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Réveil Communiste

Socialisme ou pluralisme? (discussion)

21 Septembre 2016 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Europe de l'Est, #Front historique, #Russie, #Chine, #Cuba, #Corée

L'ancien parlement de RDA, détruit par les vainqueurs du moment

L'ancien parlement de RDA, détruit par les vainqueurs du moment

Voici le commentaire publié par "Danrit"sous l'article :

"Pourquoi le socialisme de l'avenir ne sera ni pluraliste ni libertaire"

http://www.reveilcommuniste.fr/2015/09/pourquoi-le-socialisme-de-l-avenir-ne-sera-pas-liberal.html

Le refus du pluralisme est caractéristique d'une erreur fondamentale qu'est la croyance en l'auto-critique. Béquille absurde d'un système incapable de faire face à ses propres limites. Affirmer la finitude possible du conflit social n'a à mon sens pas beaucoup plus de sens. C'est en abolissant la propriété lucrative et en redéfinissant le cadre économique et les interactions entre agents que la révolution a du sens. Et pas en purgeant systématiquement du corps social tout ce qui est arbitrairement jugé anti-révolutionnaire, solution qui prive la société de ses marges et donc de toute possibilité de faire face aux nouvelles contradictions.

Ta vision binaire de la société opposant prolétaire et petit bourgeois ne laisse pas beaucoup de place à la puissance des idées qui pourtant semble t'animer. C'est le travail de tous qui est exploité par un système pourri et le petit bourgeois que tu dénonces avec hargne est souvent lui même un prolétaire au sens strict.

Je ne pense pas qu'une société puisse attendre la "maturation centenaire" d'un système, tu ne peux pas promettre de lendemains qui chantent si pour 100 ans le prix à payer est le totalitarisme. Personne ne peut ou ne devrait accepter cela. Il est impossible de prendre collectivement la décision d'attendre un horizon si lointain sous le joug d'un système répressif. Si un système veut perdurer sans bain de sang et sans aliénation pire que celle de la marchandise ( celle d'un homme ou d'un clan) il doit convaincre et pour cela il faut des améliorations de court terme qui engendrent la révolution à long terme.

Le stakhanovisme est le management d'un système qui se voile la face.

Cependant tu développes un point intéressant sur le complexe messianique du "petit bourgeois" qui croit dans son arrogance folle ( et j'ai bien conscience de ne pas échapper à cette critique) avoir mieux compris le monde que tous les autres. Mais malheureusement je pense que cette conception du monde et de sa personne sont bien plus communes pour n'être le fait que de la mentalité [du] petit bourgeois.

Réponses de GQ :

1) Sur ma vision "binaire", je ne sais pas si elle l'est ni si c'est mauvais de l'être, mais elle ne me parait ni plus ne moins binaire que celle de Marx, et comme elle, elle cherche à dialectiser la lutte. C'est bien sûr une tendance, et pour le moment insuffisante, en sachant que la véritable dialectique consiste en la praxis, l'aller-retour théorico-pratique de la lutte des classes en action.

2) Il n'y a pas de raison de disqualifier l'autocritique, ce n'est rien autre chose qu'une forme exprimant la conscience, et il y a de fausses autocritiques comme de fausses conscience. Même toi mon contradicteur tu le fais ! Comment sans autocritique progresser, se former, avancer, et mettre à distance ses propres surdéterminations?

3) On dirait que si le socialisme a le moindre défaut, ou bien qu'il comporte le moindre risque de mal tourner, il faudrait le rejeter complètement ! Il ne faut pas oublier que les tares, erreurs et crimes attribués au socialisme le sont par ses adversaires, et dans une rhétorique où le socialisme pourrait se trouver sur une autre planète, pour ce qui est du travail de sape contre-révolutionnaire, dont manifestement les gauchistes n'ont jamais entendu parler !

3) Ce qui ne va pas avec le fétiche du pluralisme qui se montre dans ce commentaire, c'est l'idée du "moindre mal" que serait la démocratie libérale par rapport à tout le reste. Or, si on veut des garanties de pouvoir continuer à lire "Le Monde" et voter pour François Hollande, on ne fera pas de révolution, jamais. Tu déclares qu'il y a des aliénations pires que la marchandise, "un homme ou un clan", cela signifie que tu es bien tiède dans ta critique de la marchandise qui a pourtant à peine commencé, je veux dire, concrètement. Un homme, un clan, ça passe, la marchandise reste, et s'étale. Que faire? Rien?

4) Maintenant, "abolir la propriété lucrative", comme tu le dis, ce serait facile et indolore si cette propriété n'avait pas de propriétaires, et la société de transition révolutionnaire ne craignait pas à juste titre leur retour en force, avec l'aide de leurs compères étrangers. La maturation centenaire du socialisme n'est pas à mon sens, rassure-toi, cent ans de dictature de prolétariat ininterrompue, c'est une société socialiste et démocratique, mais une démocratie qui se défend (y compris par sa propre forme d'état d'urgence) contre les tendances au retour au capitalisme qui prennent souvent la forme de l'idéalisation du pluralisme (idéalisation qui n'est qu'une extension de la séduction plus générale par la consommation).

D'ailleurs, cent ans, ça passe vite quand on y pense. Même cent ans de solitude.

En fait le choix n'est pas entre une démocratie libérale un peu injuste mais somme toute parfaitement supportable, et une dictature totalitaire d'autant plus redoutable qu'elle est bien intentionnée, mais entre diverses formes de dictatures plus ou moins tempérées dont une seule, le socialisme, vise à fonder la démocratie. Ou c'est le capital qui nous gouverne, par la voix de plus en plus directe de milliardaires qui ne cachent plus leur jeu, ou c'est le prolétariat, par la voix d'une organisation qui le représente plus ou moins fidèlement. On peut hésiter, les milliardaires sont des êtres humains, malgré tout. On peut même coucher avec. Mais sans un parti dirigeant, le prolétariat est infiniment faible, sans voix, et culturellement dominé.

Enfin, je suis d'accord avec l'idée qu'il n'y pas de contradiction entre la lutte quotidienne pour améliorer la vie et la progressive prise de conscience révolutionnaire.

Quant au "totalitarisme", c'est un concept que je récuse totalement. Forgé pendant la Guerre froide, il opère une distorsion flagrante de la réalité historique, de manière à assimiler le socialisme au fascisme, à l'adversaire majeur qu'il a vaincu dans un combat épique et inexpiable (pendant que le meilleur des mondes européen et américain pluraliste comptait les points : jamais il n'aurait combattu le fascisme s'il n'y avait pas été forcé par lui).

Au reste, tout le monde sait bien que le pluralisme électoral et médiatique de la pseudo-démocratie libérale, déjà dénoncé par Staline dans Les Principes du Léninisme, en 1925, n'est depuis le tout début de son existence en Angleterre au XVIIIème siècle, qu'une façade pour présenter à elle-même la dictature de la bourgeoisie. Ce qui est plus difficile à comprendre, c'est la raison pour laquelle ce faux pluralisme nous rassure ... c'est sans doute dans la mesure où la médiocrité humaine du règne de la marchandise nous a malgré nous plongé dans un sommeil sans rêves, nous a contaminé à la résignation "au moindre mal", au cours de nos études, devant nos écrans... c'est aussi dans la mesure où nous autres militants groupusculisés sommes globalement recrutés dans la petite bourgeoisie, ballotée entre un romantisme révolutionnaire verbal et verbeux, et une existence qui vaille que vaille reste encore relativement confortable, pour quelques temps.

Un dernier point : le stakhanovisme n'était pas du management, c'était un mouvement de masse parti de la base, c'était justement le cauchemar des managers.

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