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Réveil Communiste

Hommage à Thomas Sankara, par Djordje Kuzmanovic

15 Octobre 2017 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Afrique, #lutte contre l'impérialisme, #Front historique

 
 

 

 

Magnifique hommage à Thomas Sankara signé Djordje Kuzmanovic en charge des questions Internationales et de défense de la France insoumise .


"Il y a 30 ans exactement, Thomas Sankara, un des plus grands leaders du 20ème siècle, était assassiné avec douze de ses conseillers à la présidence par l'impérialisme et l'oligarchie pour avoir dirigé la révolution burkinabée et avoir eu l'outrecuidance de vouloir faire de son pays "la patrie des hommes intègres" - c'est à dire libérée du capitalisme prédateur et du néocolonialisme, crime impardonnable pour les chancelleries françaises et étasuniennes qui le condamneront à mort et feront exécuter la sentence par leur homme de main local, le bourreau Blaise Compaoré.
Avant que de mourir, Thomas Sankara, figure du grandiose mouvement des non alignés, a été président du Burkina Faso de 1983 à 1987. Une courte période, mais suffisante pour mener des politiques audacieuses et révolutionnaires qui continuent à inspirer aujourd'hui les révoltés du monde entier face à l'ordre néolibéral :
- Souveraineté nationale qui passe par l'apprentissage de l'amour de La Patrie ("La patrie ou la mort, nous vaincrons") pour assurer le développement du pays et son autonomie plutôt que de subir le néocolonialisme prédateur (que Blaise Compaoré s'empressera de remettre en place lui assurant près de 30 années au pouvoir). Il mènera une radicale campagne de nationalisation en particulier des ressources naturelles du pays pour les mettre sous le contrôle du peuple, au service du peuple, ce qui le posait de facto en ennemi de la France-Afrique.
Symboliquement il avait rebaptisé son pays le Burkina Faso en lieu et place de l'ancien et colonial Haute Volta.
- Lutte radicale contre la corruption. Il avait voulu faire du Burkina Faso "le pays des hommes intègres", et d'abord en donnant l'exemple en devenant le premier - et seul à ce jour - président d'Afrique à vendre les luxueuses voitures de fonctions de l'État pour rouler en R5.
- Combat pour l'émancipation réelle
des femmes (quelques citations sur ce thème : "La libération de la femme : une exigence du futur !" / "Un homme, si opprimé soit-il, trouve un être à opprimer : sa femme !" / "La vraie émancipation de la femme, c’est celle qui responsabilise la femme !")
- Campagne massive d'alphabétisation.
- Campagne d'accès aux soins en particulier par la vaccination.
- Mise en place de mesure éco-socialistes avant l'heure en prônant la plantation d'arbres pour lutter contre la désertification.
- Démocratisation de la société en donnant la parole au peuple. Il de facto une des figures tutélaires du populisme de gauche et il aura inspiré jusqu'à la constitution vénézuélienne, mise en place par Hugo Chavez, en développant le concept de démocratie participative en lieu et place de la très bourgeoise démocratie représentative. Pour y parvenir il créera les CDR (comités de défense de la révolution), groupes locaux où chacun peut participer dans le but de régler les problèmes locaux concrets tout en menant une réflexion politique globale. Pour Thomas Sankara la révolution c'était l'appropriation concrète de la chose politique par le peuple - par la praxis et la réflexion.
- On peut réécouter ici le discours historique de Thomas Sankara à la tribune de l'Assemblée Générale des Nations Unies le 4 octobre 1984, à peine 3 ans avant son assassinat, où il y défendait le droit des peuples à manger à leur faim, boire à leur soif, et à être éduqués, base dans lesquelles les droits de l'Homme et la démocratie ne sont que formels :
https://youtu.be/Mv5TPUL1NcU
- Thomas Sankara s'est aussi, et peut-être surtout, illustré par sa compréhension du fonctionnement des dettes souveraines et son combat radical contre ces dernières. C'est ce combat, encore plus que les autres, qui lui vaudra sa condamnation à mort tant la dette est l'instrument d'asservissement des peuples. On s'en rend bien compte aujourd'hui y compris en France et dans toute l'Europe, où l'argument de la dette (provoquée par les politiques néolibérales, la mise sous tutelle des banques centrales, les traités de "libre-échange", les politiques d'austérité et de réajustements structurels) est utilisé pour justifier l'exploitation du travail humain et la destruction de l'Etat providence - d'ailleurs et à ce titre, la Grèce est littéralement en voie d'africanisation néo-coloniale de son économie.
Quelques citations : "Ceux qui nous ont prêté de l’argent, ce sont eux qui nous ont colonisés" / "Nous sommes étrangers à la dette, nous ne pouvons donc la payer !" / "La dette ne peut pas être remboursé parce que d’abord si nous ne payons pas, les bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, c’est nous qui allons mourir. Soyons-en sûrs également".
Son discours contre la dette prononcé le 29 juillet 1987 lors du sommet de l'OUA à Addis Abeba est à ce titre remarquable et toujours d'actualité, où il explique qu'il faut rejetter le fardeau de la dette car il pèse de manière définitive sur les pays en voie de développement. Ce discours a fortement influencé tous ceux qui combattent les dettes souveraines indignes, de l'Argentine de Christina Kirchner, qui a proposé une résolution à l'ONU pour réguler les dettes souveraines et en faire un instrument au service des peuples et non de la finance, à Zoé Konstantopoulou qui continue son nécessaire combat pour un audit sur la dette souveraine grecque, en passant par l'excellent Comité pour l'abolition des dettes illégitimes (CADTM) pour lequel Thomas Sankara est une figure tutélaire, et jusqu'à bien entendu la France Insoumise qui en fait un élément central se son combat.
Moins de trois mois après ce discours il est renversé par le criminel Blaise Compaoré ; la relation entre ces deux événements ne doit pas être fortuites.
https://youtu.be/e8PCuwBnhtk
Pour ceux qui le souhaitent, il peuvent signer la pétition pour la levée du secret défense et l'ouverture d'une enquête parlementaire du parlement français sur les conditions de l'assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnon qu'on peut trouver ici :
http://thomassankara.net/
Pour rappel En 2006, le Comité des droits de l'Homme des Nations unies a condamné l'absence de tout procès ou de toute enquête de la part du gouvernement burkinabè. Cette décision symbolique constitue une première mondiale dans la lutte contre l'impunité et on peut l'appliquer à la France.
Ce serait l'orgueil et l'honneur de la France Insoumise si ses députés réclamaient une enquête parlementaire sur les conditions de la mort de Thomas Sankara et sur l'implication de la France dans cette sinistre affaire.
Comme le disait Thomas Sankara : « Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple ! ».
Bravo capitaine Sankara ! C'était une belle vie de révolutionnaire et d'homme.
Force et Honneur !

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