Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Réveil Communiste

Pourquoi il me paraît utile de continuer à lire, écrire, voyager, penser par Danielle Bleitrach

5 Avril 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique, #Réseaux communistes, #Art et culture révolutionnaires

En relisant l'interview de Rancière mais aussi en pensant aux deux livres que je viens d'écrire (l'un en collaboration avec Marianne Dunlop) sur l'URSS vingt ans après dans une Ukraine en guerre, aussi bien que celui qui sort sur la rencontre entre Brecht et Lang (écrit en collaboration avec Richard Gerhk) et qui pose la question du nazisme mais au-delà du champ artistique et de sa relation avec les masses, aussi bien dans le communisme que dans le simulacre nazi, je suis hantée par une seule question et je reçois toujours la même réponse, totalement insuffisante à mes yeux et même catastrophique. En ce qui concerne le livre écrit avec Marianne, notre chère polyglotte, j'ai raconté sa méthode : partir dans le pays et partout interroger le petit peuple celui dont on dit qu'il subit l'histoire et rapporter son point de vue. Pour le livre sur Brecht, Lang et le nazisme( titre Brecht et Lang, le nazisme n'a jamais été éradiqué à paraître en juillet aux éditions lettmotif), il s'agit d'interroger deux moments de cet art de masse, la montée du nazisme et Hollywood comme s'adressant aux masses, les impliquant.

La question est la place de la classe ouvrière et des masses dans la nécessaire transformation : il arrive un moment de crise d'un mode de production, en l'occurrence le capitalisme à son stade impérialiste sénile où se pose la question de la transformation et le rôle des masses dans cette transformation. Des modèles auxquels je suis attachée comme la majorité des citoyens français, en l'occurrence la république, la démocratie, voir l'humanisme non seulement ne paraissent plus véhiculer "le progrès" mais ils sont appropriés, dévoyés par une sorte d'élitisme et à ce titre ils viennent renforcer leur contraire, la xénophobie, le racisme, le mépris du peuple.

Donc pour faire simple j'affirme à tort ou à raison, toutes ces valeurs auxquelles je demeure intellectuellement attachée doivent être "dépassées" au sens dialectique du terme, c'est-à-dire que pour être conservées dans leur essence elle doivent être abolies dans un processus révolutionnaire. Il ne s'agit pas d'un processus anarchique, sanglant ce qui relève de la contrerévolution, mais bien d'un refus de cet élitisme et d'un retour au peuple boussole, à la classe ouvrière, à Robespierre mais aussi à Spinoza et Marx. On me répond que le peuple c'est le stalinisme, je veux donc comprendre ce qu'a été cette première expérience socialiste. Mais cela va au-delà, mon travail sur cet art de masse qu'est la cinéma dans les années trente, la rencontre entre Brecht et Lang à Berlin puis en exil aux Etat-Unis, m'ont incité à avoir une autre conception du nazisme. le constat que jamais celui-ci n'a été installé par volonté populaire mais bien par celle des forces conservatrices et capitalistes. Et c'est parce que politiquement, artistiquement le peuple allemand était le plus proche d'une révolution prolétarienne que le nazisme a été imposé par le capital. Au USA Brecht et Lang découvrent avec Hollywood et le maccarthysme que le fascisme est inutile, il a pénétré les esprits. Une réflexion proche de celle de Pasolini, sur le néofascisme actuel.

Voilà où j'en suis, et voilà pourquoi j'écris... C'est peut-être la seule chose qui me passionne. Outre le fait que c'est incroyablement apaisant parce que totalement désintéressé, un but qui dépasse la contribution qui peut être la mienne et qui se réjouit de celles qui contribuent à élucider le problème, une fraternité au delà de toute "copinerie", comparable à celle que nous avions jadis au PCF, moins consciente, moins organisée, mais qui cherche aliment plutôt que concurrence et qui me fait sourire devant les ego en bataille, une solidarité pas seulement chez les intellectuels mais bien dans l'Histoire en train de se faire, la storia, celle de ceux qui depuis des milliers d'années sont les opprimés... Cela a l'air très abstrait, très culturel, on ne se refait pas, mais chacune des luttes aujourd'hui, chacun des choix électoraux, sont confrontés à cette question qui conditionne l'issue politique : qui fait réellement l'Histoire, celle qui change la base matérielle de la vie des être humains, autant que leur représentation d'eux-mêmes, de leur histoire, de leurs rapports sociaux?

Danielle Bleitrach.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article