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Réveil Communiste

Le couteau dans l'eau des féministes

25 Novembre 2020 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Positions, #Ce que dit la presse, #GQ, #Qu'est-ce que la "gauche"

 

Vue du film "le couteau dans l'eau" (1962)

 

Note de juillet 2020 : Le mouvement féministe qui a mené cet hiver la campagne anti-Polanski, encouragé dans cette voie par les nouveaux Tartuffe, qu'ils soient de LREM du NPA ou d'ailleurs, s'étrangle de rage et d'indignation en prenant connaissance du nouveau gouvernement de Macron. Cela n'est pourtant pas surprenant, et c'est le moment de remettre en ligne ce texte :

 

Polanski et les séparatistes

 

L’académie des « Césars » n’est pas un tribunal, même moral, et les distinctions artistiques qu’elle a accordé à Polanski sont sans doute parfaitement justifiées, de son point de vue. C’est à n’en pas douter, un excellent cinéaste.

 

On pourrait simplement à ce titre lui reprocher d’avoir craché dans la soupe en déguerpissant de la Pologne socialiste à la première occasion, elle qui avait offert à cet orphelin de la Shoah la possibilité de devenir le créateur qu’il est.

 

Aujourd’hui, Roman Polanski est devenu à son grand dam le symbole français du machisme dans le cinéma et des violences faites aux femmes dans la société en général. L’attribution de la distinction de meilleur réalisateur fait donc scandale, dans le contexte marqué par l’action du mouvement féministe « Me Too » et de la campagne de dénonciation des abus présumés qui ont perturbé les carrières de femmes des médias ou du spectacle, qui pour le reste de leur biographie font plutôt envie que pitié.

 

Polanski est-il un bon choix de bouc émissaire ? Son œuvre, en tout cas par son contenu n’a rien de sexiste ou de douteux sur le plan sexuel, contrairement à celle de Matzneff qui a fait les frais de l’actualité il y a quelques semaines (ou de Nabokov, si on veut aller jusqu'au bout pour déboulonner les grands mythes littéraires). Dans le duel à distance qui l’oppose à Adèle Haenel, il est substitué à un autre cinéaste présumé violeur, moins connu, pour les besoins de l’efficacité.

 

Polanski a un dossier : son affaire de viol sur mineure américaine de 1977 dont il a fuit en France les conséquences pénales, et des accusations plus récentes sur des faits anciens, activement sollicitées, qui évidemment n’ont pas pu être prouvées. En ce sens il peut être sélectionné comme exemple, dans une stratégie politique d’intimidation des violeurs, dans l’industrie du cinéma, et le reste de la société. C’est effectivement ce qui se passe, c'est une tentative assez trouble d'instaurer un rapport de force, d'utiliser des mauvais procédés pour la bonne cause.

 

Cela n’a rien à voir avec la justice. Ce n'est pas forcément la question d'ailleurs. On ne va donc pas s’en occuper, sauf pour remarquer en passant qu'on ne peut faire aucune confiance a priori au système judiciaire américain qui est en-dessous de toutes les normes. Certains peuvent même être tenté de défendre Polanski pour la seule raison que son cas est devenu une sorte de test de la puissance extraterritoriale des juges corrompus et des tribunaux abusifs de l'Empire américain. Mais ce ne sera pas notre cas.

 

La vraie question qui nous occupe c’est : est-ce une bonne stratégie, est-ce que cela va contribuer à améliorer la condition générale des femmes confrontées à la violence quotidienne ? Il est possible en effet qu’à l’instar d’autres affaires où des violeurs sont rattrapés par leur passé très longtemps après les faits, cela installe dans l’esprit d’éventuels prédateurs une forme d’inhibition.


Mais il est bien plus probable, aussi, comme l’a fait le code d’autocensure Hayes à Hollywood à partir de 1934, que cela ne fasse que renforcer l’hypocrisie ambiante et la dissimulation, car le fond du problème qui est la misère sexuelle de part et d’autre n’est même pas abordé. Il est certain aussi que cela ne facilite pas les relations ordinaires hommes-femmes, mêmes si les premiers essayent de s’en sortir en rasant les murs.

 

Le fait est que le désir sexuel des hommes et des femmes est archaïque. Les hommes désirent la possession des femmes pour se pavaner devant d'autres hommes, et les femmes recherchent inlassablement un improbable protecteur respectueux. Le désir n’est pas libre, et n’est pas libérateur, et le principal dans le désir sexuel ou dans tout autre désir, est de s’intégrer à un conformisme, même si ce conformisme peut être celui d’une minorité en chambre d'écho (qui dans ce cas a tendance à revendiquer une forme de privilège sur la majorité des hommes sans qualités, tout à fait méprisés).

 

D’une manière plus générale, la démarche de ce courant féministe qui fait l’actualité semble se déployer vers une remise en cause à grande échelle de la substance profonde des relations entre les sexes, et plus particulièrement du désir masculin. Ce qui en soi serait une démarche bien fondée, car il comporte une incontestable composante agressive.

 

Mais ce mouvement a commandé une enquête d’opinion (il a pu se la payer ce qui montre qu’il s’agit d’un mouvement prospère par d’importants appuis financiers et institutionnels) selon laquelle environ 90 % des femmes auraient vécu dans leur vie un viol, ou un acte sexuel non consenti, ce qui est la même chose. On y retrouve là une expression du féminisme radical pour lequel, « toutes les femmes ont été violées ». Ce qui n’est pas très loin de dire que tous les hommes sont des violeurs.

 

Voilà qui ressemble beaucoup à la théorie de la "banalité du mal" de Hannah Arendt, qui généralise à tous les Allemands la culpabilité dans le crime génocidaire pour au bout du compte dédouaner les nazis.

 

Bref, l'ennemi, ce n'est pas le capital, c'est le genre masculin. Nous avons affaire à un cas typique de séparatisme communautariste, où une minorité cherche par un discours victimaire à se sanctuariser (à se mettre au-dessus de toute critique), à délégitimer la parole du groupe adverse et dont les représentants autoproclamés cherchent à obtenir les divers privilèges liés à l’accès aux médias et au soutien de ministres peu respectables par ailleurs.

 

L’utilisation du scandale sexuel « pour la bonne cause » est infiniment dangereux, si l’on veut bien remarquer que c’est souvent par ce biais que l’on tente de mettre hors jeu en les discréditant les adversaires du pouvoir (voir Julian Assange), d’autant plus qu’il n’est pas du tout nécessaire d’aboutir à une condamnation judiciaire pour arriver à ses fins, le lynchage médiatique y suffira bien.

 

Ce type de discours moralisateur, quelques soient les bonnes intentions de ses promoteurs, aboutit à diviser profondément les gens, et à atomiser le prolétariat en groupes mutuellement hostiles ; prolétariat qui est de nos jours au moins majoritairement constitué de femmes. La condition des prolétaires relevant d'un groupe opprimé est liée aux succès de la lutte commune avec tous les autres prolétaires, avec lesquels l’unité est primordiale. Les divers groupes petits-bourgeois séparatistes (pas exclusivement mais très souvent marqués d’extrême-gauche) les conduisent à la défaite en conduisant leurs chefs à la célébrité.


Un mouvement dont la tactique cherche à obtenir des succès d’opinion en culpabilisant le sexe masculin en bloc est un mouvement fondamentalement opposé à l’émancipation collective du genre humain. Par rapport à ses objectifs pratiques, en tout cas à ses objectifs explicites de faire reculer la violence sexiste, il est voué à l’échec.

GQ, 4-8 mars 2020

 

PS : il ne faut pas déduire de cet article que je défende l'immunité des membres des professions artistiques. Ils doivent répondre de leurs actes comme tous les autres, devant la collectivité qui les entretient.

 

PPS : Certaines figures du féminisme radical inspirent le respect mais ce courant est engagé dans une impasse politique dans la mesure où il ne critique pas vraiment la structure de classe et les conditions sociales concrètes qui produisent la violence sociale, et notamment la violence contre les femmes. Or l'indubitable progrès de la condition féminine depuis 1848 est dû à l'accès massif des femmes à la condition de travailleur salarié. Le patriarcat est mort, et c'est le capitalisme qui l'a tué.

 

La violence contre les femmes qui se déchaîne dans le monde (notamment en Amérique latine) survient après deux générations d'émancipation relative et de lois prétendant instituer l'égalité entre les sexes, mais sans remise en cause de la structure de classe.

 

Si on veut concrètement faire reculer le viol, il faut s'attaquer non à Polanski mais aux groupes des médias financés par la publicité qui ne peut pas faire vendre un savon ou un pot de yaourt sans y associer l'image prostituée d'une femme (ou d'un enfant). Au lieu d'en faire la critique, on s'appuie pour mener des campagnes de lynchage moral sur ces mêmes médias proxénètes et maccarthystes, sans se poser de questions !

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