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Réveil Communiste

Quelques hypothèses sur les résultats des départementales par Danielle Bleitrach

1 Avril 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Élections, #Qu'est-ce que la "gauche"

Sur son blog; pour ma part (GQ) je ne suis pas surpris par la relative résistance du PCF aux élections départementales, mais je ne crois pas que cela augure d'un changement de ligne sur les questions centrales de l'alliance avec le PS et du choix européen.

01 Avril 2015

Hypothèses,

1) Une tendance liée à la tactique du PS de plumer la volaille communiste est en train d’être freinée,

2) Cela s’explique par la rupture de plus en plus marquée entre la gauche et les couches populaires,

3) Cette rupture qui explique la permanence du vote Front national est moins marquée pour le PCF que pour le PS, non pas au niveau des directions mais à celui des implantations locales.

« Comme tout communiste Historique » j’ai été élevé dans le mépris des provocateurs. Et parmi eux Albert Treint un dirigeant épisodique du parti communiste naissant, resté célèbre par son intervention lors du 1er exécutif élargi de l’Internationale Communiste (12 février-4 mars 1922), appelant les communistes à « plumer la volaille socialiste ». Mais en suivant la stratégie des socialistes depuis 1981, je n’ai pu m’empêcher de penser qu’ils s’employaient partout à plumer la volaille communiste.

Partout ils s’étaient installés dans les bastion du PCF et les avaient fait passer canton par canton, ville par ville, département par département dans leur escarcelle. Souvent par le simple jeu de la discipline républicaine du candidat de la gauche le mieux placé au second tout devant la droite mais surtout ces derniers temps face au Front National. La Seine Saint-Denis est bien sûr l’illustration de ce processus, mais on retrouve à peu près partout la même tendance.

Nous sommes arrivés sinon à la limite, au moins à un butoir de cette tactique et sur deux modes: l’échec du PS se manifeste comme celui d’un sas entre le vote PCF et la droite, voire l’extrême-droite. Bien sûr à cause de l’abstention mais même dans ce cas on peut constater une résistance plus forte du vote en faveur du PCF qu’en faveur du PS. Si l’on prend la cas de la municipalité de Vénissieux où l’on votait en même temps que pour les départementales dans le reste de la France on constate la quasi disparition du PS passé derrière l’UMP et le Front national avec la victoire de la municipalité communiste.

Mais sous réserve d’étude plus approfondie on constate le même phénomène dans les départements dits ruraux-urbains.

Ces départements ne sont pas peuplés en majorité de ruraux, mais sont devenus le déversoir d’une classe ouvrière chassée des métropoles et de la gentrification y compris des anciennes ceintures rouges. Une classe ouvrière encore plus abandonnée par les services publics, l’emploi que celle des Grands ensembles de nos banlieues. Une terre d’élection pour le Front national où celui-ci joue selon le terme de Marine le Pen « le refus du mépris de classe » des élites.

Ce qui est intéressant dans cette évolution c’est que cette population au deuxième tour ce rapporche plus volontiers des communistes que de la droite. Ce qui est également intéressant c’est la capacité dont témoignent les communistes y compris dans des départements perdus pour la gauche comme le Cher à innover sur des bases de classe. Je prends le cas de Vierzon, une municipalité communiste de toujours avec sa base cheminote a connu une montée du Front National essentiellement chez ceux qui votaient PS. Le département est perdu, le barrage au Front National en décidé ainsi, pas d’élu du FN. Un pari réussi dans le fief communiste de Vierzon, Mounir Lyame un Franco-marocain de seulement 30 ans a réussi à battre le FN à Vierzon, dans le Cher. Il ainsi remporté le second tour sous les couleurs du Front de gauche. Mais la reconquête s’opère aussi à Villejuif avec un jeune communiste Pierre Garzon qui a privilégié l’organisation des communistes, ou encore Liberti à Sète et tant d’autres qui après une perte des municipalités communistes depuis toujours reviennent dans ses départementales.

Il s’est indéniablement passé quelque chose dans l’électorat communiste… A voir de plus près… le refus du FN, mais aussi la permanence de la contestation, son organisation, un mouvement à la base que traduit aussi le changement de la direction de la CGT, un léger bouger entre la stratégie catastrophique d’abandon de Robert Hue, puis MG. Buffet et celle de Pierre Laurent? Tout cela mérite analyse et il faut s’y livrer sans complaisance en étant bien conscient que la droitisation de la vie politique française, voire sa fascisation n’est pas une fatalité et que les communistes ont un rôle essentiel à jouer.

La fracture qui est en train de s’élargir est une fracture de classe entre un PS bobo et une classe ouvrière, des couches populaires qui ne s’y reconnaissent pas.

La liste des départements perdus par la gauche lors des élections de dimanche dernier témoigne qu’il s’agit bien des bastions historiques de la gauche, PS et PCF qui passent de la gauche à la droite… Et où il devrait être possible de constater le phénomène de résistance différent entre le PS et les communistes. Notons que cette analyse est rendue difficile non seulement à cause du silence fait sur les résultats du PCF, du Front de gauche, mais de la diversité des situations dans lesquelles ils se présentaient.

Prenons le cas où il y avait eu stratégie d’union avec un binome PS et PCF, la Côte d’Armor dont le passage à droite s’est fait à la stupéfaction générale dans ce département fief du PS où le FN était pourtant légérement arrivé en tête au premier tour.

Le département passe à droite (34 conseillers sur 54).


Le PS perd 15 sièges (de 29 à 14) et le PCF en gagne 2 (de 3 à 5)


On peut constater que malgré l’union de la gauche ce département perd et ce quand le binome socialiste est en tête alors que le binome avec en tête le PCF gagne et cela confirme que c’est bien la politique du PS qui a été visée. Ensuite que comme partout le PCF gagne ses duels avec le FN comme partout. Enfin ce pose la question du sens dans lequel peut se jouer désormais l’union, la fin peut-être de la capacité du PS à plumer la volaille communiste. Même si le cas de l’Allier peut laisser penser que l’avancée de PS se poursuit au dépends du PCF, s’est pour chuter directement dans les conquêtes de la droite.

Il suffit d’aligner les départements perdus : l’Allier, le Nord, l’Essone, les Bouches du Rhône, le Doubs, la Seine et marne, la Drome, l’Isère, l’Oise, le Cher, la Saone et Loire, Les Deux-Sèvres,


La Creuse, La Charente, La Seine-Maritime, Le Jura, Territoire de Belfort, L’Ain, L’Eure, l’Indre-et-Loire, L’Aisne, le Vaucluse, la Somme, Mayotte, la Réunion pour mesurer qu’à chacun de ces départements on peut associer des figures de la direction du PS et que la sanction l’a frappé en priorité.

Mais au-delà de ce vote sanction les premières analyses me paraissent confirmer un phénomène sociologique beaucoup plus déterminant et aux effets encore plus durables : la rupture entre la gauche, singulièrement le PS, devenu parti des « élites » par rapport à une base ouvrière et populaires abandonnée et méprisée.

Le PCF n’échappe pas à cette tendance, mais elle est parfois corrigée par des réseaux et des organisations à la base qui soit sur le plan syndical, soit sur le plan politique ont conservé un certain ancrage. C’est là le plus puissant facteur de résistance à la droite et surtout au Front National.

Danielle Bleitrach

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