Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Réveil Communiste

Jorge Amado (1912-2001) écrivain majeur, brésilien, communiste

6 Août 2016 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Art et culture révolutionnaires, #Front historique, #Brésil

Jorge Amado (1912-2001) écrivain majeur, brésilien, communiste

Signalé par Pascal Bavencove

Disparition de Jorge Amado le 6 août 2001

Pour le centenaire de l’écrivain, né en 1912, le Parlement brésilien lui a rendu un hommage solennel, à Bahia, à travers des expositions, rétrospectives et débats. L'Humanité lui consacra cet article le 16 août 2012 :


« Jorge Amado, l’aimé du peuple »


Exotisme, dépaysement, sensualité : ces sentences collent à la peau de Jorge Amado, Jorge « l’Aimé », comme les truismes à la littérature de confort. Mais il convient de faire un pas de côté. L’exotisme a à voir avec l’esclavage ; le dépaysement déroute, désoriente celui qui est étranger ; la sensualité renvoie aux plaisirs des sens. À chaque fois, il s’agit de peaux. Les peaux métissées, celles qui ont été croisées, avec ou sans consentement ; les peaux qui se touchent, se déguisent, exultent le temps du carnaval. Né en 1912, Jorge Amado publie à dix-neuf ans son premier roman le Pays du carnaval. Un an plus tard, le coup de maître, Cacao, comme une salve qu’on ne peut retenir, où il raconte la vie des ouvriers des plantations de cacao, la misère, l’exploitation de l’homme par l’homme, les coups, ses souvenirs de Ferradas où il est né dans le sud de Bahia. « Quand j’étais jeune, je travaillais la nuit, je passais toute la nuit à écrire. J’écrivais vite. La conception même du roman n’a pas varié : c’est un processus d’élaboration qui se déroule dans ma tête, durant très longtemps. » Il y a encore la peau marquée par la torture. Militant communiste sous la dictature de Getulio Vargas, alors qu’il est docteur en droit, l’écrivain est incarcéré en 1936 puis en 1937 avant de s’exiler en Argentine et en Uruguay en 1941 et 1942. Avec Mar morto en 1937, il reçoit le prix Graça Aranha, le Goncourt brésilien. 1948, le Parti communiste brésilien interdit d’existence, Jorge Amado voyage à Paris, il y rencontre Picasso, Aragon, se rend en Tchécoslovaquie et en URSS, qui vont lui inspirer les Souterrains de la liberté. Et dès 1956, rentré au Brésil, il se consacre entièrement à l’écriture.
Son pays et son œuvre sont gorgés de la terre du Nordeste, « dans les terreiros de pauvres, le malheur donne à foison, on ne voit pas d’autre plante », écrit-il dans Tereza Batista (1972). Le peuple l’a fait naître et ce même peuple lui fournit son lot d’inspiration et d’illusions. Inégale mais toujours envers ceux qui souffrent, Jorge Amado construit une œuvre dérivée de l’influence du feuilleton, des intrigues populaires teintées d’ésotérisme. Dans Dona Flor et ses deux maris (1966), la macumba et le candomblé, cérémonies héritées des esclaves noirs, animent une histoire de mari vivant et du retour d’un fantôme. En 1974, Georges Raillard analysait, pour Jorge Amado : « Écrire, c’est découvrir les mots de sa propre histoire. Et plus particulièrement, qu’une vie de misère peut s’écrire, qu’il y a place pour elle dans l’Histoire ». Dans la littérature internationale, Tereza Batista est un personnage de femme qui se révèle l’un des plus éprouvants et des plus courageux contre la fatalité. Jorge Amado n’est pas un sociologue, c’est un conteur. Il conte l’injustice, les mauvais comptes du capitalisme, les comptes à rendre à la classe ouvrière.
Sa participation au Parti communiste brésilien et son amitié avec le PCF renvoient à cette adhésion au peuple qu’il n’a, malgré avoir été « un grand écrivain et un gros vendeur dans les années 1930 », selon les termes de son éditeur Thyago Nogueira, jamais trahi. Jorge Amado connut le dépaysement toute sa vie, du déplacement physique à l’imaginaire en action. Comment a-t-il réuni littérature et engagement politique ? En n’étant sous le joug ni de l’un ni de l’autre.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article