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Réveil Communiste

Alvaro Cunhal, disparu le 13 juin 2005

13 Juin 2016 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique

Alvaro Cunhal, disparu le 13 juin 2005

Signalé par Pascal Bavencove, publié par Robert Clément

Document 2010

Les 74 années d'engagement communiste d'Alvaro Cunhal et les 44 années passées à la tête du Parti Communiste Portugais ne peuvent se résumer en une phrase ou en un mot. Le choix de vie de Cunhal fut celui de la résistance.
Résistance au salazarisme, à la dictature la plus réactionnaire de la bourgeoisie, refus de se soumettre au procès, incarcération puis évasions.
Il fut celui de la révolution.
Révolution des œillets, que le secrétaire-général du PCP avait patiemment préparé, tant dans ses lectures en prison que dans son travail d'organisation dans la clandestinité. Révolution national-démocratique comme étape vers la révolution socialiste. Front populaire sous direction communiste.
Son choix fut enfin celui de la fidélité.
Cunhal n'a jamais renié, il a toujours tenu le cap du communisme dans les plus durs moments, a toujours pourfendu les ennemis de la révolution à gauche et même au sein du PCP. Il a refusé les voies sans issue du renoncement, du révisionnisme et du liquidationnisme qui touchait alors tous les partis communistes européens. Par son aura, il a servi de point de repère aux camarades, et évité que le PCP ne se fourvoie.

Alvaro Cunhal est mort il y a 5 ans désormais, le PC Portugais lui rend hommage tout au long de cette année. Ici, un petit rappel biographique, dans les prochaines semaines, nous reviendrons plus en détail notamment sur la conception du parti d'Alvaro Cunhal, fondamental dans un projet de reconstruction des partis communistes en Europe.

Alvaro Cunhal: une vie consacrée aux travailleurs et au peuple - à l'idéal et au projet communistes

Mai 1950

Il y a 60 ans: affrontant les juges fascistes et en passant de l'accusé à l'accusateur, Alvaro Cunhal a été l'acteur d'un des gestes de résistance les plus significatifs au régime salazariste, dans un exemple de détermination, de courage et de confiance en l'avenir et qui, dépassant la période historique dans lequel il s'insère, inspire l'action et l'engagement des communistes dans le présent et dans l'avenir.

Dans une longue intervention – préparée en cellule, dans l'impossibilité totale de communiquer et sans papier pour prendre des notes – Alvaro Cunhal a mis en accusation la nature du régime fasciste; il a mis sur le banc des accusés « les gouvernants de la nation et son chef, Salazar »;énoncé les « conditions fondamentales pour qu'une République démocratique soit viable au Portugal »; justifié et défendu les orientations politiques et les lignes d'action du Parti communiste portugais.
L'adhésion d'Alvaro Cunhal à l'idéal et au projet communiste ne fut pas, seulement, l'adhésion à un projet émancipateur et transformateur: il faut aussi, de façon complémentaire, un choix de vie, concrétisé dans l'abandon total au Parti Communiste Portugais, et sa construction collective dont il fut le plus dévoué des ouvriers.

Personnalité singulière – dans ses dimensions politique, éthique, intellectuelle, artistique, humaine – sa vie et son œuvre forment un tout indissociable.

De l'activité intellectuelle d'Alvaro Cunhal est née – au-delà d'une œuvre artistique significative – une production théorique qui s'est traduit dans un remarquable corps de pensée politique, économique, sociale, culturelle.

Une production théorique complétée et complétant son action pratique d'organisateur et de dirigeant communiste, toujours liée à la vie, à la lutte, aux désirs et aux aspirations des travailleurs et du peuple, qui constitue un élément incontournable pour aborder l'histoire portugaise du XXème siècle et une contribution singulière au développement créatif des idées de Marx, Engels et Lénine.

« Contre tous les démocrates portugais et particulièrement contre nous, communistes, se sont déchaînées de féroces persécutions et d'hystériques campagnes de mensonges et de calomnies. Pour nous donner du baume au coeur, il faut savoir que, en dépit de telles persécutions et de telles campagnes, notre Parti compte sur le soutien actif ou la sympathie des ouvriers, paysans, de tous les travailleurs honnêtes, manuels et intellectuels, de notre jeunesse, des femmes du Portugal, des peuples coloniaux, de tous les intellectuels sincères.

Nous allons être jugés et certainement condamnés. Pour nous donner du baume au coeur, il faut savoir que notre peuple pense que si quelqu'un doit être jugé et condamné pour avoir agi contre les intérêts du peuple et du pays, pour vouloir entraîner le Portugal dans une guerre criminelle, pour avoir utilisé des moyens inconstitutionnels et illégaux, pour avoir employé le terrorisme, cela ne peut être nous, communistes. Notre peuple pense que, si quelqu'un doit être jugé pour de tels crimes, alors que les fascistes s'assoient au banc des accusés, alors que s'assoient au banc des accusés les gouvernants actuels de la nation et son chef, Salazar. »

(extrait de l'intervention d'Álvaro Cunhal devant la cour Plénière, face aux juges fascistes, en mai 1950)

Le constructeur du parti

Les racines de ce moment mémorable devaient se trouver dans les deux décennies d'intense activité révolutionnaire qui, commencée avec l'adhésion d'Alvaro Cunhal au Parti, alors âgé de 17 ans, façonneront le processus de construction du PCP comme parti marxiste-léniniste.

Arrêté une première fois en 1939, il retombe entre les griffes de la police fasciste en 1940. Brutalement torturé, il s'est toujours refusé à de quelconques aveux, la même chose lors de son troisième séjour en prison, en 1949.

Cette fois, au-delà des tortures physiques, il fut soumis à des conditions d'incarcération qu'il a dénoncée au tribunal comme « une nouvelle forme de torture »: l'isolement (qui a duré plus de sept ans, dont les 14 premiers mois sous un régime d'incommunicabilité), à la Prison de Lisbonne, enfermé dans une cellule où la lumière n'était jamais éteinte, mais où jamais il ne voyait non plus le soleil.

Alvaro Cunhal fut un acteur majeur du processus décisif de réorganisation et de construction du Parti mené au cours des années 1940 – dans une action toujours marquée par la préoccupation dominante, tout en s'intégrant dans le collectif du parti, d'apporter sa contribution au chemin complexe, difficile et exaltant qui fut celui de la construction collective du Parti communiste portugais.

Un processus qui, commencé par la Réorganisation de 1940/41 et poursuivi avec la réalisation des IIIème et IVème Congrès (en 1943 et 1946), a créé les conditions pour se défendre face à la surveillance et à la répression fascistes; a construit l'indispensable direction collective; a formé un corps de révolutionnaires professionnels; a défini et construit l'identité du Parti, le travail collectif comme principe fondamental et les principes organiques du centralisme démocratique dans le fonctionnement du parti – procédant à la construction innovatrice du « parti léniniste défini à partir de sa propre expérience ».

Un processus au cours duquel la riche expérience des luttes de la période trouve un débouché, où on procède à une analyse conséquente de la situation politique nationale, on réaffirme la politique d'unité nationale anti fasciste, on pointe le soulèvement national contre la dictature comme la voie pour le renversement du fascisme et pour la défense des intérêts nationaux.

Un processus qui a transformé le PCP en un grand parti national, à l'avant-garde révolutionnaire de la classe ouvrière et des masses, en un grand parti de la résistance et de l'unité anti fascistes.

Et c'est en tant que représentant de ce Parti – force décisive dans la lutte contre la dictature fasciste, pour la démocratie et la liberté – que, en 1947, Alvaro Cunhal voyagera, clandestinement, en Union Soviétique et dans d'autres pays européens, avec comme tâche, qui sera accomplie avec succès, de garder des liens avec le Mouvement communiste international, interrompus depuis 1938.

« Le travail m'a sauvé »

Pendant sa longue période d'emprisonnement, Alvaro Cunhal – tout en faisant de la prison un espace de lutte et en menant un combat permanent pour ses droits en tant que prisonnier politique et contre le régime carcéral inhumain – développe un intense travail créateur couvrant un très large éventail de sujets, exprimant bien sa personnalité intellectuelle singulière.

Dans les brutales conditions d'isolement et de restrictions de toutes sortes imposées par la Prison de Lisbonne – qui visaient à l'abattre physiquement et moralement – il a résisté en travaillant intensément.

Il écrivit alors Luttes de Classes au Portugal à la fin du Moyen - Âge et Contribution pour l'Etude de la question agraire;

Il traduisit le Roi Lear, de Shakespeare;

Il écrivit sur les arts et l'esthétique: Cinq notes sur la forme et le contenu(texte qui sera publié dans la revue Vértice, sous le pseudonyme de Antonio Vale) et, plus tard, la Préface au roman d'Aquilino Ribeiro, Quand hurlent les loups

Il écrivit la fiction littéraire: A demain, camarades et Cinq jours, cinq nuits.

Il produisit également ces dessins de prison.

De façon significative, les personnages des romans et des desseins d'Alvaro Cunhal sont, pour l'essentiel, ses compagnons de lutte, les victimes de l'oppression et de l'exploitation, lui qui fut un des combattants les plus acharnés de leur liquidation.

Et il lut.

Par les rapports des gardes qui le surveillaient 24 heures sur 24, nous savons que, en l'espace d'un mois, dans les jours qui ont précédé son jugement, il a lu : l'Histoire du régime républicain au Portugal; Le Crime du Père Amaro, et Alves et cie, de Eça de Queiros; les Possédés de Dostoievski; Les Âmes mortes de Gogol; le Théâtre de Tchekov; Eusébio Macario, de Camilo Castelo Branco; de nouveau l'Histoire du régime républicain au Portugal et la Sculpture grecque antique.

Et il continuera dans les jours qui suivirent son jugement et sa condamnation: une condamnation de quatre ans et demi ferme de prison avec des mesures de sécurité, renouvelables de six mois en mois pour des périodes de trois ans – artifice hypocrite utilisé par le régime pour prolonger indéfiniment sa détention.

Et il garde, échappant ingénieusement la surveillance des gardes, un contact régulier et réciproque avec la Direction du parti et un lien avec les luttes des travailleurs et du peuple, dont les aspirations et les désirs sont bien exprimés dans son oeuvre littéraire et artistique.

Avec tout cela, en donnant l'exemple supérieur de la pratique à ce qu'il théorisait: « En prison, le communiste continue 'à être actif', il continue à servir sa cause ».

Quand, après son transfert à la Prison du Fort de la péniche (le 27 juillet 1956), José Margo l'interroge sur la manière dont il a résisté à l'isolement, Alvaro Cunhal répond simplement: « Le travail m'a sauvé ».

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