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Réveil Communiste

Idéologie et lutte des classes aujourd'hui. Contribution à la discussion

31 Juillet 2016 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate, #GQ, #classe ouvrière

nœud gordien
nœud gordien

Envoyé par l'auteur le 31 juillet 2016,

réaction à question-aux-militants-ouvriers-et-anti-imperialistes

Bonjour Gilles,

Ton intervention rejoint une réflexion critique et autocritique sur la nature de l’Etat et sur la République, autrefois défendue contre les ligues factieuses. La bourgeoisie possède une longue expérience dans l’exercice de sa dictature, mais la notre est par conséquent tout aussi riche.

Depuis qu’elle a pris le pouvoir (et sans doute avant avec les philosophes des lumières) la bourgeoisie s’est affichée comme une classe représentant des intérêts universels.

Elle a aussi présenté son Etat comme un arbitre au-dessus des classes. Simultanément elle a abattu les rapports féodaux, l’esclavage et le servage, parce qu’ils entravaient son propre développement.

Mais très vite la classe ouvrière a compris que l’Etat bourgeois ne lui permettrait pas de sortir de la place qui lui était assignée, asservie au capital et contrainte de l’enrichir jour après jour.

Simultanément le colonialisme a asservi les peuples d’Afrique, d’Asie et du Maghreb.

Les conséquences sont la lutte de classe, la lutte de libération, mais aussi le racisme et le fascisme.

Peut-on dire que ce grand écart est volontaire, calculé ?

Bien entendu il existe des conseils en communication, une presse aux ordres, des journalistes très complaisants, et puis il existe aussi les faits.

D’une part la bourgeoisie est obligée d’afficher la façade que nous voyons pour justifier sa domination, et d’autre part elle est aussi obligée de prendre l’escalier de secours régulièrement et surtout en période de crise. L’exclusion de populations immigrées, la chasse au faciès, la violence contre les manifestants syndicaux, le 49.3 sont des exemples de cette contradiction.

Evidemment Valls s’empresse de rejeter et de dénoncer le racisme et la xénophobie. Ceci ne fait pas disparaître les ghettos, ni la misère, ni le chômage particulièrement accentué chez les immigrés, la délinquance, et en retour la haine contre tout ce qui s’approche de près ou de loin à l’Etat. Haine qui s’accompagne aussi de racisme, de violence aveugle ou de terrorisme, si elle n’est pas canalisée dans un combat de classe révolutionnaire.

Ce sont des contradictions propres au système capitaliste, et comme telles, indépendantes de la volonté de la bourgeoisie pour une large part.

Mais notre point de vue matérialiste dialectique nous invite à distinguer l’aspect principal de ce qui est secondaire. L’aspect qui se développe et celui qui décline. Autrement dit, pour nous communistes, ce ne sont pas les déclarations d’intention qui comptent mais les actes.

Et l’aspect principal c’est la recherche du profit maximum et l’exercice de la dictature de classe. Dans contexte de la lutte concurrentielle acharnée, concurrence décuplée par une crise prolongée comme l’indique l’article de « La voix des travailleurs », très régulièrement le masque tombe et la fascisation devient tangible.

Lorsque nous disons que la bourgeoisie « utilise le racisme et le nationalisme pour diviser les travailleurs », cela n’implique pas forcément un choix prémédité (quoique certaines officines soient à la pointe de ce discours), ni des déclarations officielles transpirant le racisme.

Mais la situation faite aux réfugiés, les quartiers pauvres, l’éducation au rabais, la suppression des éducateurs de rue, des MJC, l’accroissement des disparités sont l’expression d’un racisme de classe, au même titre que le mépris des ouvriers :

Mort d'Adama Traoré : la justice rejette la demande de troisième autopsie

« pas une larme ! »

En fait ce n’est pas nous qui sommes en porte-à-faux, c’est l’idéologie bourgeoise qui est en contradiction avec sa nature de classe. Gilles a entièrement raison de signaler cette grave erreur qui consiste à s’aligner sur les discours humanistes de la classe dominante.

L’écrivain révolutionnaire chinois Lou Sin décrivait une société de mangeur d’hommes. Dans les années qui suivirent mai 68, nous dénoncions les patrons « buveurs de sang. Nous sommes-nous alors laissés emporter par une rhétorique révolutionnaire excessive, ou bien les capitalistes se seraient-ils acheté une conduite depuis ?

Et le malaise dans lequel nous pourrions nous trouver, lorsque des cérémonies savamment orchestrées glorifient le vivre ensemble, se dissipe très vite dès qu’on met en regard les actes, comme le soutien officiel à Israël lors du bombardement de Gaza.

Mais ceci dit, la fascisation n’est pas le fascisme, c’est une sorte de compromis introuvable entre la dictature terroriste ouverte et l’impossible poursuite d’une démocratie parlementaire qui n’a plus aucun fondement. Il faut évidemment utiliser ces contradictions, sans se faire la moindre illusion sur l’opposition parlementaire, et naturellement il n’est pas justifié des passer des accords électoraux avec elle.

Je crois qu’il nous faut approfondir notre connaissance de l’Etat bourgeois à partir des faits et non des slogans, des pseudos principes sur la séparation des pouvoirs, etc.

L’aspect qui se développe n’est pas la démocratie mais la dictature. La tendance à exercer un pouvoir discrétionnaire sans tolérer la moindre opposition ne peut que s’affirmer parce que la situation de l’impérialisme français se détériore. Il nous faut stigmatiser tous les faits qui vont dans ce sens, comme nous le faisons régulièrement. Nous ne pouvons pas tenir le même discours même après un attentat terroriste. Pourquoi le ferions-nous ? L’opposition libérale ne se gêne pas pour faire sa campagne électorale pendant qu’on fleurit les trottoirs. Ce serait un comble si, comme certains éditorialistes de l’Huma, nous faisions l’impasse sur les graines du terrorisme semées au Moyen Orient et au Maghreb et soigneusement entretenues depuis par notre impérialisme.

Xuan

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