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Réveil Communiste

Dimitrov analyse le nazisme

9 Mai 2016 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique, #Europe de l'Est

Dimitrov analyse le nazisme

Lu sur le blog de Hervé Poly

résentation de l'analyse de Dimitrov

Georgi Dimitrov (1882-1949) a été l'un des dirigeants de l'insurrection communiste en Bulgarie en 1923. Devenu l'un des dirigeants de l'Internationale Communiste, il gagne une notoriété internationale avec son procès à Berlin pour l'incendie du Reischstag, les nazis étant obligé de l'acquitter puis de l'expulser.

Principal théoricien du front populaire, il devient après la défaite nazie le principal dirigeant de la république populaire de Bulgarie.

Le fascisme comme dictature terroriste ouverte

La conception de Dimitrov s'oppose très exactement à celle de Trotsky.

Parlant de l'Allemagne, Trotsky expliquait que « les barons, les magnats du capital, les banquiers tentent, au travers du gouvernement Papen, de garantir leur situation et leurs affaires au moyen de la police et de l'armée régulière. L'idée de transmettre tout le pouvoir à Hitler qui s'appuie sur les bandes avides et déchaînées de la petite bourgeoisie, ne leur sourit pas du tout» (Devant la décision, février 1933).

Dimitrov explique très exactement le contraire.

Selon Dimitrov, la très haute bourgeoisie a dès le départ soutenu le mouvement fasciste; le fascisme exprime même très exactement ses besoins. La raison de cela réside dans la «chute tendancielle du taux de profit », qui est un constat fait par Karl Marx dans son analyse du Capital.

Selon lui, la bourgeoisie augmente la productivité du travail et licencie en raison de la concurrence, mais le problème est que la bourgeoisie vit en réalité de l'exploitation des travailleurs: remplacer les travailleurs par des machines c'est pour le capitalisme se couper les ailes.

Une contradiction insoluble amenant un capitalisme ultra agressif, que Lénine a défini comme l'impérialisme (« l'impérialisme, stade suprême du capitalisme »).

Le fascisme est alors l'expression de la bourgeoisie la plus agressive, la plus impérialiste. L'Internationale Communiste et Dimitrov définissent le fascisme comme « la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier. »

La thèse de Trotsky comme quoi le fascisme est porté par des «éléments déclassés», sorte de pirates modernes achetés par la bourgeoisie impérialiste, est totalement rejetée.

Est également rejetée la thèse comme quoi la lutte contre le fascisme ne nécessite pas une stratégie spécifique: pour Dimitrov, le fascisme représente un saut qualitatif, une modification de la forme même de l'Etat.

« Le fascisme arrive ordinairement au pouvoir dans une lutte réciproque, parfois aiguë, avec les vieux partis bourgeois ou une portion déterminée d'entre eux, dans une lutte qui se mène même à l'intérieur du camp fasciste et qui en arrive parfois à des collisions armées, comme nous l'avons vu en Allemagne, en Autriche, et dans d'autres pays » (Fascisme et classe ouvrière).

La lutte anti-fasciste comme nécessité absolue

Dimitrov formule les thèses du front populaire alors que le mouvement communiste auquel il appartient a été freiné voire tué dans l'oeuf par les dirigeants socialistes.

En Allemagne, le mouvement socialiste a participé à différents gouvernements et à la répression sanglante contre les communistes, empêchant systématiquement toute union. La ligne a été la même en Autriche.

Pour cette raison, l'Internationale Communiste a mis en avant le thème du social-fascisme: la direction, social-démocrate sert le fascisme et il faut lui arracher sa base. Au sens strict, social-démocratie et fascisme sont deux aspects de la même pièce, ils se nourrissent l'un de l'autre. La social-démocratie empêche le mouvement communiste de grandir, or seul le mouvement communiste affronte réellement le fascisme de manière décidée et organisée.

Qui plus est, en menant une politique réactionnaire, qui désespère le prolétariat, la social démocratie favorise le fascisme. Dimitrov théorise alors une forme d'union qui doit permettre de mobiliser les masses socialistes malgré la direction socialiste qui s'y oppose. Il profite pour cela de l'expérience faite en Allemagne, notamment avec l'action antifasciste; Zetkine défendra également les mêmes positions dans son fameux discours « Il faut abattre le fascisme » à l'assemblée nationale allemande en 1932.

Cette forme d'union, c'est le front populaire, qui devient alors la conception mise en avant par l'Internationale Communiste afin de rassembler les forces antifascistes, la lutte contre le fascisme étant considérée comme une étape essentielle avant même de pouvoir envisager la révolution.

Le fascisme est en effet une nouvelle forme de contre-révolution, qui fait tout pour avoir un impact dans les masses. Le fascisme « aborde celles-ci avec une habile démagogie anticapitaliste, en exploitant la haine profonde des travailleurs pour la bourgeoisie rapace, les banques, les trusts et les magnats financiers, et en formulant les mots d'ordre les plus tentants au moment donné pour les masses politiquement frustes (..).

Le fascisme arrive au pouvoir comme le parti de choc contre le mouvement révolutionnaire du prolétariat, contre les masses populaires en fermentation, mais il présente son avènement au pouvoir comme un mouvement « révolutionnaire » contre la bourgeoisie au nom de « toute la nation » et pour le « salut » de la nation. » (Fascisme et classe ouvrière).

Le front populaire

En pratique, la mise en avant de la ligne de Dimitrov par l'Internationale Communiste a eu un succès certain. En France, elle a barré la route au fascisme en 1936, dans le prolongement des activités antifascistes des années 1920-1930 et des événements de février 1934 où les fascistes ont tenté le coup de force.

Dans l'Etat espagnol, le front populaire a permis également l'unification de toutes les forces anti-franquistes et la mobilisation des Brigades Internationales, bien que là il y ait échec face au fascisme pour des raisons historiques, notamment en raison de la complexité du pays (divisions socialistes, anarchistes et communistes; divisions nationales du pays avec la Galice, Euskadi, la Catalogne; stratégies militaires contradictoires, le soutien aux troupes franquistes de l'Allemagne nazie et de l'Italie fasciste face au quasi-isolement international des républicains - seuls le Mexique et l'URSS leurs ont apportés leur soutien, etc.)

Le front populaire contourne le blocus de la direction socialiste en formant l'unité à la base des organismes générés par les socialistes et les communistes (clubs sportifs, associations culturelles, etc.).

C'est donc «l'établissement de l'unité d'action de tous les détachements de la classe ouvrière dans la lutte contre le fascisme» (Pour l'unité de la classe ouvrière contre le fascisme), et historiquement cette unité a profité de l'expérience faite du fascisme italien et du nazisme allemand, contre-exemples terrifiants poussant les socialistes à accepter l'ouverture vers les communistes. L'antifascisme est compris comme un « premier pas » dans l'organisation générale des masses afin de faire la révolution.

Les forces militantes sont obligées de s'unir si elles servent réellement le peuple, parce que c'est dans l'intérêt du peuple que d'avoir ses propres organisations et associations. Face à la violence des troupes fascistes, des SA, de la police voire de l'armée, il n'y a pas d'autre choix que l'unité.

« Les intérêts économiques, sociaux, culturels et politiques des ouvriers des différentes tendances politiques : communistes, social-démocrates, anarchistes sont identiques. C'est sur cette base, qu'on peut et qu'on doit établir le front unique. Qui donc s'y oppose ?

Ce sont les chefs réactionnaires de la social-démocratie, l'idéologie et la politique social-démocrates de collaboration de classe avec la bourgeoisie qui entravent la constitution du front unique prolétarien. Il faut éliminer cet obstacle.» (Pour l'unité d'action du prolétariat dans la lutte contre le fascisme et la guerre).

Dans ce contexte, le rôle des communistes est d'aiguiller la lutte antifasciste, parce que le parti socialiste ne le peut pas: « Un parti qui appelle systématiquement les ouvriers à reculer devant le fascisme et permet à la bourgeoisie fasciste de renforcer ses positions, un tel parti mènera inévitablement les ouvriers à la défaite. » (Fascisme et classe ouvrière)

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