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Réveil Communiste

Immigration : discussion entre Alain Badiou et GQ

19 Novembre 2020 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Economie, #Positions, #Qu'est-ce que la "gauche", #classe ouvrière, #Mille raisons de regretter l'URSS

19 novembre 2020, Alain Badiou à Gilles Questiaux
 
Cher camarade (au moins quant à la maintenance du mot "communisme"),
 
Je connais parfaitement les textes indignés de Marx sur l'immigration irlandaise. Mais nous sommes bien longtemps après ! Le marché de la force de travail est maintenant, tout comme le marché des marchandises, en voie de mondialisation intégrale. Dans l'Ecole des Actes à Aubervilliers, dont il m'arrive de m'occuper, on voit de jeunes arrivants du Bangladesh, d'Ethiopie, du Chili,d'Europe Centrale, de partout, en somme, en sus de ceux qui proviennent de l'espace colonial (Mali,Sénégal, etc) que la France maintient en Afrique. Quand vous considérez aujourd'hui cela comme un "problème", comme une "catastrophe" pour le prolétariat, vous appuyant ainsi sur une sinistre tradition inaugurée dès les lois Pasqua, dès l'époque ou Gaston Defferre parlait des grévistes de Talbot comme de chiites étrangers aux traditions françaises, vous êtes indiscernable de Marine Le Pen. Parce que, dans les conditions du présent, ce que vous dites n'a aucun sens "prolétarien", mais uniquement un sens nationaliste, contre le fait qu'aujourd'hui, comme le désiraient Marx et Engels, par une puissante anticipation sur l'état du marché de la force de travail, l'organisation communiste du prolétariat sera internationale ou ne sera pas. 
 
Si Marx doit être notre référence, je vous dirais volontiers que le Marx du "Manifeste" est bien davantage notre contemporain que celui des affaires anglo/irlandaises. C'est aujourd'hui que, véritablement, "Les ouvriers n'ont pas de patrie". C'est aujourd'hui que "les démarcations nationales disparaissent de plus en plus" et que "le prolétariat les fera disparaître plus encore". C'est aujourd'hui surtout que devient capital le point que le Manifeste considère comme le premier de tous ceux qui font que "les communistes se distinguent des autres partis ouvriers", à savoir que "Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, les communistes mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat".
 
Quand vous appelez à une sévérité plus grande du contrôle de l'immigration, vous êtes en contradiction formelle avec les axiomes les plus importants de l'internationalisme communiste. Vous suivez du reste sur ce point une déviation qui a contribué à la mort lente du PCF, notamment à partir des années cinquante : son incapacité proverbiale à intégrer à sa politique la totalité des prolétaires nomades, qu'ils viennent du Maroc ou de la Savoie ne devant faire aucune espèce de différence. 
 
Je souhaiterais que sur ce point comme sur d'autres, votre position, celle de votre blog, cesse d'être une tentative de mettre en état de survie morbide les positions de ce PCF, lequel a fini 
dans les mêmes marécages que la social-démocratie allemande, que le renégat Kautsky. Et que vous disiez avec force : "à bas les campagnes du nationalisme réactionnaire contre nos camarades prolétaires nomades venus d'Afrique ou d'Asie ! Vive le prolétariat international de France !"
 
Voilà, camarade. La scène est ouverte pour une lutte idéologique crucial
 

 

Questiaux Gilles À :Alain Badiou

 
jeu. 19 nov. à 16:49
 
 
bonjour,
 
La tendance à la mondialisation du marché du travail est forte, mais non moins la résistance ouvrière à cette situation.
 
Ma position sur les migrations internationale des travailleurs est principalement basée sur trois observations :
 
1) Ces migrations qui concernent surtout une couche de travailleurs éduqués sont contraires au développement du Tiers Monde, sont une forme majeure du pillage impérialiste de ses richesses, et continuent au XXIème siècle l'économie de traite esclavagiste. Il faut donc s'y opposer.
 
2) la classe ouvrière, y compris d'origine immigrée, est opposée à tort ou à raison (je pense à raison) à la poursuite de l'immigration, parce qu'elle considère qu'elle précarise et fragilise sa situation économique (chômage, logement, services publics), et de manière plus discutable, sa sécurité. Tout mouvement politique qui veut représenter les intérêts de cette classe doit donc, au minimum s'abstenir de tenir les discours pro-migration qui provoquent le rejet immédiat.
 
3) les migrants dans leur très grande masse ne sont pas motivés par la survie mais par un projet d’ascension sociale, ils sont comparables aux émigrants d'Ellis Island, et ils ne s'intègrent subjectivement à la classe ouvrière qu'après la désillusion du "rêve capitaliste".
 
J'ajoute que l'expérience a montré, notamment celle de l'IWW américaine, qu'il est pratiquement impossible d'organiser durablement des travailleurs déterritorialisés.
 
En cas de victoire d'un mouvement révolutionnaire prolétarien, le problème migratoire sera tout autre : il s'agira non d'empêcher le recrutement d'ouvriers à l'étranger par les patrons mais d'empêcher l'exode des cadres bourgeois.
 
cordialement
 

 

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jo nice 20/11/2020 08:30

Aucun argument à part l'amalgame avec le FN de son contradicteur(ça fait toujours plaisir).
il connait des immigrés sympathiques... Moi aussi et alors?
C'est censé être un philosophe et tout ce qu'il est capable de citer c'est le manifeste hors contexte.

Christian 20/11/2020 07:54

Alain Badiou a besoin de serieusement relire le Manifeste du Parti Communiste. Il n'a rien pige a ce que Marx expliquait sur l'attitude du proletariat vis a vis de la Patrie et de la Nation.
Marx ecrit : "les ouvriers n'ont pas de patrie. On ne peut pas leur ravir ce qu'ils n'ont pas".
Ce qui veut dire que loin de se desinteresser de leur patrie et de leur nation ou de les mepriser, les proletaires AIMERAIENT les avoir, et que la classe capitaliste les a CONFISQUEES de leur mains. Qu'historiquement le proletariat n'a jamais connu sa patrie et sa nation.
C'est dire qu'en renversant le pouvoir politique et economique de la classe capitaliste,et en conquerant ce pouvoir le proletariat RECONQUIERT par la meme sa patrie et sa nation.
Marx ecrit: " le proletariat doit en premier lieu conquerir le pouvoir politique, s'eriger en classe dirigeante de la nation". En 1890 Engels ecrira :" s'eriger en classe nationale".
Rien de plus clair si on se donne la peine de lire le texte en entier.
Le proletariat, s'il se libere du poison de l'ideologie bourgeoise, sera 100% patriotique, et en meme temps 100% internationaliste c'est a dire anti-nationaliste.
Le nationalisme c'est pretendre qu'une nation est superieure a une autre, du genre "Deutschland uber alles" ,"God bless America", du genre " peuple elu " ou autre " terre promise".
Le pariotisme internationaliste n'est pas une utopie. Il a existe reellement. Ce furent 15 republiques de langues differentes, de races differentes, de cultures et coutumes differentes, mais unies en une Union des Republiques Socialistes Sovietiques. Chacune de ces republiques fut profondement patriotique et aima sa langue, traditions et culture, mais jamais ne se pretendit superieure a l'une de ses soeurs. Et en parallele avec le patriotisme de chaque republique se forgea un patriotisme sovietique commun a toutes.

Et bien si par bonheur la France de debarasse un jour du capitalisme et devient socialiste, et que d'autres pays d'Europe en fassent autant, pourquoi ne pourront-ils pas former une Union des Republiques Socialistes d'Europe, alliant ainsi le patriotisme a l'internationalisme?