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Réveil Communiste

"Un homme est mort sur la route"

15 Juillet 2017 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique, #Théorie immédiate, #GQ

"Un homme est mort sur la route" est le récit d'un fait. Un fait divers.

Un fait divers devient un fait historique quand par exemple : l'homme qui est mort était important, c'était un roi, un martyr ou un rebelle ; ou sa mort constitue un scandale particulier par ses circonstances ; ou sa mort nous parait particulièrement injuste ; ou ce fait est représentatif de faits semblables et innombrables qui ne doivent pas continuer ; ou ce fait va déclencher, ou va servir de prétexte au déclenchement d'autres faits qui seront d'emblée situés par leurs acteurs au rang historique. Etc.

Mais l'homme n'est pas mort dans l'histoire même , mais sur la route, et c'est la réaction sociale au fait divers qui le place dans l'histoire ... ou non.

L'histoire est donc un récit social qui s'appuie sur les faits, qui constitue leur vérité historique en les extrayant de la chronique infinie des faits divers, ou au contraire les y laisse à la mémoire puis à l'oubli.

Mais aussi, se souvenir que Kojève, le philosophe hégélien libéral avait dit : "en mai 1968? il ne s'est rien passé, il n'y a pas eu de morts" (mais pourtant si, deux ouvriers de Sochaux, un étudiant maoïste à Flin ...)

Comme Marx l'annonce dès la première ligne du Manifeste, toute l'histoire est celle de la lutte des classes. Il y a beaucoup de faits, et de faits importants qui ne relèvent pas de la lutte des classes, mais ils ne seront pas alors des faits historiques.

Le processus d'extraction, de sélection et d'édition des faits est étroitement lié à la lutte des classes, mais de manière confuse, obscure, déformée dans le domaine de l'idéologie. Nous, intellectuels révolutionnaires, notre devoir est de tout faire pour rétablir cette liaison dans la conscience.

Ce processus est réversible : princes, martyrs, rebelles, écrivent leurs noms sur le sable. Le but de l'historiographie bourgeoise est de faire de l'histoire de la révolution prolétarienne, de celle de l'Union Soviétique, de simples faits divers.

Parfois on veut objectiver le caractère historique des faits par leur ordre de grandeur, par le nombre : un million d'hommes sont morts sur la route (en Arménie, en 1915). Mais même dans ce cas il y a eu un choix. Les Arméniens n'ont été extraits que tardivement de la catégorie du fait de hasard ou d'infortune.

Incidemment, la phrase attribuée à Staline, "la mort d'un homme est une tragédie, celle d'un million d'hommes n'est qu'une statistique", est apocryphe.

Les terroristes cherchent à s'objectiver par la cruauté et le nombre de leurs victimes. Mais ni eux-même ni leur victimes n'entrent réellement dans l'histoire. Le Onze Septembre est un fait divers qui n'entre dans l'histoire que par le biais de son utilisation par la propagande guerre américaine.

L'écriture de l'histoire (et sa représentation par des images) a toujours été un enjeu de l'histoire elle même, et elle est devenue de nos jours un de ses principaux champs d'affrontement, puisqu'il n'est plus réellement possible à cause de l'arme nucléaire d'aller à l'affrontement ultime sur le champ de bataille.

L'histoire écrite par la bourgeoisie est science sans conscience. C'est une apparence d'histoire et histoire de l'apparence. Ça tourne en rond. Les marxistes le savent. Mais ce qu'ils ne savent pas toujours, c'est qu'ils sont devenus du même coup les seuls dépositaires de la conscience, les seuls qui restent, et c'est un fardeau imprévu pour les matérialistes qu'ils sont.

La dernière adresse connue de cette marcheuse était à Moscou, au milieu du siècle dernier, et depuis, on la recherche activement.

GQ, 1er février 2017

 

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