Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Réveil Communiste

Les États-Unis veulent imposer des conditions à Cuba en contre-partie de la levée du blocus

13 Octobre 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Cuba, #Impérialisme

13 octobre 2015

Cuba/Etats-Unis: L'arrogance les tue, les mauvaises idées aussi

par Esteban Morales (La pupila insomne)

traduction Françoise Lopez

Je regrette que mes derniers articles m'aient donné raison. Je le dis en toute sincérité parce que j'avais des espoirs. J'en conserve encore quelques-uns. Parce que je considère que le président Obama est un homme assez intelligent et avec cette sorte d'hommes, il est presque toujours possible de se comprendre.

Avec quel message est venue la Secrétaire au Commerce? Il était déjà possible de le supposer. Elle l'a dit, quand en commentant les mesures du 18, elle a déclaré que "...les dernières règles sont destinées à soutenir le secteur privé émergeant à Cuba et à nous rapprocher de la réussite des objectifs historiques de la politique du président Obama".

Leur messianisme historique et leur arrogance les amène à penser que nous, les autres sommes idiots. Ils sont tellement habitués à manipuler les autres et que ça leur réussisse, qu'ils en arrivent parfois à faire une diplomatie idiote. A cause de cela, leur plus grand défi sera de continuer à négocier avec Cuba de façon équilibrée et dans des conditions d'égalité. En respectant sa souveraineté et son indépendance. Y arriveront-ils?

A cause de cela, le Gouvernement Cubain a réaffirmé clairement qu'il n'y aura pas de réciprocité dans les négociations avec les Etats-Unis tant que le blocus n'aura pas "volé en éclats".

Dans cette situation, Cuba a le droit de vérifier si le Gouvernement Nord-américain, Obama en particulier, va tenir les promesses qu'il a faites. Parce que ce sont les administrations nord-américaines qui ont imposé à Cuba le blocus et l'ont maintenu jusqu'à présent, comme je l'ai déjà dit, en le divisant en 2 parties et en voulant peut-être l'utiliser comme moyen de pression pour que l'Ile fasse des concessions dans les négociations. Ce que j'ai dit s'est déjà réalisé. Au contraire, que font-ils quand ils s'amènent avec des mesures comme celles du 16 janvier et maintenant celles du 18 septembre? Ils nous demandent de les accepter et d'être contents parce qu'Obama attaque le blocus. Quand en réalité, les mesures qu'Obama a prises jusqu'à présent n'égratignent même même pas le blocus. Nous voyons en elles, en plus, l'intention claire de donner du pouvoir à ces secteurs de la société cubaine dont, nous le savons, ils pensent que ce sont ceux qui pourraient les accompagner dans le "changement politique intérieur" à Cuba.

Clair comme de l'eau de roche, Obama l'a dit dès le premier jour: "... nous ne pouvons pas continuer d'utiliser les mêmes façons de faire de la politique et espérer qu'il y ait des résultats différents". De quoi s'agit-il alors? De ce qu'est venue faire madame la Secrétaire au Commerce, changer les façons de faire de la politique.

Ce n'est pas rien, ce que Cuba met en jeu dans ces négociations. Elle met en jeu sa souveraineté et son indépendance. A cause de cela, de la Directrice de la Zone Spéciale de Développement de Mariel, de la Directrice Générale de Mercadotecnia du ministère du Tourisme au Président de la Chambre de Commerce, tous ont le même discours. Ajoutons le Ministère des Relations Extérieures. Ce qu'on peut résumer en disant qu'il n'y aura pas de négociations face aux mesures prises jusqu'à ce que le blocus soit levé.

Comme si ce n'était pas assez, la Secrétaire au Commerce est venue avec l'interdiction de promouvoir les exportations nord-américaines, ce qui ne permet même pas d'espérer de possibles progrès dans le commerce.

Monsieur John Kavulich, qui est à la tête de l'US-Cuba Trade and Economic Council, a dit que madame la Secrétaire au Commerce, pour faire ce voyage à Cuba qu'il considère comme prématuré, aurait dû attendre que le Gouvernement Cubain réponde aux règles mises en place par Obama récemment.

Je crois que monsieur Kavulich se trompe: Cuba a répondu aux mesures du 18 septembre car il est sorti un article assez critique dans le journal Granma, seulement un jour après qu'elles aient été prises ("Les Etats-Unis augmentent certaines modifications du blocus mais maintiennent les principaux obstacles", Granma 19 septembre 2015, p. 3).

Si les critiques qui sont faites dans cet article ne sont pas la position du Gouvernement Cubain, de qui le sont-elles? Monsieur Kavulich doit avoir oublié que le journal Granma est l'Organe officiel du Parti Communiste de Cuba qui publie toutes les opinions officielles du Gouvernement Cubain. Mais en plus, monsieur Kavulich peut faire appel à internet, aux blogs cubains qui souvent devancent la Presse Officielle parce qu'ils n'ont pas à demander d'autorisation pour publier quoi que ce soit, ce qui leur permet de se connecter assez rapidement sur ce qui est discuté à certains moments.

Si monsieur Kavulich veut le dire à la Secrétaire, qu'il s'est avancé, c'est son problème. Mais il pouvait ou non s'être avancé et je prévois qu'il arrivera la même chose qui est arrivée. S'en aller les mains vides.

Dans son article, plus loin, monsieur John Kavulich dit:

"En septembre, les Départements du Trésor et du Commerce ont autorisé que des organisations religieuses et éducatives ainsi que des compagnies de télécommunications ou de voyages, entre autres, puissent ouvrir des bureaux et des comptes bancaires sur l'île. Ils ont aussi éliminé d'autres obstacles pour que des ferrys, des croisières et des lignes aériennes établissent des services réguliers avec Cuba".

Plus loin, il se plaint que le Gouvernement Cubain n'a pas réagi à de telles mesures qui, selon monsieur Kavulich n'affaibliraient pas ses positions et seraient positives pour l'économie de l'Ile car une plus forte présence des compagnies états-uniennes aiderait aussi à lui donner plus de crédibilité face aux créanciers internationaux.

Ces déclarations de monsieur Kavulich sont l'expression la plus claire du fait qu'il ne comprend quasiment rien à ce qui se passe dans les relations entre les deux pays en ce moment.

En outre, nous respectons l’appréciation personnelle de monsieur Kavulich que ces mesures n'affaibliraient pas les positions cubaines. Mais je ne crois pas qu'il ait raison en cela. Car pourquoi le Gouvernement Cubain devrait-il accepter des mesures aussi limitées, unilatérales, seulement pour donner du pouvoir à une partie de la population cubaine? Pourquoi le Gouvernement Cubain devrait-il accepter qu'Obama ne mette pas en pratique ses prérogatives exécutives pour alléger le blocus que Cuba continue à subir si Obama a la capacité pour le faire?

De plus, Cuba, jusqu'à présent, n'a jamais profité de la crédibilité que lui donnerait face aux créanciers internationaux la présence des compagnies états-uniennes. Pourquoi devrait-elle changer cette crédibilité maintenant en faisant des concessions à Obama en acceptant des mesures qui lui profitent de façon aussi insuffisante?

Monsieur Kavulich, ce dont il s'agit, c'est que Cuba ne va pas accepter des mesures des Etats-Unis qui ne soient pas directement destinées à éroder le blocus. C'est de cela qu'il s'agit. Pas de mesures qui mettent seulement "des pansements de mercurochrome" qui ne servent à alléger en rien un blocus qui dure déjà depuis 55 ans, maintenant avec des ambassades qui fonctionnent et Obama avec d'énormes prérogatives exécutives qui lui donnent la possibilité de s'avancer avec des mesures un peu plus sérieuses que les récentes mesures du 18 septembre.

Je vais le dire d'une autre manière. Tant qu'Obama ne prend pas des mesures qui érodent sérieusement le blocus, et rapidement, Cuba, j'en suis sûr, ne va pas prêter attention ni réagir à des mesures aussi limitées, unilatérales et destinées seulement à ces secteurs qu'Obama veut renforcer. Qui sont ceux qui les aideraient dans leur plan de subversion politique pour parler plus clairement. Comme les mesures de janvier et du 18 septembre 2015.

Obama fait faire "un tour à la noria" et n'a même pas été capable de finir d'abandonner les normes léonines qui ont régi le commerce sui generis entre les deux pays jusqu'à présent. Obama peut-il mettre en évidence de bonnes intentions quand il n'est même pas capable d'abandonner le commerce que nous avons fait, sans crédits, en payant cash avant que les marchandises n'arrivent à Cuba, des marchandises que ne peuvent pas transporter les bateaux cubains et dans ce processus, l'Il ne peut rien vendre aux Etats-Unis? Je ne crois pas que vous soyez, avec tout le respect que je vous dois, un tel "naïf" que vous ne puissiez pas expliquer pourquoi Cuba a réduit ce commerce et je pense continuera à le réduire jusqu'à zéro, se tournant vers d'autres marchés qui ne sont pas aussi proches mais plus logiques économiquement parlant.

Si comme vous le dites, Cuba utilise la baisse et peut-être l'élimination de ce commerce comme moyen de pression, non contre les chefs d'entreprise en réalité mais contre le Gouvernement Nord-américain pour qu'il exige du Congrès l'élimination du Blocus, pas de l'embargo (effaçons l'euphémisme), c'est tout à fait son droit. Ou ne pouvons-nous même pas nous défendre? Car comme l'a dit Igarza "... ce n'est pas que nous ne voulons pas acheter aux Etats-Unis, c'est que les mesures imposées nous affectent trop".

Cuba, en même temps, a accepté plus de vols charters mais ce qu'elle n'est pas disposée à accepter, c'est que les opérations des Etats-Unis soient directes et passent par-dessus les réseaux cubains établis.

A cause de cela, les fonctionnaires cubains ont réagi à la visite de la Secrétaire en signalant que "presque toutes les mesures qui ont été assouplies sont destinées au secteur privé". Sur cet aspect, Cuba n'est pas en désaccord mais ce que Cuba n'acceptera jamais, c'est que de telles opérations passent par-dessus les réseaux établis dans son économie pour faire des concessions aux Etats-Unis. L'information même que cite Kavulich reconnaît:

"En janvier, l'administration Obama a édicté des règles qui autorisent certaines exportations vers les travailleurs à leur compte à Cuba. Cependant, toute exportation vers l'île peut seulement être réalisée à travers des entreprises d'Etat, ce qui a empêché dans la pratique que cette mesure ait un impact.

"Ces circonstances ne seront pas modifiées dans l'avenir immédiat, selon ce qu'a indiqué la fonctionnaire qui a ajouté qu'" en ce qui concerne les télécommunications, ETECSA a l'exclusivité dans ce secteur et revenir là-dessus serait modifier ce que nous avons approuvé pour faire des concessions aux Etats-Unis".

Et pour que les Nord-américains ne croient pas qu'ils nous font une fleur:

"Alors, des entreprises d'autres pays continuent à faire des affaires avec ETECSA sans craindre la concurrence des compagnies états-uniennes".

Cuba continuera à conduire ces alternatives de négociations qui empêchent que les Etats-Unis croient que Cuba n'a pas d'autres alternatives de commerce. A cause du fait que ce sont les Etats-Unis qui continuent la même chose en mettant des obstacles à Cuba qui empêchent que les hommes d'affaires nord-américains se rapprochent de Cuba. Jusqu'à quand les hommes d'affaires aux Etats-Unis devront-ils attendre, en sacrifiant leurs intérêts économiques à cause des intérêts politiques d' Obama?

Cuba a attendu plus de 50 ans pour négocier ses relations avec les Etats-Unis mais ne va pas accepter de pressions pour obtenir de bonnes relations avec le voisin du Nord. Elle ne l'a jamais fait, dans les pires circonstances. Pourquoi devrait-elle le faire maintenant?

Ils ne vont pas réussir à faire peur à Cuba avec le fait que les affaires ne vont pas attendre ou qu' Obama a pris beaucoup de risques politiques, que les compagnies vont se fatiguer de se rendre à Cuba, ayant beaucoup d'autres marchés, qu'il reste peu de temps à Obama.

Ces pressions sont toutes pour Obama, pas pour Cuba qui a toujours dû les supporter. C'est Obama qui peut subir les pressions du capital pour venir à Cuba, la concurrence qui se ressent déjà pour le marché cubain, l'intérêt du capital qui ne se trouve pas à Cuba en concurrence avec le capital nord-américain, les pressions du capital cubano-américain pour ne pas rester en marge des opportunités sur l'Ile, etc...

Pour sa part, Ted Piccone, principal chercheur de Brookings Institución et observateur expérimenté des relations Etats-Unis-Cuba, a comparé les négociations entre les deux pays à "une danse d’éléphants". Ce monsieur a dit:

"Les Etats-Unis se sont enfin dirigés vers la piste de danse d'une façon assez agile pour stimuler le progrès vers un atterrissage doux à Cuba". Le gouvernement de Castro, d'autre part, agit comme le "danseur timide et bouge très lentement pour en pas mettre en danger sa position chez lui alors qu'il continue aussi à courtiser d'autres candidats étrangers".

Je dirais que le seul qui danse cette danse et avec la corde lâche, ce sont les Etats-Unis. Car Cuba n'a rien qui l'oblige à accepter les mesures qui ne vont pas dans la direction de ses intérêts.

Monsieur Piccone devrait être de ce côté du détroit de Floride pour voir si vraiment Obama a bougé avec assez d'agilité. Cette agilité n'est pas réelle mais seulement apparente, trompeuse. Il ne le fait pas, Obama n'est pas en train de bouger, pas même lentement et fermement. Car si, en réalité, il voulait bouger rapidement, il adopterait des mesures plus intelligentes, acceptables pour Cuba étant donné que ces dernières devraient remplir la condition d'éroder le blocus. Alors que ce qu'on observe, c'est qu' Obama adopte des mesures très limitées, unilatérales et pleines d'une charge politique que Cuba ne peut accepter.

C'est vrai que Cuba a bougé timidement mais elle réagit au danger qu'elle voit dans les mesures d'Obama qui n'inspirent pas confiance, on ne voit pas les bénéfices réels à court terme pour Cuba, dans ces mesures vues comme un tout, non comme Obama veut le voir.

Je crois que oui, il y a une danse d'éléphants, il est certain aussi que l'envie augmente à l'intérieur et à l'étranger de changer la politique envers Cuba mais Obama n'agit pas en cohérence avec elle. Il agit pour nous écraser. Qu'il ouvre les investissements nord-américains pour voir ce qui se passe. Qu'il ne continue pas à essayer de faire bouger "la pacotille de la petite et moyenne propriété privée" et se décide enfin à mettre réellement Cuba face au défi de recevoir le capital nord-américain. Pourquoi ne le fait-il pas? Il ne le fait pas parce qu' Obama sait que Cuba n'a pas peur du capital nord-américain, parce qu'il sait que nous croyons que tout ce qui vient des Etats-Unis va venir sous le parapluie de son projet subversif. Parce qu'il sait que ce serait ce qui, en réalité, bénéficierait à l'économie cubaine, de recevoir les investissements nord-américains. Ceux qui seraient reçus sans nous rendre paranoïaques. Il ne le fait pas parce qu'Obama veut nous entraîner avec des mesures à moyen terme qui sont celles qui leur sont réellement bénéfiques pour mener à bien leur projet subversif alors qu'il empêche l'économie cubaine d'aller de l'avant.

Obama, en tant qu'éléphant le plus lourd, pourrait imposer un rythme aux négociations qu'elles n'ont pas actuellement mais elles n'ont pas ce rythme parce qu'Obama sélectionne mal les mesures. S'il adoptait réellement des mesures dans lesquelles on verrait l'intérêt d'Obama pour vraiment éroder le blocus, rapides, pas unilatérales, mutuellement avantageuses, comme nous disons à Cuba, "un autre coq chanterait " (NDT "ce serait une autre histoire"). Et ce qui peut nous faire le plus douter des véritables intentions du Président, c'est qu'Obama a les prérogatives nécessaires pour faire les choses autrement. Et il ne le fait pas.

Que sa Sainteté François me pardonne mais Obama semble venir avec le même mensonge que la "Résolution Conjointe", "L'Amendement Platt", "La Politique du Fruit Mûr", l'imposition de mesures unilatérales. Et une telle chose, à nous, Cubains, nous rappelle beaucoup l'histoire de quand, à la fin du XIX° siècles, nous avons perdu notre indépendance après avoir combattu pour elle plus de 30 ans et nous dûmes alors lutter 60 ans de plus pour la récupérer en 1959. Maintenant, nous ne sommes pas disposés à perdre notre indépendance ni notre souveraineté envers et contre tout et quoi qu'il en coûte.

11 octobre 2015

Source en espagnol:

https://lapupilainsomne.wordpress.com/2015/10/10/la-prepotencia-los-mata-y-la-mala-idea-tambien-por-esteban-morales/

URL de cet article:

http://cubasifranceprovence.over-blog.com/2015/10/cuba-etats-unis-l-arrogance-les-tue-les-mauvaises-idees-aussi.html

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article