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Réveil Communiste

Charles Hainchelin, "Les origines de la religion", et biographie

17 Novembre 2016 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique, #Théorie immédiate

CHARLES HAINCHELIN "LES ORIGINES DE LA RELIGION" (1935)

(vu sur Histoire Populaire, groupe FB)

Charles Hainchelin fut un historien et résistant communiste, tué en 1944 par les fascistes dans les combats pour la libération de Thiers. Il publia en 1935 « LES ORIGINES DE LA RELIGION ». Le livre réédité en 1955 inclus une critique de l’Académie des Sciences de l’URSS. Il reste un ouvrage majeur dans la compréhension matérialiste de la religion.

« Quelle est l’essence de la religion ? Comment naquit-elle dans la société primitive ? Quel fut son développement au sein des diverses sociétés divisées en classes ?
Seul le marxisme – le matérialisme dialectique – parce qu’il résout scientifiquement le rapport de l’être à la pensée, parce qu’au rebours d’un dogme il ne couche pas les phénomènes dans un lit de Procuste, mais, au contraire, s’enrichit journellement des conquêtes de la pratique sociale en tous les domaines, permet de donner à ces questions, d’ailleurs intimement liées entre elles – origine et évolution – une réponse juste, alors que les théories bourgeoises ou révisionnistes tendent à nier, à voiler le caractère essentiel des religions actuelles comme à donner de la religion primitive et de ses origines une explication fausse.

Trop souvent, pour donner une définition de la religion, certains se bornent à dire que, comme l’art et la philosophie, elle fait partie de cette superstructure idéologique qui s’élève au-dessus de la base économique et que détermine cette base elle-même. Une telle définition est exacte, mais trop générale.

L’idéologie d’une classe dominante – et c’est l’idéologie qui domine – nie qu’elle ait son origine dans les rapports sociaux réels ; elle oublie ou même ignore ses propres conditions et elle se présente comme un domaine autonome : le royaume des idées, qui plane au-dessus du royaume terrestre, qu’il voile de son ombre, et toute philosophie idéaliste, toute religion renforce encore cette illusion, ce mensonge, vital pour la classe exploiteuse qui n’hésite d’ailleurs pas à recourir à l’imposture, à la déformation historique pour le renforcer. »

« Si le despotisme et l’organisation politique correspondante exercèrent une influence indéniable dans l’élaboration du monothéisme, le rôle décisif fut certainement joué par la formation croissante du marché, avec ses lois au caractère fatal, inéluctable, qui domine l’homme, avec sa force aveugle, dépourvu de tout caractère physique. La production des marchandises domine la société qui la engendrée et se reflète peu à peu dans la croyance en un dieu, abstrait, impersonnel, tout puissant, cependant que, pour masquer l’inégalité sociale, le caractère d’exploitation de classe qui marque la société antique, féodale ou capitaliste, se développe le dogme de l’égalité illusoire de tous les hommes devant Dieu, devant le seigneur. »

 
 
HAINCHELIN Charles, Lucien. Pseudonymes : ACHELIN C., HENRY Lucien, CHASSAGNE Henri, AGNON C., LOTHRINGER, KO-KO-RIOU-KAI, PETITHENRY, MÉTENIER)

Né le 2 août 1901 à Reims (Marne), mort le 26 août 1944 à Thiers (Puy-de-Dôme), lors des combats pour la libération de la ville ; professeur d’histoire et historien ; membre du Parti communiste.
Le père de Charles Hainchelin, Lucien Basile Alexandre Hainchelin, était instituteur à Branscourt dans le canton de Ville-en-Tardenois (Marne) et syndicaliste ardent. Sa mère était née Anne Marie Charlotte Mary. La guerre de 1914 éprouva durement la famille Hainchelin : le père fut mortellement blessé devant Verdun en 1916, et la jeune sœur de Charles fut brûlée vive accidentellement dans la maison où sa mère s’était réfugiée ; les biens de la famille Hainchelin furent détruits. Charles fut adopté par la Nation en octobre 1918.
En juillet 1917, Charles Hainchelin fut admis à l’École normale d’instituteurs de la Marne alors repliée à Orléans puis à Versailles et enfin à Châlons et fit ses études dans des conditions difficiles. « En octobre 1920 — écrit son ami Georges Sadoul* — quand il rejoint son premier poste d’instituteur dans une école primaire de Reims, ce jeune homme de dix-neuf ans, que sa mauvaise santé dispensera du service militaire, a déjà acquis, par les dures expériences de la vie, les convictions pour lesquelles il mourra, vingt-cinq ans plus tard, et il hait profondément la guerre et l’oppression ». Fin 1919, Charles Hainchelin adhéra au comité pour la IIIe Internationale et fut, dès le lendemain de la scission de Tours, membre du Parti communiste. Jeune instituteur à Reims (Marne), puis à Albert (Somme), il fut un militant communiste convaincu. Il se maria en août 1926 à reims avec Marthe Prulhière.
Au moment de l’occupation de la Ruhr, Charles Hainchelin, qui parlait couramment allemand, passa la frontière pour transporter tracts et brochures. Sa santé ayant été ébranlée par la guerre, les conditions difficiles qu’il avait connues, il tomba gravement malade en 1923 ; guéri de la tuberculose, il se maria en 1926. Licencié d’histoire, il fut nommé, en 1926, professeur à l’école primaire supérieure de Nancy. Il passa quatorze ans en Lorraine, se consacrant, outre son enseignement, à l’étude du marxisme et aux travaux historiques. Il réunit une importante bibliothèque marxiste et entra en correspondance avec de nombreux intellectuels. Il devint le correspondant de l’Institut Marx-Engels de Moscou, dirigé par Riazanov. D’après A. Thirion, Hainchelin avait formé, en 1929, un projet de revue d’études marxistes, sur les positions de l’Institut. Depuis 1921, il était collaborateur régulier de La Vie Ouvrière ; il y avait fondé la rubrique économique qu’il signait C. Achelin ; G. Politzer lui succéda. Il écrivait aussi dans Clarté, L’École Émancipée, L’Enchaîné du Nord, La Voix de l’Est, La Revue syndicale de documentation économique, Monde, l’Université syndicaliste.
C’est à la fin de 1930 que Charles Hainchelin et Georges Sadoul* firent connaissance à Nancy ; leur première rencontre fut le début d’une longue amitié : « Hainchelin contribua à dissiper en moi le désarroi surréaliste et à précipiter l’indispensable rupture du groupe de nos amis avec André Breton*. En même temps, il me guidait, de tout son savoir, dans les classiques du marxisme ».
Dans les années 1930, Charles Hainchelin écrivit dans Commune (où il signait H. Chassagne), dans Regards (dont il fut un collaborateur régulier en 1937-1938), dans L’Internationale de l’Enseignement, et Les Volontaires. Citons les articles philosophiques qu’il écrivit dans Commune (sur le néohégélianisme en Allemagne qui reprenaient les critiques des marxistes orthodoxes contre Hegel), la série d’articles intitulés « Sur quelques thèmes de l’idéologie fasciste » (mars-avril 1934).
Après 1932, Charles Hainchelin s’intéressa à l’application du marxisme à la question religieuse. Il devint un collaborateur assidu du mensuel La Lutte, organe des libres-penseurs prolétariens qui était alors rédigé par Aragon, G. Sadoul et J. Baby ; il y publia des articles sur l’origine des fêtes chrétiennes. En 1934, il publia son premier livre, Les Origines de la religion, sous le pseudonyme de Lucien Henry. Il signa du même pseudonyme une anthologie de Marx et Engels « Sur la Religion » dans la collection « Les grands textes du marxisme » ; il avait traduit lui-même une partie des textes en français.
Charles Hainchelin projetait d’écrire de nombreux ouvrages historiques. L’actualité le poussa à écrire un livre sur le Japon qui fut publié en 1938 sous le pseudonyme de Chassagne. À la veille de la guerre, il avait terminé un Clausewitz témoignant de son intérêt pour les questions militaires, mais le manuscrit fut perdu pendant la guerre (il avait déjà publié les notes de Lénine sur Clausewitz dans le premier numéro de Commune, en juillet 1933). Il avait entrepris une vaste Histoire de la contre-révolution française ; le premier volume fut son Coblence qui parut au début de 1939. Il terminait la seconde partie de cette histoire avec un Quiberon (qu’il envisageait de faire suivre d’un Iéna) lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata.
Après la dissolution du Parti communiste, Charles Hainchelin recommença à militer illégalement. Le 15 avril 1940, il fut mobilisé, incorporé aux tirailleurs marocains à Bourg, puis détaché le 20 mai 1940 au contrôle postal à Annecy. Démobilisé le 17 juillet 1940, il rejoignit sa femme en Auvergne, à La Chapelle Agnon. Fin décembre 1940, Charles Hainchelin et sa femme furent nommés professeurs à l’École nationale professionnelle de Thiers ; Charles Hainchelin y enseigna l’histoire et la géographie pendant quatre ans. Il poursuivit les travaux qu’il avait entrepris à la veille de la Seconde Guerre mondiale, tout en militant dans la Résistance, dans les comités nationaux d’intellectuels (Les Étoiles) et dans l’organisation militaire des Francs-Tireurs et partisans (à partir de fin 1942). G. Sadoul, qui le rencontra à Thiers pendant cette période, lui proposa d’écrire un ouvrage sur la lutte des partisans en France depuis cent cinquante ans, destiné à la publication illégale par les soins de la Bibliothèque française. Ce fut les Francs-Tireurs dans l’histoire de France qui parut finalement après la mort de Charles Hainchelin, en 1945, avec une préface de G. Sadoul retraçant la vie et l’engagement de son ami.
Lors des combats pour la libération de Thiers en août 1944, Charles Hainchelin commandait le groupe de Francs-Tireurs et Partisans de Thiers ; lors du siège de l’Hôtel-de-Ville, alors que les Allemands se rendaient, Charles Hainchelin qui s’avançait pour parlementer fut atteint par les rafales de mitrailleuses tirées par les miliciens. Il mourut à l’hôpital le lendemain. Il fut reconnu "Mort pour la France".

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