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Réveil Communiste

Visite à Georges Ibrahim Abdallah, le plus ancien prisonnier politique de France

25 Septembre 2018 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #lutte contre l'impérialisme, #Répression

 

 

Etre un homme

 

Sur le dernier tronçon du chemin qui conduit jusqu’à lui, si la saison le permet, les rosiers trouent de leur vivacité les haies de buis et de troène. Des hortensias étalent avec prodigalité des tonalités indécises, des camaïeux de rose pâle au bleu lavande enchantent le marcheur. Des tournesols, placés en bordure de jardins ouvriers, quand ils ne sont pas déjà dégarnis et réformés pour vigueur passée,  pointent leur jaune insolent vers un ciel indolent. Leur or refuse de rouiller,  déchire le silence de ce morceau de nature domestiquée qui va entrer en somnolence dans un nouvel automne.

Une très légère brise les fait se dodeliner et caresse les joues de celui qui hâte maintenant son pas.

Une frontière est nettement dessinée.

Le métal rutile sous des rayons encore drus.

Plusieurs haltes sont nécessaires pour franchir la multiplicité de la limitation entre le dehors et le dedans, comme autant de couches superposées qui figurent la membrane d’une cellule eucaryote. L’admission exige que soit déposé dès le filtre premier le morceau de plastique qui témoigne de l’identité ce dont on s’acquitte avec bonhomie au terme d’un long voyage.

 

L’accès est obtenu.

Il débouche sur un espace divisé en petites unités, garnies chacune de chaises de jardin moulées dans une mauvaise résine blanche deux ou trois autour d’une table minuscule.

Les salutations un peu embrouillées par des émotions diverses et intenses faites, l’entretien débute.

Les échanges sont rapides, les questions enveloppent le visiteur et développent les actualités, le temps semble compté. Affable, délicat, enjoué avec une pointe d’humour qui déborde quand il dresse pour son usage le portrait de son visiteur par touches successives. Il ne se défait à aucun moment de l’attention qu’il lui porte.

Une grande force spirituelle imprègne le moment.

L’atmosphère est imbibée d’une bienveillance tranquille, apaisée.

Un optimisme raisonnable est le germe de cette foi dans un avenir meilleur pour l’homme, dans un monde débarrassé de l’oppression et des sociétés solidement construites sur la justice. Le délitement saugrenu de toutes les formes d’organisations sociales doit conduire à la concrétisation de cette idée si simple à réaliser. Les replâtrages et les mensonges qui semblent verrouiller toute pensée et toute action sont d’une fragilité de plus en plus manifeste.

 

Parce qu’on aurait voulu qu’ils ne fussent pas, interrompant à l’emporte-pièce la discussion de plus en plus précise, les adieux sont maladroits et vite escamotés de la mémoire. Longtemps un apaisement indicible habite le visiteur après que le visité ne l’ait quitté, effet de l’énergie morale irradiée et emmagasinée précieusement comme viatique pour le chemin du retour.

Les larmes viennent longtemps, abondantes,  nourries de l’impuissance  individuelle et collective à libérer le plus vieux prisonnier politique de France.

Georges Ibrahim Abdallah, écrou numéro 2388/A221, centre pénitencier de Lannemezan, 65307 entamera sa trente cinquième année de prison en octobre 2018.

Il est l’un de ceux qui demeurent d’une fidélité inflexible à leurs motivations politiques d’indépendance de tous les pays assujettis à l’impérialisme et à l’idéal communiste de justice sociale et d’émancipation de tous les hommes. Toutes ces années d’incarcération n’ont en rien atténué sa flamme et son désir que son idéal s’atteigne un jour. Au contraire, elles les ont concentrés, faisant de lui, détenu depuis des décennies, l’Homme, rare, le plus libre et le plus hautement moral qui soit.

 

Badia Benjelloun

11 septembre 2018.

 

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