposition de tous et continuent de l’être.

Le pire qu’il pourrait arriver à ce livre serait d’être ignoré par les media mainstream, mais s’il suscite des réactions hostiles ou de dénigrement, ce sera l’occasion d’éveiller la curiosité du public saturé de la propagande si habilement instillée depuis la seconde guerre mondiale, véritable offensive culturelle qui mobilise beaucoup d’hommes et de moyens matériels.

 

Paris le 13 octobre 2021.

 

 

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