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Réveil Communiste

Gramsci : L'individualisme, c'est l'aliénation idéologique à la propriété

1 Juin 2020 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Antonio Gramsci, #Communistes en Italie, #Théorie immédiate, #Economie

Diego Rivera

 

 

 

 

 

 

 

Cahier de Prison 15, § 29

Sur ce qu'on est convenu d'appeler « individualisme », c'est-à-dire l'attitude que chaque période historique a eue sur la position de l'individu dans le monde et dans la vie historique : ce qu'on appelle aujourd'hui « individualisme » a pris naissance dans la révolution culturelle qui a suivi le Moyen Age (Renaissance et Réforme) et indique une position déterminée à l'égard du problème de la divinité et par conséquent de l’Église : c'est le passage de la pensée transcendante à l'immanentisme [1].

Préjugés contre l'individualisme, qui vont jusqu'à faire répéter contre lui les jéré­mi­ades, peut-on dire, plus que les critiques, de la pensée catholique et rétrograde : l' « in­di­vidualisme » qui est devenu aujourd'hui anti-historique, est celui qui se mani­feste dans l'appropriation individuelle de la richesse, alors que la production de la ri­chesse est allée se socialisant toujours davantage. Que les catholiques d'ailleurs soient les moins préparés à gémir sur l'individualisme on peut le déduire du fait qu'en politique, ils n'ont jamais reconnu de personnalité politique qu'à la propriété, c'est-à-dire que l'homme valait non pas pour lui-même, mais pour l'apport complémentaire de ses biens matériels. Que signifiait le fait qu'on était électeur dans la mesure où on payait un cens et qu'on appartenait à toutes les communautés politiques adminis­tra­tives où on avait des biens matériels, sinon un abaissement de l' « esprit » en face de la « matière » ? Si seul peut être conçu comme homme le possédant, et s'il est devenu impossible que tout le monde soit possédant, pourquoi serait-il anti-spirituel de cher­cher une forme de propriété où les forces matérielles compléteraient toutes les per­son­nalités et contribueraient à les constituer ? En réalité, on reconnaissait implicite­ment que la « nature » humaine était non pas dans l'individu mais dans l'unité de l'homme et des forces matérielles : c'est pourquoi la conquête des forces matérielles est une manière, et la plus importante, de conquérir la personnalité [2].

(M.S., pp. 35-36.) [1933]

[1] Le passage de la pensée qui se développe au-delà de toute expérience possible et de toute confron­tation avec le monde réel, spécialement dans le domaine de la connaissance, et de l'interprétation du inonde, de la définition de l'homme, etc., à une pensée qui revient sur terre, ne se sépare plus de la nature, se « mondanise », prend dans le monde ses racines profondes, sans exiger l'intervention d'un être extérieur au monde.

[2] Ces derniers temps, on fait beaucoup d'éloges du livre d'un jeune écrivain catholique français Daniel Rops : Le Monde sans âme, Paris, Plon, 1932, traduit en Italie également où il faudrait examiner toute une série de concepts, à travers lesquels, avec une technique de sophiste, sont remises en honneur des positions du passé auxquelles on donne un air d'actualité, etc. (Note de Gramsci.)

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